Nous suivre Industrie Techno

Trouver les compétences

Sonia Pignet

Sujets relatifs :

,
Les métiers présents dans les bureaux d'études étant de plus en plus variés, le champ des compétences nécessaires s'élargit. Et certaines sont plus difficiles que d'autres à dénicher.

Hier, on lui demandait sans façons : «S'il vous plaît... Dessinez-moi une aile d'avion. » Mais le métier du bureau d'études (BE) a beaucoup changé. « Le BE devient plutôt une société d'ingénierie-conseil en technologie », analyse Jean Félix, délégué général chez Syntec Ingénierie, la fédération des professionnels de l'ingénierie. Il ne se contente plus de dessiner, il doit aussi mener une réflexion et conseiller le client sur de nombreux aspects, pour aboutir à une prestation complète sur une pièce. Par exemple, trouver quels sont les matériaux qui pourraient contribuer à réduire la consommation d'énergie de cette même aile d'avion, revient désormais aux bureaux d'études.

Pénurie de personnel dans certains secteurs

Cette mutation fait évoluer les métiers et demande de nouvelles compétences. Ainsi, les bureaux d'études assument désormais de plus en plus souvent la responsabilité intégrale de la conception d'une pièce, et les besoins en encadrement croissent. La tendance est donc à l'augmentation du pourcentage d'ingénieurs par rapport aux techniciens, ces derniers restant tout de même les plus nombreux. L'externalisation des BE, amorcée il y a une quinzaine d'années, contribue d'ailleurs à ce phénomène. « Au départ, il y avait majoritairement des techniciens qui partaient en mission dans les BE. À partir de 1992, on a créé au sein de la société des cellules de techniciens pilotées par des ingénieurs. Ces derniers ont donc été de plus en plus nombreux, jusqu'à 30 % d'ingénieurs dans la partie mécanique » raconte François Cochard, directeur des opérations techniques au sein du bureau d'études techniques ABF Ingénierie (groupe Sanbaro).

Des fonctions du type chef de projet sont ainsi très recherchées. Or, « il est difficile de trouver des ingénieurs », constate Jean Félix. Certains secteurs sont plus particulièrement touchés, comme le nucléaire, la mécatronique ou l'électronique de puissance. Pourtant le besoin est grandissant, l'effet papy boom commençant à se faire sentir. Syntec Ingénierie estime que sur les 28 000 ingénieurs formés chaque année, seuls 60 % exercent ce métier, les 40 % restant se tournant vers des secteurs comme les banques et la finance. « Il y a plus d'attrait pour le monde de l'immatériel que celui du traditionnel », considère Pierre Boucher, responsable du service emplois carrières de l'École nationale supérieure d'arts et métiers (Ensam).

En résumé, la production n'attire plus autant qu'avant. Un manque d'attrait qui touche particulièrement le secteur du bâtiment. Les ingénieurs ne sont pas les seuls à déserter ce secteur. Les dessinateurs, projeteurs, techniciens spécialistes de la climatisation, du béton armé ou de l'électricité sont aussi très demandés. « Le bâtiment a décroché beaucoup de marchés ces dernières années, et il a besoin de monde », analyse Jean-Christophe Added, directeur général de GIF, une société d'intérim spécialisée dans les métiers techniques des BE. Mais ces métiers n'attirent pas les jeunes. « Nous allons vers une pénurie de personnel », prévoit-il.

La pénurie se ressent depuis longtemps déjà chez Ingetech, une société d'ingénierie auprès des bureaux d'études et axée sur l'implantation d'usines. « C'est récurrent depuis trente ans, il est difficile de trouver du monde », raconte Bernard Chaumeil, qui s'occupe de la partie BE en tant que responsable des ressources humaines. La charpente, la chaudronnerie n'attirent pas. Les jeunes veulent tous faire des produits en 3D. « Or nos clients travaillent encore en 2D. Il faut parfois plusieurs années pour trouver le bon profil », se désole-t-il. Chez ABF Ingénierie, il a ainsi été très difficile de recruter un jeune pour travailler sous AutoCAD, ce qui ne relève pourtant pas d'un profil très élaboré. « On ne leur apprend plus la 2D dans les écoles », fait remarquer François Cochard. A contrario, certains secteurs, comme l'automobile et l'aéronautique, sont eux très attractifs, mais le marché du travail tourne au ralenti. Trop de gens pour peu de demandes.

