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Traçabilité : identifiez la techno qui vous sied

MATHILDE FONTEZ redaction@industrie-technologies.com

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Suivre, identifier et localiser ses produits à tout moment devient une obligation pour de plus en plus d'industriels. Mais repérer la technologie la plus pertinente pour son activité relève du parcours du combattant. RFID, datamatrix ou code-barres, nos conseils vous permettront de ne pas vous tromper de sujet avant de vous engager dans un investissement qui peut être conséquent.

Datamatrix gravé par micropercussion ? Impression d'un code-barres ? Collage d'un tag RFID ? Pas facile pour les industriels de s'y retrouver dans les multiples technologies de traçabilité ! « Quel que soit le secteur, les entreprises visent trois objectifs : identifier, localiser, authentifier », résume Jean-Michel Loubry, responsable du département missions d'intérêt général au pôle Traçabilité. Facile à dire... mais pas si simple à mettre en oeuvre. Pour vous aider à défricher le terrain, Industrie et Technologies a enquêté auprès des industriels et des fournisseurs. Voici notre guide de visite en cinq étapes pour vous assurer que vos produits soient bien tracés.

1 Cernez vos besoins

L'évaluation de vos besoins, étape initiale, constitue la première difficulté. Du simple marquage d'un produit au nom du constructeur à sa localisation durant toutes les étapes de fabrication, les technologies à mettre en oeuvre ne seront évidemment pas les mêmes : suivre une pièce pour activer un automate dans le process ne nécessite pas le même niveau d'information que de retracer à partir d'un produit fini le lot de matière auquel il correspond ou l'opérateur qui l'a usiné. La première question à se poser est donc : quelle quantité d'information ai-je besoin de stocker ? Ce paramètre permet de faire un premier tri parmi les technologies de traçabilité. De l'alphanumérique, qui ne contient que quelques caractères, à la radio identification (RFID), dont le stockage est illimité, en passant par le code-barres et le datamatrix (quelques dizaines de caractères), les fonctionnalités ne seront pas les mêmes. Ainsi, un industriel pourra simplement graver un numéro sur une pièce pour la relier à un lot. Pratique, il n'aura alors même pas besoin de lecteur, le code pourra tout simplement être lu. Mais, dans l'automobile, le médical ou encore l'aéronautique, le numéro de lot, la date de l'usinage, et d'autres informations doivent figurer sur les produits. « C'est le cas notamment pour les pièces de sécurité, remarque Alexandre Loire, spécialiste de la traçabilité chez Galia. En cas de malfaçon, le constructeur doit pouvoir retrouver l'origine de la pièce, le lot de matériau auquel elle appartient et même l'opérateur qui a réalisé la fabrication. Le code alphanumérique laisse alors la place au code-barres ou au datamatrix. » Enfin, s'il s'agit de tracer une pièce tout au long du process, de s'assurer qu'à chaque étape, elle est au bon endroit, un code figé ne suffit plus et seule la RFID autorise l'ajout d'informations. « Cette technologie permet de disposer d'un véritable suivi de processus : un industriel de l'agroalimentaire pourra disposer en sortie d'usine du cycle de vie complet de son produit, les informations ayant été ajoutée étape par étape, il peut par exemple s'assurer du passage par le cycle de stérilisation, de sa durée, de sa température », précise Jean-Michel Loubry.

Avant d'arrêter son choix, il faut quand même s'assurer que le code pourra être lu par les autres acteurs du secteur. Voilà qui réduit le choix des industriels car progressivement, chaque secteur a opté pour une technologie, et un format de code. « Chaque filière a son standard de codage, ajoute Jean-Michel Loubry. Les paramètres de marquage sont définis afin que n'importe quel lecteur puisse les lire. Et que tous les systèmes informatiques puissent traiter les données. Si les industriels souhaitent fonctionner en boucle ouverte, c'est-à-dire transmettre leurs données à d'autres acteurs, ils sont obligés de s'y conformer. »

2 Faites-vous aider

« Pour les industriels, s'y retrouver est une gageure ! », avertit Gilles Rouchouse, chargé de mission au Cetim. Peu d'entre eux disposent d'un spécialiste en traçabilité. Centres techniques, associations professionnelles, sont par conséquent régulièrement sollicités par les industriels qui souhaitent mettre au point leur dispositif de traçabilité. Le Syndicat national de l'industrie des technologies médicales (Snitem) a ainsi constitué un cahier des charges commun, avant de solliciter le Cetim pour une étude : « Ils avaient identifié un besoin : le suivi de leurs instruments durant le process, et à terme, pour la lutte contre les maladies nosocomiales à l'hôpital. Il leur manquait un organisme indépendant pour mener l'étude », relate Philippe Guegan, qui a dirigé le projet au Cetim. Le pôle de compétitivité spécialisé dans la traçabilité engage également les industriels à le consulter.

