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Interview

Transgreen : "du courant continu sous-marin à travers la Méditerranée"

Thomas Blosseville
Transgreen :

André Merlin préside le conseil de surveillance de RTE

© DR

Cet été, le gouvernement a lancé le consortium Transgreen. Le but : étudier la faisabilité d'un réseau électrique sous-marin entre l'Afrique du Nord et l'Europe ... à travers la mer Méditerranée. André Merlin, prédisent du conseil de surveillance de RTE, livre les défis technologiques de ce projet titanesque.

Transgreen veut raccorder les réseaux électriques européen et nord-africain en traversant la Méditerranée, ce n'est pas de la science-fiction ?

André Merlin : Les réseaux électriques des pays européens sont déjà interconnectés, avec 2 zones d'extension : vers l'Est (pays Baltes, Ukraine, peut-être demain la Russie) et vers le sud (pays de la Méditerranée, puis les pays du Golfe). Le consortium Transgreen est né dans ce contexte d'extension. En 2020, nous pensons exporter 5 GW d'électricité solaire de l'Afrique vers l'Europe.

Pour l'instant, le but est d'établir un schéma directeur. Nous allons lancer une série d'études à échéance 2012/2013. D'abord pour voir quelles interconnections, entre l'Europe et l'Afrique, seraient les plus utiles. Et d'évaluer les conséquences sur les réseaux locaux, en particulier africains. Il faudra aussi aborder les aspects réglementaires, notamment les tarifs d'électricité. Ensuite, le consortium viendra en appui technique d'éventuels investisseurs. Charge aux industriels et gestionnaires de réseaux de décider d'investir ou non pour concrétiser ce projet.


A condition de repousser des limites technologiques...

AM : Il s'agira de déployer un réseau électrique à très haute tension sous-marin. Une liaison de 2 GW existe déjà entre la France et l'Angleterre depuis 25 ans. Mais, là, les profondeurs pourraient être plus grandes. Le record actuel est de 1 500 mètres. Une question sera de savoir s'il faut plonger au-delà. Pour traverser la Méditerranée, certains tracés permettent de se limiter à cette profondeur. D'autres imposent de plonger plus profond.


Quelles certitudes a-t-on aujourd'hui sur les technologies qui seraient employées ?

AM : La transmission sera à courant continu, car on ne sait pas transporter de l'électricité en alternatif sur plus de 30 à 40 kilomètres. Pour l'instant, en continu, on n'a réalisé que des liaisons point à point. Mais on ne sait pas faire de réseaux maillés. L'enjeu sera de synchroniser les transformateurs. En alternatif, la synchronisation est basée sur la fréquence. Mais en continu, celle-ci est nulle. Il faudra développer une nouvelle technologie.

Il faudra aussi choisir la tension de transmission. Plus elle sera élevée, plus les pertes seront réduites. Mais plus le coût grimpera. En courant continu, le record est une liaison à 800 kV en Chine. Rien ne dit qu'il faille aller aussi haut avec Transgreen. Si on s'écarte trop de 400 kV, le maximum du réseau européen, la conversion risque de coûter chère.


Avez-vous envisagé des liaisons par supraconductivité ?

AM : La supraconductivité minimise les pertes en ligne. Mais cette technologie est encore trop expérimentale et trop chère. Elle fonctionne à très basse température, celle de l'azote liquide. Pour maintenir ces conditions de température, la facture énergétique reste trop élevée.

Propos recueillis par Thomas Blosseville


Précision : à son lancement, le consortium Transgreen regroupe 13 acteurs : Alstom Areva ; Atos Origin EDF ; Nexans RTE ; Siemens Abengoa ; Prysmian Red Electrica Taqa AFD et CDC Infrastructure.

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