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[Tests] Manque d'industriels et marché peu attractif, les handicaps de la France pour dépister le coronavirus

Marie Lyan

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[Tests] Manque d'industriels et marché peu attractif, les handicaps de la France pour dépister le coronavirus

© D.R.

La France souhaite intensifier le dépistage du Covid-19. Mais faute de fournisseurs installés sur son territoire, le pays se retrouve bien démuni face à l'explosion de la demande en réactifs et écouvillons, notamment aux Etats-Unis. Sans compter que le niveau du plafond de remboursement des tests rend le marché national bien peu attractif.

La France pourra-t-elle intensifier suffisamment le dépistage du Covid-19. Le gouvernement a répété le 28 mars son ambition de réaliser des dizaines de milliers de tests par jour dans les toutes prochaines semaines. Mais alors que les réactifs biochimiques et les matériels nécessaires manquent déjà dans de nombreux laboratoires d'analyse, le pays se retrouve bien démuni alors que la demande a explosé un peu partout sur la planète. Et tout particulièrement aux Etats-Unis, devenus le nouvel épicentre de la pandémie avec plus de 100 000 cas détectés.

« Nous ne produisons presque plus rien notre territoire. Les écouvillons, qui deviennent par exemple une denrée de plus en plus rare pour réaliser les tests, sont majoritairement produits par le fournisseur italien, Copan », déplore François Blanchecotte, président du Syndicat des Biologistes et biologiste médical dans la banlieue de Tours.

« Absence de champion national »

Du côté des réactifs, les six tests initialement autorisés par l'ANSM (L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) étaient tous fabriqués par des entreprises étrangères. Depuis le 29 mars, une nouvelle liste a été actualisée par la Direction Générale de la Santé (DGS). Sur les 22 tests validés et remboursés par l’Assurance Maladie, seulement deux viennent d'industriels français : le laboratoire AAZ, spécialisé à l’origine dans les auto-tests et basé à Boulogne-Billancourt, ainsi que le spécialiste du diagnostic in vitro, Biomérieux, qui produira ses tests dans l’Ariège.

« Nous nous heurtons à une absence de champion national du diagnostic in vitro en France, à part BioMérieux, mais dont la part d’activité à l'international est dominante», analyse Pierre-Adrien Bihl, membre du Syndicat des Jeunes Biologistes Médicaux et responsable de la microbiologie au laboratoire Biorhin, à Mulhouse. En effet, le leader français des solutions de diagnostic (réactifs, instruments, logiciels et service) réalise près de 90% de son chiffre d’affaires (2,7 milliards d'euros) à l’international, d’après son dernier rapport annuel.

Allemagne et Corée du Sud s'appuient sur leurs industriels

Les nations qui se sont distinguées jusqu’ici dans leur gestion de la crise sanitaire ont toutes pu mener une forte politique de dépistage en s’appuyant, en priorité, sur leurs champions nationaux. C’est le cas de la Corée du Sud, où la stratégie s’est notamment basée sur la fourniture de kits par au moins cinq entreprises locales de biotechnologie, dont le leader Seegene, mais aussi Kogene Biotech, Solgent, SD Biosensor et BioSewoom.

Même chose en Allemagne, l’une des premières nations à avoir développé, grâce à une équipe de chercheurs locale, un test de dépistage pour le Covid19. Le pays a ensuite pu compter sur son leader national, Bosch, dont la division santé Healthcare Solutions s’est alliée au laboratoire britannique, Randox Laboratories, pour le développement d’un test maison, ainsi que sur des fabricants nationaux de réactifs, tels que le laboratoire Euroimmun ou encore le berlinois TIB Molbiol.

Donald Trump à l'offensive

Partis avec retard, les Etats-Unis peuvent s'appuyer sur de grands industriels américains (Thermo Fisher Scientific, Cepheid, Becton Dickinson, etc), ainsi qu’une partie importante de la production d’autres grands noms du secteur (tels que Roche, BioMérieux, etc.). Le président américain Donald Trump s'est par ailleurs déjà montré assez offensif : il n’a en effet pas hésité à tenter d’acheter la distribution exclusive d’un vaccin en cours de développement par le laboratoire allemand CureVac. Il a aussi fait récupérer un demi-million d’écouvillons de l’industriel italien Copan, acheminée par ses avions militaires. Et ce alors que le second plus gros fournisseur mondial d’écouvillons, Becton Dickinson, est américain et réalise près de 56% de ses ventes aux Etats-Unis, contre seulement 19% en Europe.

Alors que la France tente de rattraper son retard, elle pourrait également être pénalisée sur le terrain de la tarification. Les autorités de santé françaises ont choisi de plafonner le remboursement des kits de dépistage à 54 euros TTC l’unité. Or, ces kits peuvent être vendus à des tarifs bien supérieurs à l’étranger : ils atteindraient ainsi l'équivalent de 170 euros en Suisse, 200 à 300 euros en Allemagne, et même jusqu’à 400 à 1000 dollars aux Etats-Unis. De quoi sonner l'alerte, pour l'un de nos sources qui estime : « Sans une enveloppe plus ambitieuse de la part du gouvernement, le marché français ne demeurera pas une priorité pour les industriels. »

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