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Trois entreprises interrogées sur quatre ne savent pas quelle quantité de CO2 elles rejettent dans l’atmosphère, d’après une enquête BCG

Aline Nippert
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Trois entreprises interrogées sur quatre ne savent pas quelle quantité de CO2 elles rejettent dans l’atmosphère, d’après une enquête BCG

Moins de 10% des industriels de l'énergie déclarent être à la traîne en termes de mesure des émissions de CO2, d'après le sondage BCG. Sur l'image, la centrale de Cordemais sur la Loire, opérée par EDF, qui compte deux unités charbon d'une puissance totale de 1 200 MW électrique.

© EDF

D’après un sondage BCG, 76 % des entreprises interrogées déclarent être incapables de mesurer l’empreinte carbone de leurs produits ou services, en intégrant l’ensemble du cycle de vie. Le cabinet de conseil met en avant l'intelligence artificielle pour améliorer cette comptabilité carbone.

« Les entreprises ont pris des engagements pour réduire leurs émissions de CO2… sans être capables de les mesurer », s’inquiète Sylvain Duranton, directeur de l’unité dédiée à l’intelligence artificielle du cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG), en référence aux résultats de leur nouvelle enquête dont il est le co-auteur. « À quelques semaines de la COP 26, nous tirons la sonnette d’alarme ! »

D’après le sondage de BCG Gamma, publié mercredi 13 octobre, les cadres d’entreprises interrogées ont conscience que leurs émissions de CO2 sont mal évaluées, avec une marge d'erreur de 30 à 40% selon eux. Une incertitude dont l’ordre de grandeur est proche de leurs engagements de réduction des émissions de CO2 de leur société, « qui s’élèvent souvent autour de 50 % à horizon 2040 à 2050 », pointe M. Duranton.

Les données de BCG Gamma sont issus des déclarations de cadres d’entreprises qui ont une responsabilité décisionnelle totale ou partielle en matière d'émissions de CO2 au sein de 1 290 organisations dans le monde (12 pays) et dans neuf grands secteurs d'activité (dont l’énergie, la finance, les médias et télécoms, l’automobile, la santé, l’assurance). Seules 9 % des entreprises déclarent mesurer correctement leurs émissions de CO2 et 11 % affirment avoir baissé leurs émissions à hauteur de leurs engagements.

« Les secteurs de l’énergie et des produits industriels sont les plus matures en termes de mesure du CO2, parce qu’ils sont soumis à des règlementations fortes et que les attentes du marché sont élevées », soulève Charlotte Degot, directrice associée au BCG GAMMA et co-autrice du rapport.

Manque d’exhaustivité, imprécision, automatisation rare

En plus de la marge d’erreur colossale, ces mauvais résultats s’expliquent par une évaluation partielle des émissions de CO2 dont les entreprises sont responsables. Plus de 80 % d’entre elles admettent omettre certaines de leurs émissions internes (scope 1 et 2), issues de l’activité de l’entreprise elle-même (rejets de l’usine et des véhicules ainsi que de l’énergie consommée). Et deux tiers des sociétés interrogées ne déclarent aucune de leurs émissions externes (scope 3 et 4), à savoir celles associées à l’amont de la chaîne de valeur et à l’usage du produit.

« Les émissions externes comptent pourtant pour 90 % de la moyenne totale des rejets de CO2 de la société ! », insiste Sylvain Duranton. En somme, 76 % des entreprises interrogées déclarent être incapables de mesure l’empreinte carbone de leurs produits ou service, en intégrant l’ensemble du cycle de vie.

Autre problème : les mesures des entreprises sont très peu mises à jour, ce qui rend les prises de décision difficiles. Plus de 85 % des répondants enregistrent et déclarent encore leurs émissions de CO2 manuellement à l'aide de feuilles de calcul Excel. Seules 22% d’entre elles ont des processus automatisés.

« Or, les rejets de CO2 peuvent évoluer rapidement, autant dans le transport par exemple que sur la chaîne d’approvisionnement, rapporte le directeur de BCG Gamma. Nous avons travaillé avec une société de la grande distribution qui ne décomposait pas et ne mesurait pas ses émissions liées à ses bouteilles en verre par entrée (par type de fournisseur, couleur, matériaux ou pays d'origine). Lorsqu'elle l'a fait, elle a constaté que les émissions étaient 45 % plus élevées que celles mesurées initialement », raconte-t-il.

Intelligence artificielle

Des résultats préoccupants qui, selon BCG, pourraient être améliorés par le recourt à l’intelligence artificielle. Cette technologie permettrait notamment d’automatiser la collecte des données et d'en extrapoler certaines pour éviter les trous dans la raquette. « Si, par exemple, l’un des fournisseurs ne mesure pas précisément ses émissions de CO2, il est quand même possible, grâce à l’IA et aux banques de données disponibles, d'estimer son empreinte carbone en fonction du mix énergétique de sa région et de son secteur d’activité », explique Charlotte Degot.

L’utilisation des algorithmes permettrait également, selon BCG, de simuler différents scénarios de réduction pour élaborer une feuille de route optimisée et de la mettre à jour, quasi en temps réel, selon les progrès et autres évolutions en termes d’émissions de CO2.

Enfin, l’IA pourrait même contribuer à baisser directement certaines émissions, en optimisant les procédés les plus consommateurs d’énergie. « Nous estimons que l’IA permet de réduire les émissions d’une entreprise jusqu'à 40 % grâce à l'identification des meilleures initiatives, au suivi des résultats et à l'optimisation des opérations de l'entreprise », explique Mme Degot.

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