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Transition énergétique : les atouts français

L'Ademe livre une vision ambitieuse sur la contribution des énergies renouvelables au mix énergétique dans un document prospectif, « vision 2030-2050 », publié en vue du débat national sur la transition énergétique. Pour l'agence, le secteur présente un réel potentiel industriel, à condition de miser sur ses ressources d'innovations. Tour d'horizon.

Comment l'Ademe aborde-t-elle le débat sur la transition énergétique ?

Nous avons livré une première contribution sous forme d'un scénario prospectif. Il présente une évolution réalisable pour les économies d'énergie et la croissance des énergies renouvelables. Cette vision multisectorielle (transport, bâtiment, industrie...) se veut indépendante et plus ambitieuse que le scénario du Grenelle, tout en consevant une approche réaliste. La synthèse a été publiée en novembre 2012 et la version détaillée, qui déclinera notamment les implications socio-économiques du scénario, paraîtra début 2013.

Votre analyse évoque pour 2030 un mix comprenant 50 % d'électricité nucléaire en 2030, contre 75 % actuellement. L'objectif affiché par le gouvernement est donc réaliste ?

L'Ademe ne s'occupe pas de politique : arriver à 50 % de nucléaire n'était pas un objectif a priori. Une fois estimées les économies d'énergie réalisables, nous avons élaboré le volet énergies renouvelables en évaluant le potentiel de chaque énergie, filière par filière. Nous avons à chaque fois pris en compte ses performances, sa courbe d'apprentissage, c'est-à-dire sa capacité à améliorer ses performances et son potentiel en termes d'industrie et d'emploi sur nos territoires. L'autre impératif était que ces différentes énergies, dont certaines sont intermittentes, puissent être absorbées par le réseau électrique. Nous avons ainsi vérifié l'équilibre heure par heure entre la production et la demande sur le réseau électrique. Il se trouve que nous sommes arrivés à un mix compatible avec l'objectif de « 50 % de nucléaire » du gouvernement.

Le scénario prévoit 30 % d'électricité provenant du photovoltaïque et de l'éolien, soit pour chacune une croissance de capacité équivalente à un réacteur nucléaire de type EPR chaque année ! Peut-on y croire, au vu des difficultés que traversent ces filières ?

Les situations du photovoltaïque et de l'éolien sont différentes. Dans les deux cas, la France a une carte à jouer. Sur l'éolien, la technologie à terre est mature et l'industrie européenne est forte, avec des leaders historiques allemands, danois ou espagnols. Des relais de croissance se trouvent dans l'éolien en mer, qui promet encore beaucoup en termes de baisse des coûts. La France prend ce train de l'offshore avec des acteurs comme Alstom ou Areva et les deux appels d'offres gouvernementaux pour installer 6 GW en mer à l'horizon 2020. L'Angleterre et l'Allemagne ont aussi lancé des plans ambitieux en éolien offshore. Il est vrai que la France compte historiquement peu de turbiniers, mais sa force peut aussi être dans la sous-traitance. Dans le document Windustry, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) recense une centaine d'industriels tricolores capables de construire cet éolien offshore en pleine émergence.

Quid du photovoltaïque ?

La technologie photovoltaïque a de fortes marges de progression : depuis deux ans, le coût du kilowatt baisse de 30 % par an ! C'est une industrie parente de celle des semi-conducteurs pour l'électronique. Les coûts des panneaux sont très liés à la production des lingots de silicium, avec des moyens de production très capitalistiques, où la force vient des économies d'échelle. D'où le monopole chinois, dont les usines produisent de l'ordre du gigawatt par an. Face à cette force de frappe, la France peut jouer à d'autres niveaux. Les équipementiers, par exemple. En se fédérant au sein du programme PV800 subventionné par l'Ademe et dirigé par le CEA/Ines, des fabricants français ont vendu une ligne de fabrication de cellules au Kazakhstan. D'autres acteurs développent des procédés de fabrication moins énergivores pour obtenir des modules à haut rendement. Des technologies émergentes issues de la R&D pourraient aussi s'imposer. Soitec ou Heliotrop comptent parmi les pionniers du photovoltaïque à concentration, pour les marchés des pays à fort ensoleillement. N'oublions pas non plus le solaire thermodynamique, qui concentre le soleil pour produire de la vapeur. Cette technologie, développée très tôt en France puis perdue de vue, connaît un regain d'intérêt dans les marchés du Sud avec le positionnement de gros industriels comme Areva, CNIM ou Alcen.

Votre scénario, prévoit aussi une part d'électricité en base, c'est-à-dire non intermittente, d'origine renouvelable. Quelle en sera la source ?

Avant tout des barrages hydrauliques, qui fournissent déjà le gros de l'énergie renouvelable française. Mais leur potentiel de développement sera faible car en dehors de la petite hydraulique, les cours d'eau sont déjà très équipés et les nouveaux projets font face à une législation sur l'eau restrictive. On estime ainsi que 3 GW pourraient s'ajouter d'ici 2030 aux 25 GW déjà installés. Le complément sera obtenu par l'incinération, la combustion de biomasse et le biogaz obtenu par méthanisation ou récupéré dans les décharges.

La biomasse peut également assurer les besoins en chaleur...

Oui, c'est la priorité que défend l'Ademe. Les rendements d'une centrale à biomasse sont de l'ordre de 33 % en électricité, 65 % en cogénération électricité-chaleur et atteignent 90 % en chaufferie. Qui plus est, en France, le gisement forestier est important. Bien exploitée, la ressource bois a encore un potentiel important. À ce titre, l'Ademe a développé un dispositif incitatif, le Fonds chaleur, destiné à encourager les chaufferies biomasses, mais aussi la géothermie et le solaire thermique. Dans le bâtiment collectif et les quartiers résidentiels, elle subventionne l'installation des réseaux de chaleur, des pompes à chaleur ou des chauffe-eau solaires. Le Fonds compte également un volet dédié aux industriels gros consommateurs comme l'agroalimentaire, ou la papeterie. Il subventionne une cinquantaine d'installations par an. Un industriel comme Roquette, en Alsace, a ainsi pu s'équiper d'une chaufferie bois et projette de compléter avec de la vapeur provenant de la géothermie profonde (lire page 39). Une première mondiale !

Le gouvernement prévoit de lancer un appel d'offres d'ici deux ans pour consolider l'essor des hydroliennes. La mer constitue-t-elle un eldorado énergétique ?

Cet appel d'offres devrait concrétiser les efforts français pour industrialiser cette technologie. À terme, l'idée est d'exploiter l'excellent gisement du Raz Blanchard, le deuxième d'Europe en termes de courant avec quelques gigawatts. Globalement, les courants exploitables resteront cependant cantonnés à des endroits clés. Le véritable apport énergétique des mers et océans n'est pas à considérer avant l'horizon 2030-2050. Beaucoup de recherches portent ainsi sur des structures flottantes pour éoliennes. Elles pourraient alléger les coûts de pose des turbines, et braver les planchers océaniques trop profonds ou en dénivelé - on pourrait même en implanter en Méditerranée ! Encore à plus long terme, toute une génération de systèmes houlomoteurs, captant l'énergie des vagues, est en développement, avec là encore un immense potentiel.

À PROPOS DE L'ADEME

L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie assure des missions d'expertise et de conseil auprès des entreprises et des collectivités. Elle apporte une aide au financement de projets et à la mise en place de démonstrateurs.

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