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Un laboratoire de torture pour les jouets

Un laboratoire de torture pour les jouets

© Alexandra Pihen

Loin de la magie de Noël opérant au pied du sapin, c’est à une véritable salle de torture des jouets que s’apparente le Service Commun des Laboratoires (SCL) de Lille, rattaché aux ministères économiques et financiers. Plus de 1 200 jouent transitent par les laboratoires d’analyses de Lille et Lyon chaque année pour réaliser un suivi de la qualité des jouets mis sur le marché français. 

Juchée sur les paillasses du laboratoire de Lille, une panthère observe passivement les peluches écartelées, costumes brulés, voitures désossées ou autres canards de bain criblés de trous… La raison de ce massacre ? Garantir l’innocuité des jouets via une batterie de tests physico-chimiques, tous basés sur les normes européennes en vigueur.

Des essais de chute, de choc et de traction vérifient d’abord la solidité physique des jouets. Une petite voiture subit ainsi 5 chutes de 85 cm et encaisse une masse de 1 kg lâchée à 10 cm au-dessus afin d’évaluer son état – bords coupants, petits éléments détachés – après ces accidents. Les petites pièces passent même l’épreuve d’un simulateur de gabarit de trachée enfantine ! La solidité des peluches est quant à elle mesurée à l’aide d’une machine de traction simulant la force développée par un enfant, soit environ 70 Newton. Fléchettes et autres projectiles ne sont pas en reste. Un chronomètre laser mesure leur vitesse afin d’en déduire l’énergie cinétique : au-delà de 0,08 Joule pour les projectiles durs (billes d’airsoft) et 0,5 Joule pour les autres, les jouets sont apparentés à des armes et interdits.

La moitié des jouets retirés du marché

L’inflammabilité est aussi évaluée. Située au sous-sol du laboratoire, une cabine reçoit déguisements, peluches ou poupées pour les soumettre au test de la vitesse de propagation d’une flamme. « Le jouet peut bruler mais suffisamment lentement pour que l’enfant puisse prévenir un proche », précise M. Vernet, analyste au laboratoire de Lille.

Enfin, les analyses chimiques ne cessent de prendre de l’ampleur depuis 10 ans. Métaux lourds, phtalates, retardateurs de flamme… sont autant de composés chimiques susceptibles d’intégrer les matériaux utilisés pour la construction des jouets. « Une fléchette en plastique testée récemment contenait 9 % de DBP, un phtalate reconnu comme perturbateur endocrinien, lorsque la limite est fixée à 0,1 % par la réglementation », illustre l’analyste. Pour les traquer, les chimistes séparent les différents composants à l’aide de procédures d’extraction à phase solide – torche à plasma pour les métaux contenus dans les peintures – ou liquide – chromatographie en phase gazeuse pour les phtalates incorporés aux plastiques. Les molécules sont ensuite analysées et quantifiées à l’aide d’un spectromètre de masse.

Au final, parmi les 1 200 jouets testés chaque année, la moitié sont retirés du marché avec un quart d’entre eux présentant des non conformités et un autre quart de réels dangers pour la santé. La magie de Noël peut opérer… sans risques.

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