L'expérience autant prisée que le diplôme

Outre les ingénieurs, les projeteurs sont également une denrée rare. Car un bon projeteur est un projeteur d'expérience. « Les débutants ne sont pas opérationnels dès la sortie de l'école », considère en effet Laurent Pyrault, directeur du pôle architecture produit au sein du groupe Segula Tech- nologies. Il leur faut encore un an de formation pour apprendre à réaliser les pièces. « Entre un dessinateur études et un dessinateur projeteur, c'est l'expérience qui fait la différence », confirme Laurence Borne, responsable des ressources humaines chez ABF Ingénierie. Les débutants manquent d'un bagage technique en conception, et n'ont pas les bons réflexes.

C'est particulièrement vrai pour des domaines tels que la plasturgie. En effet, la réalisation d'un prototype demande d'allier faible coût et bon fonctionnement de la pièce, ce qui s'acquiert après quelques années de pratique. De plus, de nombreux titulaires d'un DUT préfèrent poursuivre leurs études, soit avec une formation d'ingénieur, ce qui limite le nombre de candidats sur les postes de projeteurs, soit avec une année supplémentaire de spécialisation en CAO. « Mais dans ce second cas, ils apprennent un outil, non pas un métier » regrette François Cochard. Or, les formations en informatique sont, elles, plutôt satisfaisantes. Les jeunes qui sortent d'IUT ou d'écoles savent généralement utiliser au moins un logiciel de CAO. Les autres sont alors très rapidement assimilés si besoin, une dizaine de jours de formation en interne suffisant souvent.

Les atouts maîtres des jeunes ingénieurs

Enfin, une compétence recherchée et parfois difficilement trouvée, la maîtrise des langues étrangères. Un domaine où - et ce n'est pas nouveau - les jeunes Français n'excellent pas. Pourtant, avec l'ouverture des BE aux autres services et à l'étranger, la capacité à communiquer avec les différents acteurs d'un projet devient indispensable, y compris pour les techniciens. Une ou deux langues étrangères maîtrisées sont donc un sérieux atout sur un CV. Un atout qui commence à être bien cerné par les écoles qui, de plus en plus, incitent leurs étudiants à faire des stages à l'étranger. L'Ensam souhaite ainsi faire passer de 50 à 100 % la proportion des étudiants ayant fait un séjour de six mois hors de France.

Enfin, la pluralité des compétences s'impose dans les sociétés d'ingénierie. « Le BE purement mécanicien a tendance à disparaître au profit de BE plus ouverts à d'autres technologies », analyse Pierre Poncet, responsable de l'activité accompagnement et conseil en conception aux BE au sein du Cetim. Ce mouvement, amorcé il y a environ cinq ans, se traduit par la présence de nouveaux profils : mécatroniciens, automaticiens, électriciens... Le challenge : les faire travailler ensemble. « Il est difficile de faire parler un électricien avec un mécanicien par exemple », constate effectivement Pascal Lépine, responsable du BE chez Usifroid, une société qui conçoit des lyophilisateurs. Chacun s'occupe de son problème, sans forcément tenir compte de l'environnement dans lequel intervient son travail. Autre conséquence de cette multiplicité des compétences : le recrutement est élargi. Longtemps privilégiées, les écoles d'ingénieurs généralistes sont en concurrence avec les écoles plus spécialisées ou plus universitaires. Finalement, la différence se fait souvent grâce aux stages. Une expérience dans un BE, ou au moins dans le secteur pour lequel on postule, est une ligne généralement déterminante sur un CV.

L'EXTERNALISATION DES BUREAUX D'ÉTUDES ET LEURS RESPONSABILITÉS ACCRUES CONTRIBUENT À UNE AUGMENTATION DU BESOIN EN INGÉNIEURS.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0891

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2007 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

LES 4 DÉFIS DU BUREAU D'ÉTUDES

LES 4 DÉFIS DU BUREAU D'ÉTUDES

Jamais la pression n'a été aussi forte sur le bureau d'études. Parce qu'il faut innover sans relâche. Parce que le nouveau mot d'ordre n'est plus[…]

01/07/2007 |
Réduire les délais

Réduire les délais

S'ouvrir aux autres

S'ouvrir aux autres

Pratiquer l'écoconception

Pratiquer l'écoconception

Plus d'articles