3 Testez les technologies cibles

Une fois identifiés les besoins et élues les technologies qui y répondent, c'est le moment du test. Coût du procédé et tenue dans le temps du marquage sont les deux principaux critères à considérer. Un code-barres ou datamatrix intégré à l'emballage d'un produit ne coûte rien, son impression s'intègre totalement au procédé d'emballage... Mais si c'est le produit, lui- même qu'il est nécessaire de tracer, pas moyen d'y couper, l'industriel devra procéder à des tests pour évaluer la robustesse du code en fonction du matériau et des contraintes que le produit sera amené à subir. En plus de l'impression, deux modes de gravure sont alors en concurrence : la micropercussion et le laser qui garantit une plus grande durée de vie du code. « Le laser a tendance à s'atténuer au fil du temps, contrairement à la micropercussion qui est très robuste. Mais en fonction du matériau sur lequel le code va être appliqué, l'une ou l'autre des technologies sera plus facile à lire avec un lecteur », détaille Jean-Michel Loubry. Le laser offre l'avantage d'être sans contact et sera donc particulièrement adapté aux produits fragiles ou de grande précision. Quant à la RFID, une étude complète est nécessaire pour l'intégrer dans un produit et s'assurer de sa tenue dans le temps, optimiser le signal pour régler la distance de lecture, s'assurer que les perturbations de l'environnement (présence d'humidité, de métal) ne nuisent pas à la lecture du code, etc.

Autre critère, la fiabilité du code. Pour la pharmacie, il a été déterminant. Les industriels de ce secteur ont en effet opté définitivement pour le code datamatrix, plus robuste que le code-barres. « Son code est redondant, précise Jean-Michel Loubry. Quand il manque une ligne à un code-barres, il ne peut être lu par le lecteur. Le datamatrix est donc plus fiable. » Ainsi, en 2010, toutes les boîtes de médicaments seront équipées de cette technologie de traçabilité. Le code comprendra le numéro de lot, la date de péremption... et à terme, il devrait intégrer une numérotation individuelle. « On passera ici de la localisation à la lutte contre la contrefaçon, remarque le spécialiste. Le numéro unique n'empêchera pas les fraudeurs de copier... Mais si deux boîtes qui ont le même numéro sont lues par un lecteur, cela fera office d'alerte. »

4 Mesurez le retour sur investissement

« Chaque industriel procède à sa propre étude, remarque Alexandre Loire, chef de projet chez Galia. Le résultat dépend en effet énormément des besoins : pour certains produits, il s'agit seulement d'optimiser la logistique quand pour d'autre, la traçabilité a pour but de répondre à des exigences de sécurité. » Le coût du code-barres et du datamatrix est lié au mode de marquage (achat de la machine, durée du procédé) tandis que pour la RFID, il faut ajouter le prix de la puce, qui varie de quelques centimes à quelques euros en fonction des technologies. Cette dernière demeure donc plus chère et se cantonne ainsi aux produits à haute valeur ajoutée ou aux gros volumes : « Économiquement, on ne mettra pas un tag RFID sur chaque pot de yaourt. Mais sur la palette, oui », confirme Jean-Michel Loubry. « Pour les unités logistiques, on utilise de la RFID, renchérit Bernard Delattre, le gérant d'Agid, spécialiste des technologies d'identification à distance. Mais pour l'agroalimentaire, les marges ne seront pas assez importantes. Une caissière passe à elle seule 60 000 à 80 000 produits par mois... À raison de 8 à 10 centimes par étiquette. Le calcul est simple : pour une caisse, la RFID couterait 3 000 euros par mois ! » En fonction des échelles, les industriels doivent donc jongler entre toutes les technologies : la RFID devient rentable à partir de la palette, pour une voiture ou un conteneur. Pour les produits, le code-barres sera roi. Et, pour le suivi des pièces dans l'industrie le datamatrix sera pertinent. Ceci, bien sûr, à quelques exceptions près : « Tout dépend de la valeur ajoutée du produit : pour les vêtements et les chaussures, ça marche très bien car les marges sont importantes. Marks and Spencer, notamment, utilise ainsi 100 millions de tags par an. »

