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Transmission des connaissances : le débat

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Paris, le 3 avril. Raffaele Franchi directeur Ingénierie et Technologie chez Rhodia et Christian Cook, chef du Département Electricité Contrôle Commande de la Direction Industrielle et Technique des Ciments Calcia débattent sur le

Le Club Automation cherche à promouvoir l'utilisation et le développement des techniques d'automatisation et de traitement de l'information industrielle. Pour ce faire, il organise des débats pour confronter les idées et partager les opinions.

Cette association indépendante des offreurs et des organismes professionnels a organisé aujourd'hui le premier déjeuner rencontre prospective sur le thème de la transmission des connaissances. Elle a invité à cette occasion Raffaele Franchi, directeur Ingénierie et Technologie chez Rhodia et Christian Cook, chef du département Electricité Contrôle Commande chez Ciments Calcia. Chacun a donné son point de vue sur ce sujet.

Le point de vue de Raffaele Franchi directeur Ingénierie et Technologie chez Rhodia:
La transmission de connaissances est un problème de fond. Il est nécessaire d'établir un pont entre l'informations, les machines et les hommes. Mais les entreprises ciblent leur stratégie sur les moyens pour la machine et oublient bien souvent les hommes. Il faut absolument arriver à une harmonie entre ces trois pôles. Il y a bien entendu pas de bonnes informations sans machines fiables et leur instrumentation associée mais l'évolution de l'information est inexploitable sans la compétence et la connaissance des hommes.

A une certaine époque les systèmes experts ont été vendus comme de l'intelligence artificielle. Il faut toutefois l'alimenter avec de l'intelligence humaine. Le problème qui survient souvent est que les personnes qui vont utiliser les systèmes perdent au fur et à mesure la connaissance initiale. Alors que la première équipe qui a chargé et paramétré le système la maîtrisait totalement. Il faut absolument faire vivre le système en même temps que la connaissance des gens qui l'utilisent sinon ils disposent de l'information mais ils ne savent pas l'exploiter. Et quand le système expert tombe en panne c'est la panique.

Le problème des systèmes experts est qu'on les a considéré comme des experts alors que leurs connaissances sont figées. Ce sont de très bonnes solutions à condition de les faire évoluer

D'autre part on met rarement en place les ressources nécessaires à la transmission d'un savoir faire détenu par le personnel sur le départ. Le meilleur moyen pour préparer ce départ est d'embaucher le remplaçant quelques mois auparavant pour transmettre ses connaissances. L' ' overlapping ' des compétences est le meilleur moyen pour assurer la continuité. Mais cela se prévoie, s'organise et se planifie. Cette solution est toutefois rarement mise œuvre par souci d'économie. Malheureusement, j'ai connu des situations où le départ de quelqu'un rendait impossible la production.

A mon avis, les sociétés de consulting sont les mieux placées pour préserver le savoir-faire. Elles sont bien organisées pour cela. Car elles ont de nombreux projets différents à traiter, et elles ont intérêt à capitaliser leur expérience. Elles ont donc mis en place des outils pour optimiser leurs connaissances et leurs ressources humaines. Elles mettent souvent en place un système de dossier ' Mère ' avec tout un ensemble de sous-dossiers associés qui permettent un accès rapide à l'information.

Cette transmission des connaissances est bien maîtrisée dans le domaine de la Recherche. Car les chercheurs sont habitués à rédiger des rapports préliminaires, intermédiaires, etc. qui rendent compte de l'évolution de leurs travaux et des problèmes rencontrés. Cette démarche n'est pas exploitée (ou peut-être pas exploitable) dans le domaine des automatismes et du contrôle de process.

 

Le point de vue de  Christian Cook, chef du Département Electricité Contrôle Commande de la Direction Industrielle et Technique des Ciments Calcia :

Les systèmes experts ont en effet été mis en place pour aider les opérateurs à la conduite de procédés. L'objectif était d'obtenir des conduites stables, c'est à dire un fonctionnement optimal et sans heurt quels que soient les opérateurs. Ces systèmes ont été paramétrés par un ensemble de règles reflétant leur meilleure façon de conduire le procédé de fabrication concerné. Malheureusement, lors de la production de ciment, le changement de combustibles ou de matières premières exige une modification dans la conduite du procédé. Au bout d'un certain temps, les opérateurs ' assistés ' dans leur façon de conduire le procédé perdent la connaissance. Il devient impossible d'apporter les modifications au système expert qui, de ce fait, est abandonné.

Le système expert est une bonne solution à condition qu'il soit mis à jour par des personnes du terrain qui connaissent leur process.

Pour la production de certains matériaux, cela fait des années que le système expert se charge de la conduite de procédé. Le problème est que dorénavant, sans système expert, personne ne saurait conduire le procédé.

Bien entendu, si le système expert s'arrête, la production va diminuer et la qualité va baisser mais l'homme reprend toujours le dessus. Il reprend les commandes et affine au fur et à mesure ses connaissances, jusqu'à que tout reprenne normalement.


Le mieux c'est que cela soit l'utilisateur qui mette en place le système expert. C'est là que l'on obtiendra les meilleurs résultats. On est assuré qu'il le connaît et qu'il peut le faire évoluer. Cela sera toujours moins bien si l'on fait appel à une société de service qui formera ensuite le personnel. 


Pour partager la connaissance, l'écrit peut paraître la meilleure solution. Malheureusement, les textes ne sont pas interprétés de la même façon selon que l'on s'adresse à des systémiers ou des gens du contrôle commande. Du coup, nous avons préféré présenter nos analyses fonctionnelles sous forme graphique.

D'ailleurs, si les entreprises ne considèrent pas la transmission de savoir faire dans le domaine des automatismes comme stratégique, c'est à cause des automaticiens qui ont causé leur propre malheur. Comme ils se sont toujours débrouillés, les services de ressources humaines ne s'inquiètent pas. Ils pensent qu'il suffit d'un claquement de doigt pour que tout redémarre.

Youssef Belgnaoui

Pour en savoir plus
www.clubautomation.org

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