Nous suivre Industrie Techno

Un filon à exploiter

Anne Orliac
Poussés par la réglementation et par souci de rentabilité, les industriels sont de plus en plus nombreux à s'équiper pour traiter eux-mêmes leurs déchets banals.

Aujourd'hui encore, les industriels ont du mal à mettre le nez dans leurs déchets. Il faut dire que, vus de loin, les déchets ne sont que des résidus de la chaîne de production, qui ne servent à rien et coûtent de l'argent. Bien sûr, les réglementations exigent de trouver des solutions pour les déchets dangereux, qui nécessitent un stockage et un traitement adaptés. Mais les DIB (déchets industriels banals : cartons, papier, bois, métaux, plastiques...) n'ont pas eu droit à la même attention. Jusqu'à récemment, les industriels les abandonnaient très facilement aux communes qui se chargeaient de les détruire ou de les valoriser. Pourquoi donc s'équiper d'onéreuses installations de traitement quand on peut régler le problème à des prix, somme toute, avantageux ? Mais avec les pressions des institutions, la flambée des cours du pétrole et ceux des matières premières, la question ne se pose plus exactement dans les mêmes termes.

Une évolution exigente et coûteuse

Si le monde du déchet évolue, c'est d'abord grâce aux communes. Aujourd'hui, elles imposent souvent un conditionnement particulier pour accepter d'enlever les déchets. Elles sont même de plus en plus nombreuses à demander qu'ils soient préalablement triés selon de leur nature. Quelques-unes refusent carrément certains types de déchets précis, comme les "big bag", les détritus souillés, les pots de peinture. Résultat : ou les industries se conforment à leurs conditions et se chargent elles-mêmes d'une partie de leurs déchets, ou elles confient le tout à des prestataires spécialisés dans la collecte et le traitement, comme Veolia Propreté ou Sita. Certes, ces sociétés ont moins d'exigences en termes de tri et de conditionnement, mais cette souplesse a un coût... qui peut quelquefois devenir vite exorbitant.

« Aujourd'hui, si l'on se contente de mettre ses déchets dans une benne et de les envoyer dans un incinérateur, la facture enfle considérablement. C'est souvent ce qui décide les industriels à s'équiper », explique Éric Joyer, directeur associé de GDA Environnement, une société qui conseille les industriels désireux d'installer des équipements de traitement ou de valorisation de leurs déchets. Sans compter qu'avec la montée des prix du pétrole, et donc du transport, les industries ont tout intérêt à diminuer la fréquence des enlèvements. La solution à tous ces problèmes est aussi claire qu'un slogan : trier à la source et réduire les volumes. La procédure est assez simple. Après avoir collecté et trié les déchets, on commence en général par les découper en morceaux plus fins avec un broyeur, puis on les compacte avec une presse à balles. Mais toute la difficulté est d'adapter la taille et le type des équipements au volume et à la nature des déchets. Bacs de collecte en plastique ou métal ? Broyeur, déchiqueteuse ou cisaille ? Presse horizontale ou verticale ? Ces choix déroutent parfois les industriels, en particulier les PMI, peu habituées à s'occuper des résidus de leur production.

Gagner de l'argent en se simplifiant la vie

Pour leur faciliter la tâche et les inciter à investir, les fabricants ont donc enrichi leurs gammes de nouveaux produits. « Nos dernières bennes de collecte sorties sur le marché sont particulièrement bien adaptées aux DIB : elles sont plus légères et moins coûteuses », explique Nicolas Ménard, responsable marketing de Geco, spécialiste des bennes. « Car, sur ce genre de produits, les clients cherchent à gagner de l'argent et à se simplifier la vie. » La problématique est la même pour les spécialistes de la réduction de volume. Les presses à balles spécialisées prennent souvent le pas sur les compacteurs les plus simples, qui ont pour vocation d'écraser tous les types de déchets en même temps. « Les machines se sont sophistiquées. Elles sont souvent équipées de plusieurs caissons, un pour le plastique, un autre pour le carton et le dernier pour le métal, par exemple, afin de faciliter le tri sélectif à la source », commente Jacques Müller, gérant de la société PàB Presse à Balles, un fournisseur qui porte bien son nom.

Proposer des services et des conseils

Conscients que leurs clients ont besoin d'être accompagnés dans leur démarche, certains fabricants n'ont pas hésité à élargir le champ de leurs activités au conseil. « Plus encore que nos produits, ce sont les services que nous proposons qui sont novateurs », explique Bernard Saindrenan, directeur des marchés industriels de Plastic Omnium Environnement, un des leaders européens dans la fabrication de conteneurs en plastique. « Nous offrons à nos clients une prestation modulaire et globale, qui commence par un état des lieux sur le site. Nous étudions les filières de valorisation possibles. Et selon les résultats escomptés, nous définissons la taille des bacs nécessaires et leur emplacement idéal. Nous intervenons même sur place afin de mieux motiver les salariés. »

C'est bien la souplesse qui est au centre de ce marché en plein essor. Les spécialistes de la réduction de volume s'y soumettent eux aussi. « Un client n'achète pas une machine mais une installation qui va lui permettre de répondre à un besoin précis », explique François Salmon de Decoval Engineering, spécialiste de la réduction de volumes des déchets industriels. Il faut donc souvent partir d'équipements simples, comme des broyeurs, des déchiqueteuses ou des presses, les dimensionner précisément pour les volumes de déchets mis en jeu, les assembler et y ajouter quelques autres systèmes spéciaux pour finalement répondre aux désirs d'un client. « Nous avons parmi nos clients une marque de boîtes de conserve qui souhaitait valoriser ses lots invendables. Nous avons donc conçu une installation qui commençait par broyer les boîtes pleines, puis qui séparait le contenu alimentaire du métal. Il pouvait alors être réutilisé », illustre Philippe Belouin, directeur général ECP-Group, un fabricant européen spécialisé dans les broyeurs et les compacteurs.

