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Tous les produits reconçus en trois ans

Ridha Loukil

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- Le leader mondial du petit électroménager vise à renouveler sa gamme de produits d'ici à 2006 dans une démarche conjuguant environnement et innovation.

SEB retrousse les manches. Depuis juillet 2003, l'ensemble du groupe français, leader mondial du petit électroménager, est mobilisé sur deux projets majeurs en matière d'environnement : d'une part, la mise en place d'un système de management environnemental sur tous ses sites européens d'ici à la fin 2004 ; d'autre part, le renouvellement complet de sa gamme de produits d'ici à 2006 selon une démarche systématique d'écoconception et d'écoproduction.

Ces projets s'inscrivent dans une approche globale de développement durable, dont les prémices remontent à 1972. La filiale Tefal, qui fabrique à Rumilly (Haute-Savoie) des ustensiles de cuisine antiadhésifs, reste la plus avancée dans ce domaine. Ayant anticipé très tôt les normes actuellement en vigueur, elle dispose depuis treize ans d'un service environnement et d'une station d'épuration depuis plus longtemps encore.

Toutes les activités à l'heure de l'écologie

Rémi Descosse, directeur général industriel de SEB, veut mettre toutes les activités du groupe à l'heure de l'écologie. Le temps presse. Il reste à peine deux ans pour se préparer à la directive européenne DEEE qui prévoit le recyclage à partir de septembre 2005 des appareils électriques et électroniques en fin de vie. SEB ne se contente pas de prendre en compte dès la conception le recyclage de ses produits. Il veut aller plus loin en anticipant aussi la future directive EUP, actuellement en discussion à Bruxelles, sur l'écoconception des produits consommateurs d'énergie.

Devant l'avalanche des réglementations en matière d'environnement, le fabricant français se trouve en première ligne. Le petit électroménager utilise en effet beaucoup de plastiques. Le même produit combine souvent plusieurs matériaux. Et tous les appareils consomment de l'énergie lors de leur utilisation, le plus souvent sous forme électrique. Leur impact sur l'environnement est d'autant plus important que l'industrie, sous l'effet de la concurrence, se livrait jusqu'ici à une incroyable course à la puissance. Plus le produit affiche de kilowatts, plus le consommateur le perçoit comme puissant et donc performant.

« Nous cherchons maintenant à inverser cette tendance en proposant des produits toujours aussi performants, mais de plus en plus économes en énergie. Le problème est d'éduquer le consommateur afin qu'il apprenne à dissocier puissance et performance », explique Rémi Descosse. Sur un aspirateur, par exemple, le consommateur a l'habitude d'apprécier la performance par le nombre de kilowatts affiché sur l'appareil. Or l'indicateur approprié de performance est ici la force d'aspiration, à savoir la dépression d'air donnée en nombre de pascals. Le problème est que le grand public comprend bien l'unité kilowatt, mais pas l'unité pascal. « Nous avons besoin d'imaginer d'autres indicateurs de performance plus simples pour le consommateur. À l'instar de l'industrie du blanc (réfrigérateurs, lave-linge...) qui a réussi à résoudre ce problème avec les classes de produits A, B, C, D. »

La nouvelle ligne de conduite environnementale s'impose tout naturellement aux bureaux d'études. Mais pas seulement. Elle concerne aussi tous les gens qui gravitent autour de la conception par le biais des équipes de projets : qualité, achats, méthodes, etc. Pour tous, même mot d'ordre, même réflexe : lors de la conception du produit, penser à son impact sur l'environnement pendant l'intégralité de son cycle de vie, y compris pour son recyclage en fin de vie. « Cette démarche est entièrement nouvelle. Jusqu'ici, on cherchait d'abord à répondre au cahier des charges marketing », rappelle Rémi Descosse.

Chez SEB, on ne veut pas se contenter de se conformer à la réglementation existante ou à venir. On veut profiter des contraintes réglementaires pour aussi se remettre en cause et innover. Avec, en perspective, des gains de productivité grâce à des nouveaux concepts de produits, plus économes en matières, et aussi à de nouveaux procédés de fabrication mieux optimisés. Dorénavant, chaque nouveau produit sera jugé sur son poids et le nombre de plastiques différents qu'il contient. Moins il utilise de matières, plus il sera facile à recycler. La restriction de la quantité et de la variété des matières qui entrent dans la construction des produits s'accompagne d'une standardisation de ces éléments. À la clé, une forte rationnalisation des approvisionnements, une optimisation des achats et une réduction des coûts à toutes les étapes du processus.

Penser au recyclage du produit, c'est aussi en prévoir sa "démontabilité" en fin de vie. Dans l'électroménager, le démontage à des fins de recyclage consiste le plus souvent à casser le produit, ce qui amène les concepteurs à éviter autant que possible les fixations par vis au profit de systèmes d'assemblage par emboîtement et encliquetage.

Concevoir en pensant au recyclage est une étape essentielle. Pour Rémi Descosse, produire sans nuire à l'environnement est une responsabilité tout aussi fondamentale. SEB a la chance d'opérer dans une industrie plutôt "légère", dominée par des tâches de montage et d'assemblage, et donc sans impact majeur sur l'environnement. Seules les usines de SEB à Selongey (Côte-d'Or), qui fabrique des autocuiseurs et des friteuses, et de Tefal, à Rumilly, qui produit notamment les poêles antiadhésives, peuvent être qualifiées de sites sensibles. « Nos actions portent davantage sur la maîtrise de la consommation d'énergie et des matières premières et sur la revalorisation des déchets. »

Trois sites en France sont déjà certifiés ISO 14001 (Tefal-Rumilly, Tefal-Tornu et SEB-Vosges). Selon le planning initial, l'ensemble des sites français le sera en 2006. Mais Rémi Descosse veut accélérer le processus de certification pour l'achever fin 2005. Partout, des diagnostics environnementaux sont pratiqués et des actions d'amélioration sont menées. En 2002, afin de juger des avancées réalisées, des indicateurs communs aux douze sites ont été mis en place. Les résultats sont jugés encourageants. Par rapport à 2001, le recyclage des déchets générés par les usines est passé de 49 à 58 %, et la consommation d'eau par produit fabriqué de 28 à 21 litres.