5 Déployez les technos choisies

Le plus délicat n'est pas forcément de mettre en place la technologie choisie mais de la faire cohabiter avec les autres. En effet, au sein d'une même industrie, voire d'une même entreprise, le suivi des produits met en oeuvre les différentes solutions. Le plus délicat est donc de gérer les informations dans le système informatique quelle que soit leur source : code-barres, datamatrix ou puce RFID. Le problème est d'autant plus épineux que les quantités de données sont exponentielles ! « Nous avons vite vu que les besoins étaient énormes pour tracer les bagages, gérer du matériel de maintenance, etc. Cela pouvait partir dans tous les sens..., relate Dominique Radonde, qui a dirigé le projet chez Air France. Nous risquions de gros problèmes ! » L'industriel doit donc penser en amont à la mise en place d'une architecture informatique qui permette l'intégration de toutes les données pour aboutir à une plate-forme multitechnique capable d'accueillir toutes les technologies qu'il s'agisse de RFID basse, haute, très haute fréquence, de datamatrix gravé par laser ou de simple code-barres imprimé sur l'emballage... Sans ça, les produits seront tracés mais l'information, elle, risque bien d'être perdue.

La RFID du futur

Le principal frein à l'adoption de la RFID reste son coût. La RFID chipless pourrait bien être la panacée tant attendue et à même de résoudre ce problème. Cette nouvelle mouture ne comporte plus de processeur, mais se présente comme une impression multicouche. Elle offre l'avantage d'être directement imprimée sur les produits ou les paquets, divisant ainsi son prix de revient par 1 000 et lui permettant d'être adoptée massivement par l'industrie. « La première présentation a eu lieu en 2008 aux Etats-Unis, précise Bernard Delattre, le gérant d'Agid. Le prix d'une étiquette pourrait être divisé par 10, atteignant ainsi 0,5 centime d'euro. Mais pour l'instant, c'est encore de la recherche... »

BENOÎT LANDANGER DIRECTEUR DE LANDANGERDatamatrix : le bon compromis coût/information

« Nous n'avons pas droit à l'erreur. S'il y a un souci, il nous faut pouvoir remonter au lot de matériau, à la machine... et même à l'opérateur qui a usiné l'instrument. Les besoins sont donc là mais pour l'instant, tout le monde attend les normes. Nous ne sommes que deux fabricants dans le monde (avec la société Aesculap) à nous être équipés depuis le printemps 2006. Tous nos instruments sont depuis marqués avec un numéro unique qui fait office de plaque d'immatriculation et nous permet de suivre la production jusqu'au service après- vente. Nous avons comparé trois technologies : le datamatrix, le code-barres et l'alphanumérique en nous appuyant sur une norme expérimentale. Notre choix s'est porté sur datamatrix : le bon compromis entre quantité d'informations stockée et coût. Nous avons procédé à des tests pour choisir le mode de marquage. Nos produits sont d'une grande précision et nous avons observé que les chocs dus à la micropercussion pouvaient présenter un risque. De plus, la lecture d'une gravure laser sur un métal couleur Inox est plus fiable. Maintenant, nous attendons une norme fixe, dans les mois qui viennent, en espérant avoir fait le bon choix. »

DOMINIQUE RADONDE DIRECTION GÉNÉRALE DES SYSTÈMES D'INFORMATION CHEZ AIR FRANCELa RFID est fiable à 99%

« La RFID a l'avantage d'avoir un taux de fiabilité bien plus important. Le code-barres n'est lu que dans 80 % des cas et par conséquent, dans deux cas sur dix, les bagages doivent être traités manuellement. Tandis que le taux de fiabilité pour la RFID est de plus de 99 %... La saisie automatique est moins coûteuse et plus fiable. Nous avons donc commencé à nous équiper en RFID pour la gestion des bagages et du fret. Le but est de localiser un bagage de l'enregistrement jusqu'à la délivrance et de pouvoir suivre par informatique toutes les étapes sous la forme d'un statut. Nous avons mené des études de faisabilité, évalué les besoins et venons de lancer, en mars dernier, une expérimentation à l'aéroport de Roissy. Une vingtaine de portiques à l'entrée des trieurs et 9 000 conteneurs et bagagères sont désormais équipés. Pour faire notre choix, nous avons tout simplement procédé par élimination : la RFID active ne peut entrer dans un avion à cause du signal qu'elle émet. Restaient donc les technologies haute, très haute (UHF) et basse fréquence. C'est la distance de lecture qui a fait la différence : la haute fréquence ne portait pas assez loin et la basse fréquence n'était pas assez précise. L'UHF, avec ses trois mètres de distance de lecture, a été le bon compromis. »

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