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Editorial

Transition énergétique : et si Elon Musk uberisait le réseau électrique ?

Transition énergétique : et si Elon Musk uberisait le réseau électrique ?

photo officielle de Muriel Devericourt doc Thomas Gogny

© T. Gogny/IT

L'uberisation? C'est l'expression désormais consacrée pour parler de la brutale remise en cause d'un modèle économique par de nouveaux entrants qui séduisent les utilisateurs en s'affranchissant des modes de fonctionnement habituels Une perpective qui inquiète de nombreux industriels de tous les secteurs. L'énergie n'y fait pas exception.

C’est un mouvement qui se situe au carrefour des deux principales révolutions que l’industrie (je pourrais même écrire : la société) est en train de vivre. A savoir ? La transition énergétique et la transition numérique. A l’intersection de ces deux lames de fond, un changement radical de modèle, façon Uber contre les taxis, pourrait se produire.

L’idée fait peu à peu son chemin parmi les professionnels du secteur. Les énergéticiens commencent à craindre, comme tant d’autres, de se faire "uberiser", selon l’expression désormais consacrée. De fait, les particuliers ou les sites industriels peuvent aujourd’hui piloter en temps réel leur consommation, et même produire eux-mêmes leur énergie –renouvelable-.  Ce qui change tout. La distinction qui existait jusque-là entre consommateurs d’énergie et producteur (avec ou sans s, selon les pays et les époques), a brutalement été rendue caduque. On aurait tort de sous-estimer cette évolution. Car comme dans le cas des taxis, les acteurs historiques sont bel et bien placés devant la possible remise en cause sans préavis de leur monopole, ou du moins de la situation d’oligopole qui leur était assurée. En l’occurrence, cette situation de fait était davantage liée à la technologie qu’à la réglementation. Mais la technologie évolue.

« Intelligents », les réseaux, pilotés en fonction de l’offre et de la demande, offriront une gestion toujours plus fluide et décentralisée d’une production qui sera de plus en plus assurée par une multitude d’entités interconnectées. Ces dernières conquièrent ainsi une première forme d’autonomie. L’accès à leurs propres données de consommation et à celles relatives au réseau, et les outils de pilotage associés renforcent encore cette indépendance relative, à grands renforts de technologies d’exploitation des big data. A l’heure actuelle, il leur reste toutefois un fil (électrique) à la patte. La production d’énergies renouvelables étant par nature intermittente, les nouveaux producteurs demeurent en effet dépendants du réseau pour revendre leurs excédents, et se fournir lorsqu’ils ne produisent pas assez.

Mais ce verrou pourrait sauter. Les technologies de stockage pour le stationnaire progressent en effet, et des solutions commencent à apparaître. Exemple : les batteries que Tesla envisage de proposer à très brève échéance pour ce type d’usage. N’en doutons pas, si le défi technologique est bel et bien surmonté, la société sera suivie sans tarder par une myriade d’acteurs, tant la demande est forte. Quand on connait par ailleurs le modèle d’une autre entité de la galaxie Tesla, SolarCity, on comprend que deux autres éléments de disruption, la dématérialisation et le déplacement de la valeur, sont aussi à l’œuvre. En effet, de la même manière qu’Uber n’est pas une flotte de taxis (la société ne possède aucun véhicule), et Airbnb pas une chaîne hôtelière (elle n’a aucune chambre), SolarCity ne possède pas d’installations centralisées de production. Elle ne cherche pas à faire pièce aux centrales du réseau, par exemple via de gigantesques fermes solaires. Ce n’est pas du tout son approche. Non, ce qu’elle propose à ses clients, c’est de louer des panneaux solaires, pour un prix inférieur au montant de leur facture d’électricité, en se chargeant pour sa part d’acheter et de revendre l’énergie. Et donc en garantissant le même niveau d’approvisionnement. Une offre simple, incroyablement avantageuse, atypique certes, mais qui n’implique aucun changement de comportement. Une proposition relativement imparable…

Que faire face à ce type de stratégie, qui bouscule les habitudes ? Les taxis ont certainement adopté la pire attitude possible. Ils offrent assurément un exemple à ne pas suivre... En réalité, les énergéticiens n’ont qu’une seule solution : faire comme les nouveaux entrants, repartir des besoins et des usages, en faisant abstraction des pesanteurs liées à une construction (technologique, réglementaire ou autre) qui a évolué ou est en passe de le faire. Un sacré défi, à la hauteur des deux révolutions qui le font naître.

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