Reste une question tout aussi cruciale que délicate : la consommation électrique. « Nous savons qu'elle doit être réduite. Cela ne va pas être simple à réaliser. Car nous avions jusqu'ici l'habitude de suivre une évolution alors à la mode qui consistait plutôt à augmenter la puissance. » Le problème est particulièrement difficile à traiter sur les produits disposant d'une fonction de veille. C'est le cas sur des cafetières avec la fonction de maintien à chaud du café. C'est également le cas de tous les appareils incorporant un afficheur permanent, de l'heure entre autres. SEB va suivre l'exemple de l'industrie de l'électronique qui a su très tôt se remettre en cause pour réduire la consommation sur les téléviseurs, les magnétoscopes ou les micro-ordinateurs. Pour cela, la société va s'appuyer sur les compétences dans les modules électroniques du site de Saint-Lô, (Manche) entré dans l'escarcelle du groupe à la faveur du rachat de Krups-Moulinex.

Pour lancer la démarche, SEB a entrepris un énorme effort de sensibilisation. Près de 200 personnes - des bureaux d'études aux projets de développement -, soit presque la totalité des gens impliqués dans la création des produits, en France, ont été formées. Un manuel des bonnes pratiques de l'écoconception leur a été fourni. Il a été réalisé avec l'institut de conception, mécanique et environnement de l'École nationale supérieure des arts et métiers (Ensam), à Chambéry (Savoie). Pour le moment, son application est vivement recommandée sans être obligatoire. « Mais l'an prochain, comme pour le patinage sur glace, on passera du régime de figure libre au régime de figure imposée. Tout le monde devra l'appliquer. »

Faire mieux que la réglementation

Néanmoins, Rémi Descosse s'attend à ce que la grande majorité des 170 nouveaux produits, qui vont être lancés cette année, soit conforme aux préconisations du guide. Ce qui laisserait au groupe encore deux ans pour renouveler les deux autres tiers de sa gamme selon ce manuel. L'objectif est ambitieux : faire mieux que la réglementation qui exige que 50 % de la masse moyenne des produits électroménagers soient recyclables et 70 % valorisables à l'horizon 2006.

Dès le départ, SEB a choisi de lancer la démarche de front dans les cinq activités du groupe et les douze sites industriels en France. Compte tenu du calendrier serré de la réglementation, un projet pilote sur un seul produit ou un seul site aurait entraîné un retard de douze mois. Maintenant, la société est en train d'étendre la démarche en amont à ses 700 fournisseurs actifs en Europe. Le service achats a mis au point une écodéclaration pour les évaluer du point de vue de l'environnement. Dans leur marche vers l'écoconception, ils peuvent compter sur l'aide de SEB. Et ceux qui n'arriveront pas à suivre risquent de devoir céder leur place...

Un premier bilan est prévu fin 2004. L'objectif est de déceler les difficultés de mise en pratique et d'adapter le tir. Mais l'heure de vérité est programmée en 2005. Ce second bilan doit répondre à une question primordiale : l'écoconception se traduit-elle par des économies ? Rémi Descosse espère que la réponse est oui.

Rémi Descosse Directeur général industriel du groupe SEB

- Ingénieur Insa de Lyon, diplômé de l'Insead, Rémi Descosse, 54 ans, veut faire du respect de l'environnement l'affaire de tous les collaborateurs. En relation avec Laurent Delarge, directeur qualité, il définit la stratégie du groupe dans ce domaine, stratégie validée au sommet par le PDG lui-même. Laurent Delarge est secondé par un responsable de l'écoconception et un responsable de l'écoproduction. Sur chaque site industriel en France, cette équipe est relayée par un correspondant environnement.

CAFETIÈRESRÉDUIRE LA CONSOMMATION EN MODE VEILLE

- La cafetière à filtre est l'exemple type d'appareils ménagers banalisés où l'écoconception se résume principalement à une réduction de la consommation électrique. Pour maintenir le café chaud, elle dispose en effet d'une fonction de veille qui consomme aujourd'hui 80 à 100 W. L'objectif de SEB est de diviser par deux cette consommation. Comment ? En utilisant une plaque chauffante à résistance sérigraphiée et un dispositif électronique qui coupe le courant au bout d'un certain temps. SEB n'en dira pas plus. C'est encore top secret. L'innovation sera invisible pour l'utilisateur. Mais son impact environnemental sera déterminant. Sur les machines à café Expresso, la fonction veille (le fait d'être branchée tout le temps) consomme 3 à 5 W. L'objectif de SEB est de réduire cette consommation à 1 W en utilisant un système de régulation électronique, à l'image de ce qui existe sur les magnétoscopes ou les ordinateurs.

LES POINTS CLÉS

- Formation de 200 personnes impliquées de près ou de loin dans le développement. - Rédaction et diffusion d'un guide de bonnes pratiques de l'écoconception. - Programmation de deux bilans de l'écoconception en 2004 et 2005. - Mise en oeuvre d'une écodéclaration pour l'évaluation en amont des 700 fournisseurs actifs du groupe en Europe.

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