Nous suivre Industrie Techno

Un fort coup de pouce à la R&D

Propos recueillis par Ridha Loukil Photo : C. Martini

Sujets relatifs :

,
En quatre ans, Thomson s'est complètement métamorphosé. D'un fabricant d'électronique grand public, il est devenu un fournisseur d'équipements et de services pour les professionnels du cinéma, de l'audiovisuel et des télécoms. Il est sur le point d'achever son recentrage sur le marché professionnel. Patrick Baudelaire, directeur scientifique du groupe, explique l'impact de ce nouveau positionnement sur la R&D.

Industrie et Technologies : Comment le recentrage de Thomson sur le marché professionnel se traduit dans la R&D ?

Patrick Baudelaire : Cela se traduit par l'orientation des travaux de R&D vers les besoins des professionnels. Démarré en 2002, ce virage résulte d'un processus continu et progressif. Dès qu'un projet d'électronique grand public arrivait à terme, il laissait la place à un thème professionnel. Nous avons établi une feuille de route mettant le cap sur de nouveaux thèmes de recherche, désormais stratégiques pour l'avenir du groupe. Si certains thèmes sont entièrement nouveaux pour nous, ils s'appuient néanmoins sur nos compétences acquises dans l'électronique grand public.

En 2001, la télévision, la vidéo et les autres sujets d'électronique grand public représentaient 45 % de nos travaux R&D. Aujourd'hui, quasiment plus rien. Maintenant, nous abordons ces mêmes technologies mais du point de vue des besoins des professionnels.

I. T. : Et qu'en est-il des moyens ?

P. B. : Bien sûr, nous avons dû adapter notre infrastructure de R&D. C'est ainsi que nous avons fermé deux labos : celui sur les écrans plasma à Grenoble en 2003 et un petit laboratoire sur des technologies grand public à Tokyo, au Japon, en 2006. C'est la conséquence directe du désengagement de Thomson du marché grand public.

En revanche, pour aligner nos moyens de R&D sur les nouvelles ambitions du groupe dans le marché professionnel, nous avons ouvert quatre nouveaux labos. Un à Princeton, aux États-Unis, sur les problématiques de mobilité et de transmission de données. Un à Pékin, en Chine, sur les questions de compression de données et de communication sans fil. Un à Burbank, en Californie, sur les problèmes de traitement de signal, de production et de gestion de contenu. Et un à Paris, sur les aspects de distribution de contenu via les réseaux du futur au protocole IP.

Il y a toujours plusieurs raisons pour décider d'ouvrir un nouveau labo, mais c'est le moyen le plus efficace quand on attaque un nouveau sujet. C'est idéal pour attirer des spécialistes très bons dans leur secteur.

I. T. : La création du labo à Paris répond à quels objectifs ?

P. B. : Inauguré officiellement en juin 2006, ce nouveau labo a en fait démarré en automne 2005. Il a été créé avec l'objectif de servir les nouvelles ambitions du groupe sur le marché des télécoms. Mais pas seulement. Nous avons déjà un labo en France, à Rennes. Par la présence de notre R&D dans la capitale, nous voulons à la fois renforcer notre visibilité auprès des opérateurs télécoms et devenir un pôle fort d'attraction de talents. C'est ainsi que nous avons pu recruter un grand spécialiste en théorie des réseaux chez Microsoft, en Grande-Bretagne.

I. T. : En 2005, Thomson a accru le budget de R&D de 45 % alors que son périmètre industriel rétrécissait. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

P. B. : C'est une stratégie délibérée, impulsée par Frank Dangeard dès son arrivée à la tête de Thomson, en 2004. Elle correspond à sa volonté de transformer le groupe en fournisseur majeur de technologies pour l'industrie du média et du divertissement. Un fort coup de pouce s'imposait pour porter l'effort de R&D au niveau couramment observé dans ce type d'industrie. C'est ainsi que nos dépenses de R&D sont passées de 3,4 % du chiffre d'affaires en 2004 à 5 % en 2005. Cet accroissement des moyens financiers s'est traduit par une forte augmentation des effectifs. Rien que cette année, nous avons embauché plus d'une centaine de chercheurs.

I. T. : Peut-on dire aujourd'hui que vous avez complètement tourné le dos aux technologies grand public ?

P. B. : Oui et non. Du point de vue de la recherche, la dernière activité concernant le grand public porte sur les écrans plats. Mais elle va être arrêtée. Néanmoins, nous garderons un oeil attentif sur ce qui se passe chez l'utilisateur grand public, mais sous l'angle des applications dans le monde du cinéma et de la vidéo. Dans la perspective d'assurer aux majors d'Hollywood une chaîne de distribution de haute fidélité de leurs films, nous sommes obligés de nous intéresser à l'écran pour l'affichage du contenu numérique dans la qualité désirée par l'éditeur vidéo. Se pose une problématique de traitement de signal pour filtrer le bruit, corriger les pixels erronés ou obtenir le bon rendu de couleurs. On peut imaginer dans l'avenir une télévision intelligente où des informations contenues dans le film permettraient au poste de se régler automatiquement pour offrir le meilleur affichage.

I. T. : Thomson était un grand bailleur de technologies. Qu'en est-il aujourd'hui ?

P. B. : Nous le sommes toujours. Les revenus générés par la cession de licences de nos brevets restent stables. En 2005, ils se sont montés à 449 millions d'euros. Pour la pérennité de cette activité, nous avons lancé de nouveaux programmes de R&D très ciblés sur les besoins du marché. Des brevets rémunérateurs s'épuisent. Il faudra pouvoir les remplacer par de nouveaux. En 2006, nous consacrons 34 % de notre effort à des programmes de R&D à long terme, générateurs de ce type de brevets. L'enregistrement optique de données figure parmi les sujets clés.

RENCONTRE AVEC

PATRICK BAUDELAIRE

DIRECTEUR SCIENTIFIQUE DE THOMSON

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D chez Thomson - Budget en 2005 : 269 millions d'euros, soit 5 % du chiffre d'affaires - Effectif : 450 ingénieurs - 8 laboratoires dans le monde, dont deux en France (Paris et Rennes) - 669 brevets déposés en 2005 - Portefeuille de 50 000 brevets dans le monde

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0883

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2006 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

INFORMATIQUE

INFORMATIQUE

Performances doublées pour les processeursIntel lance la série de processeurs Xeon 5500. Ils exploitent la nouvelle micro-architecture Nehalem qui[…]

01/04/2009 | AlertesInnovations
HYDRAULIQUE

HYDRAULIQUE

COMMUNICATION

COMMUNICATION

RECYCLAGE

RECYCLAGE

Plus d'articles