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Transformer un échec techno en réussite

RIDHA LOUKIL rloukil@industrie-technologies.com
Les exemples d'innovations annoncées comme des révolutions et qui n'ont pas réussi à s'imposer sur le marché sont légion. L'analyse des raisons de leurs échecs est riche d'enseignements et donne les clés pour rebondir.

L'échec est un sujet tabou en entreprise. Nicolas Nova, chercheur au Liftlab, a choisi de le briser en procédant à l'autopsie des grands flops technologiques. Non pas pour stigmatiser les géniteurs de ces inventions aux promesses non tenues. Mais pour donner à tous ceux qui sont impliqués dans le processus d'innovation, des clés pour rebondir. « L'enjeu est de déconstruire un flop pour voir si, après un échec récurrent, une technologie peut trouver finalement une voie de succès différente, dans certains cas, de celle prévue au départ », explique-t-il.

En travaillant sur les services géolocalisés sur smartphones, l'auteur est frappé par un constat : ces services ont du mal à décoller. « L'idée de s'échanger automatiquement sa position par smartphone est pourtant séduisante. Alors pourquoi ne convainc-t-elle pas les utilisateurs ? », s'interroge-t-il avant de généraliser la question à d'autres innovations victimes de ratage. Il se lance alors dans l'analyse sans concession des causes d'échec. À l'aise dans les technologies de l'information et de la communication, il se penche tout particulièrement sur les cas du visiophone, du frigo intelligent et du livre électronique, trois innovations qui illustrent trois formes de flop aux issues différentes.

Le frigo intelligent, qui se charge des courses lorsque les produits sont épuisés, est l'exemple type d'échec persistant. Car les fonctions d'automatisation des tâches qu'il propose vont à l'encontre des habitudes et des besoins des utilisateurs. Les fabricants reviennent aujourd'hui à des idées plus modestes privilégiant la régulation de la température, l'optimisation énergétique ou la détection des aliments périmés.

Le visiophone est l'exemple type de ratage qui se transforme en un succès différent du projet de départ. Il n'a pas remplacé le téléphone chez monsieur tout le monde. En revanche, il a préparé les réseaux téléphoniques au transport des flux multimédia sur Internet et donné naissance à deux déclinaisons : la visioconférence chez les professionnels et la messagerie vidéo de type Skype sur Internet.

Le livre électronique est l'exemple type d'échec qui vire vers le succès à la faveur d'une évolution du marché et des habitudes des utilisateurs. Son retour est favorisé à la fois par l'éclosion de l'offre de livres numériques et la banalisation des habitudes de lecture sur écran.

Technologie mal ficelée ? Prix trop élevé ? Marché immature ? Non, les vraies causes des flops sont ailleurs. Elles résident dans l'inadéquation de l'innovation par rapport aux usages. « Dans le cas du visiophone, les opérateurs télécoms n'ont pas perçu la pudeur du grand public vis-à-vis de la vidéo, note Nicolas Nova. L'image gêne moins dans le cadre professionnel et sur Internet. » La notion d'usage est d'autant plus difficile à cerner qu'elle évolue dans le temps. On le voit dans l'exemple du livre électronique.

Faut-il alors freiner les ardeurs des innovateurs ? « Au contraire, il faut accepter l'échec comme une opportunité pour rebondir ensuite. À condition d'en tirer les leçons à temps. »

LE LIVRE

LES FLOPS TECHNOLOGIQUES Comprendre les échecs pour innover Nicolas Nova Fyp éditions 220 pages 23,90 euros

ET AUSSI

LES GRANDS PROJETS ABANDONNÉS Biologiste, historien et journaliste, Nicolas Chevassus-au-Louis revient sur les grands échecs technologiques de 1945 à nos jours. Il se penche sur plusieurs grands projets qui se sont avérés être des « soufflés technologiques » comme l'aérotrain de Bertin ou la voiture à propulsion nucléaire. L'abandon de ces projets est lié plus à des considérations politiques ou économiques, que techniques. Un Iceberg dans mon Whisky Nicolas Chevassus-au-Louis Édition Seuil 17 euros

NICOLAS NOVA CHERCHEUR AU LIFT LAB

Avec un doctorat de l'École polytechnique fédérale de Lausanne, Nicolas Nova travaille comme chercheur et consultant au Lift Lab, une agence genevoise spécialisée dans les problématiques d'usage des technologies numériques. À ce titre, il conseille des entreprises telles que Nokia, Seb ou Orange. Il enseigne également ces thèmes à la Haute école d'art et de design (Head) à Genève, et à l'École nationale supérieure de création industrielle (Ensci) à Paris.

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