Le ton est donné : l'heure est à l'élaboration de véritables plans de bataille pour gagner en rentabilité. Face à ce marché émergeant et très prometteur, Veolia Propreté et Sita ont développé leur activité de conseil et proposent d'accompagner les industries depuis la phase de diagnostic jusqu'à l'installation des équipements adéquats.

Négocier la revente des déchets valorisés

Des sociétés indépendantes offrant les mêmes services, à l'instar de GDA Environnement ou Trivalor, ont fleuri ces dernières années. Elles vont même jusqu'à négocier la revente des déchets valorisés. Car, pour certains industriels, traiter ses propres déchets est bien plus qu'un moyen de limiter les dégâts concernant la hausse des prix. « L'envol du prix des matières premières incite lui aussi les industries à y regarder à deux fois avant de jeter leurs déchets », assure Éric Joyer. Jugez un peu : incinérer une tonne de polystyrène expansé coûte entre 100 et 150 euros par tonne. Si on la met en balles de la bonne taille, on peut espérer la revendre près de 50 euros ! Et le polystyrène n'est pas le seul à se négocier à bon prix. Les métaux, les films plastiques, et même le bois peuvent faire gagner de l'argent à ceux qui en produisent comme résidus. À condition bien sûr de s'équiper de presses à balles compatibles avec la nature des déchets... et formant de grosses balles transportables à bas coût.

Ce sont toutefois les déchets d'équipements électriques et électroniques qui sont les plus spectaculaires sources de profit. Évidemment, pour les revendre, il faut être capable de les récupérer. Bien sûr, il y a toujours la possibilité de démanteler les objets à la main... « Mais les industries qui récoltent dans leurs déchets de grandes quantités de cartes électroniques ont tout intérêt à investir dans une installation dédiée : un broyeur équipé d'un système de récupération par courant de Foucault », analyse Éric Joyer, qui a déjà conseillé ce type d'installation à certains de ces clients. Et voilà comment, grâce à quelques équipements bien choisis, de vulgaires résidus de la chaîne de production deviennent aussi précieux que l'or.

L'ESSENTIEL

- Deux étapes pour rentabiliser le coût du traitement : trier à la source et réduire le volume - Le prétraitement et le conditionnement des déchets valorisables favorisent leur revente

TROIS ÉQUIPEMENTS CLÉS

Les lacérateurs, les déchiqueteuses, les broyeurs, les cisailles - Le déchet est amené (par un entonnoir, un tapis roulant...) sur un ou plusieurs arbres dentés qui tournent. Selon le nombre d'arbres et la puissance du moteur, ces machines permettent de réduire différents types de déchets : les légers et volumineux (comme le carton) pour les lacérateurs ; les déchets les plus difficiles (composants métalliques, pneus, moquettes, matelas, etc.) pour les cisailles rotatives à plusieurs arbres.

Les presses à balles verticales - Les déchets sont placés dans un coffre ; lorsque l'opérateur actionne la presse, un plateau (mû grâce à un moteur ou un vérin hydraulique) vient écraser les déchets. Le chargement se fait manuellement, elles présentent un encombrement réduit et peuvent ainsi être utilisées à côté des postes de production, pour compacter des quantités de déchets assez faibles.

Les presses à balles horizontales, à coffre ou automatiques - Le principe est le même que pour les presses à balles verticales, si ce n'est que l'écrasement se fait horizontalement. Elles sont plus volumineuses. Le chargement peut être manuel ou automatique. Elles deviennent nécessaires quand la quantité de déchets à traiter est significative.

PRATIQUE

Comment choisir ? La mise en place d'une installation de traitement des déchets découle d'un état des lieux sur... > La nature et le volume des déchets, leur taille, la présence ou non de déchets dangereux, de déchets souillés, la capacité de stockage sur le site > Les filières possibles de valorisation, la proportion de déchets recyclables ou valorisables, la distance des centres de tri, le plan départemental des déchets en vigueur, le contexte économique régional > Les moyens humains, l'expérience en matière de tri, de collecte et de traitement des déchets, la disponibilité du personnel, la présence d'un responsable environnement

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°HS903

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2008 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

L'oxydation hydrothermale s'adapte au chlore

L'oxydation hydrothermale s'adapte au chlore

LE PROCÉDÉ d'élimination des effluents polluants du CEA de Pierrelatte par l'eau supercritique résiste mieux au[…]

01/04/2004 | AlertesR & D
Plus d'articles