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[Tests Covid-19] « Nous sommes en plein système D », pointe Vincent Raimondi, du laboratoire Cerballiance Côte d’Azur

Alexandre Couto
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[Tests Covid-19] « Nous sommes en plein système D », pointe Vincent Raimondi, du laboratoire Cerballiance Côte d’Azur

En manque de consommables et de réactifs, les laboratoires d'analyse sont contraints de s'adapter pour répondre à l'augmentation prévue des dépistages. Le laboratoire Cerballiance Côte d'Azur s'est rapproché du fabricant d'imprimantes 3D Volumic pour lancer une production de cupules de tests. Vincent Raimondi, directeur général du laboratoire explique à Industrie & Technologie la situation sur le terrain.

Industrie & Technologies : Quelle est la situation dans les laboratoires effectuant les tests de dépistage Covid-19?

Vincent Raimondi : La situation est très compliquée pour l’ensemble des laboratoires. Il y a des pénuries tant sur le nombre de réactifs adaptés aux machines les plus répandues, que sur le nombre de consommables dont nous avons besoin pour effectuer les tests. La situation est parfois invraisemblable.

A quel niveau ?

Dans le cas du laboratoire que je dirige, mais aussi dans de nombreux laboratoires en France, nous possédons des automates qui ont été mis en place par une société produisant des réactifs pour le dépistage par RT-PCR du Covid-19. Or, ces réactifs ne sont pas disponibles en France. Nous sommes contraints d’utiliser des réactifs produits par une autre société qui produit des tests de dépistages, mais dont les réactifs ne sont pas prévus pour être utilisés sur les machines que nous possédons. Nous devons donc adapter dans l’urgence ces tests pour pouvoir les faire fonctionner sur nos automates.

Cela ne pose pas de problème au niveau des normes ?

Pour répondre à l’urgence, nous ne sommes plus du tout dans le marquage CE ! Actuellement, j’ai un accord d’innocuité du fabricant de machines. Ce n’est pas un marquage : le fabricant de machine a indiqué que le produit de substitution n’entraine aucun dégât sur son automate. C’est une dérogation du fournisseur.

Comment adaptez-vous ces tests sur vos machines ?

C’est à ce niveau que la situation est ubuesque. Pour adapter les réactifs sur nos machines nous avions besoin de cupules [petites éprouvettes, ndlr] en plastique d’un certain gabarit. Mais comme ce consommable est produit en petite quantité, il n’y a personne dans le monde qui possède à l’heure actuelle une production susceptible de répondre aux besoins du marché. Cette pénurie va au-delà des frontières de l’Europe : ni les Etats-Unis, ni le Royaume-Uni n’ont pu nous fournir ces cupules. La demande est forte car ces automates sont particulièrement répandus. C’est pour cela que, dans l’urgence, nous nous sommes tournés vers l’impression 3D, avec l’appui de la société Volumic avec qui nous avions un projet d’acquisition d’une imprimante.

La société a commencé à produire des cupules. Quels est actuellement la production ?

On pense produire actuellement 10 000 cupules par semaines. Comme il faut deux consommables par test, cela permet de faire 5000 tests par semaine. Cela peut paraître anecdotique au regard de la population française, mais sachant que la France fait à l’heure actuelle 8000 tests par jour, si nous pouvons en libérer 1000 de plus, ce n’est pas négligeable. Nous allons fournir les autres laboratoires du groupe Cerballiance en priorité, mais aussi des laboratoires concurrents qui en ont besoin.

Vous disposiez des plans de l’objet ?

Non, nous avons mesuré les dimensions de l’objet et obtenus certaines cotes auprès du fournisseur. Les ingénieurs et dessinateurs 3D de Volumic se sont chargés de mettre au point la pièce selon le cahier des charges. L’étanchéité de la pièce était naturellement un point essentiel. Le prototype a dû être revu à ce niveau. Mais nous avons pu mettre au point une pièce fonctionnelle en très peu de temps.

Etes-vous désormais pleinement équipés ?

Malheureusement non, d’autres pénuries menacent les tests. La prochaine sera sur les écouvillons de prélèvement - sortes de grands coton-tige pour les prélèvements nasaux – dont nous commençons à manquer en France et en Europe. Et cela, malheureusement, nous ne pouvons pas le produire en impression 3D. Nous sommes en train de regarder les accessoires, comme des pinceaux par exemple – dont la forme se rapproche le plus de ces écouvillons et qui pourraient les remplacer. Pour le moment, rien de probant. Nous sommes en plein système D, mais nous nous donnons les moyens de nous occuper des patients.

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