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Interview

Tahar Melliti : « Un master Industrie du futur pourrait voir le jour dès la rentrée 2016 »

Tahar Melliti : « Un master Industrie du futur pourrait voir le jour dès la rentrée 2016 »

Sur son site de Rodez, le groupe Bosch a déployé plusieurs initiatives inscrites dans la dynamique "Usine du futur". Ici un robot collaboratif pour gagner en agilité.

© Juliette Raynal pour Industrie & technologies

Sept mois après sa création, l’Alliance pour l’industrie du futur, rassemblant organisations professionnelles, universitaires et centres de recherche, a publié un guide pratique de l’usine du futur à destination des PME. Dans une interview accordée à Industrie & Technologies, Tahar Melliti, directeur général de l’Alliance pour l’industrie du futur, décrypte le document et revient sur l’état d’avancement des autres chantiers menés par l’association.

Industrie & Technologies : Quel est le but de ce guide pratique ?

Tahar Melliti : Il a pour objectif majeur de permettre aux chefs d’entreprise de se poser les bonnes questions. Par exemple, si je veux implémenter un robot ou une imprimante 3D, qu’est ce que ça va changer dans mon organisation ? Quelle est la maturité des nouvelles solutions disponibles ? Quel est l’impact sur mon process global ? Ce document doit permettre aux chefs d’entreprise de commencer à se faire une idée de l’Usine du futur pour pouvoir ensuite interroger un spécialiste en ayant les bonnes questions et s’orienter plus facilement vers un éventuel cahier des charges.

I&T : A qui est-il destiné ?

T. M. : Ce guide s’adresse en priorité aux PME et PMI, mais aussi aux directeurs industriels des grands groupes et à tous ceux qui souhaitent entrer dans une modernisation accélérée de notre outil industriel. Afin de toucher le plus de chefs d’entreprise possibles, nous allons distribuer le guide à toutes les entreprises qui feront l’objet d’un audit. Le guide sera également disponible dans les pôles de compétitivité, dans les réseaux consulaires ou encore dans les organismes de recherche technologique. Nous visons la distribution la plus large possible au travers de nos membres et de nos partenaires.

I&T : Comment est-il articulé ?

T. M. : Il y a une première partie qui montre vers quoi va tendre l’industrie. On y répertorie les grands changements technologiques, organisationnels, économiques, environnementaux et sociétaux qui vont avoir lieu. La seconde partie est, quant à elle,consacrée aux fiches pratiques. Classées par familles, ces fiches visent à répondre aux enjeux présentés au début du guide. La fiche "Application bibliothèque numérique" présente, par exemple, le concept de jumeau numérique de l’usine. On y donne une définition, on y présente les enjeux, les avantages, mais aussi la maturité de l’offre disponible selon les projets (usinage et machines à commande numérique, équipement de fabrication additive, robots de manutention, AGV, convoyeurs, grues, etc.). La fiche propose également des liens vers des exemples d’applications concrètes de la technologie.

I&T : Le guide est-il amené à évoluer ?

T. M. : Oui, ce n’est pas un document final. Il va s’enrichir selon deux axes. D’une part, les technologies vont évoluer et il faudra mettre à jour les fiches pratiques. Et d’autre part, nous allons ajouter les retours d’expérience des chefs d’entreprise qui ont implémenté telle ou telle technologie et qui pourront évoquer les difficultés auxquelles ils ont été confrontés et les gains qu’ils ont observés. Le guide se veut dont extrêmement didactique et dynamique.

I&T : D’après vous, il n’existe pas une Usine du futur mais des milliers d’Usines du futur

T. M. : Oui, le guide va devenir une sorte de référentiel avec toutes les technologies. Plus on l’enrichira, plus il sera exhaustif. Mais, une usine réelle du futur ne pourra jamais intégrer l’exhaustivité des technologies présentées. La seule chose qui distingue une Usine du futur d’une Usine du passé, c’est le fait de se lancer dans cette direction, de prendre une des briques selon ses besoins et de l’implémenter. C’est la dynamique qui est importante. Il n’y a pas de modèle unique. Aucune entreprise n’est comparable à une autre. La démarche de l’Usine du futur ne s’effectue pas en "one shot", mais nécessite d’être dans un axe de progrès. L’Industrie du futur est un chemin vers plus de compétitivité, qui doit mener, in fine, à la pérennité.

I&T : Certains dirigeants de PME ont du mal à percevoir les bénéfices apportés par l’Industrie du futur et voient ce concept comme un effet de mode. Que leur répondez-vous ?

T. M. : Je leur réponds que non ce n’est pas un effet de mode, mais une évolution de fond qui concerne les entreprises du monde entier. On assiste à une véritable émergence de ce concept, qui est décliné avec différents noms selon les pays. Chaque grande nation industrielle a identifié qu’elle devait métamorphoser son industrie en fonction des nouvelles technologies disponibles, et en fonction de la digitalisation. Il y a une vraie révolution qui est en marche. Si nous ne prenons pas le train de cette révolution, comme nous n’avons pas pris le train de la robotisation, demain l’industrie française n’existera plus. Notre industrie sera morte et inexistante. En revanche, je suis intimement convaincu, même si je ne peux pas le chiffrer, que prendre ce train nous permettra de rattraper notre retard. Il faut le faire plus vite que les autres. C’est une course continue. Le temps d’avance qu'on aura par rapport à nos compétiteurs nous permettra d’accroître notre base industrielle. On sera alors dans une dynamique de croissance de l’industrie et non dans une dynamique de décroissance.

I&T : Qu’en est-il de l’accompagnement des 2 000 PME et ETI dans leur projet de modernisation ?

T. M. : Plusieurs régions, et notamment la région Aquitaine, ont lancé des appels à manifestations d’intérêt qui permettent aux entreprises d’être candidates à un diagnostic. C’est cet audit qui va permettre d’enclencher le processus de modernisation. Actuellement, 730 entreprises se sont lancées dans ce processus. L’objectif d’atteindre les 2 000 entreprises d’ici 2017 me paraît donc bien engagé. En face de ça, il y a aussi des financements qui ont été accordés. Le gouvernement avait mis en place, dès l’origine du 34e plan, un certain nombre d’accompagnements. Le "Prêt numérique Usine du futur" de 300 millions d’euros a été entièrement consommé. 374 entreprises en ont bénéficié. Il y a également le "Prêt robotique Usine du futur". Sur 300 millions d’euros, 81 millions ont déjà été engagés auprès de 132 dossiers.

I&T : L’Alliance entend par ailleurs labelliser 15 vitrines technologiques d’ici 2017…

T. M. : Oui, l’objectif est de montrer le meilleur du savoir-faire français sur les domaines technologiques. Nous ne souhaitons pas être dans une logique de démonstrateur, mais mettre en avant des cas concrets de technologies qui ont été implémentées et dire :  « Voilà, cette solution technologique a été implémentée dans une usine et elle génère des résultats, des gains de productivités que l’on peut chiffrer ». On veut valoriser ces applications et communiquer dessus pour encourager nos  PME et ETI à investir. Ces vitrines ont aussi pour vocation de servir de référence pour l’exportation. Nous avons déjà reçu une petite dizaine de candidatures. Les premières vitrines labellisées seront dévoilées officiellement le 21 décembre prochain.

I&T : Où en est le déploiement des plates-formes technologiques accessibles aux industriels ?

T. M. : L’objectif est d’essayer de mutualiser un certain nombre de moyens sur nos sujets prioritaires, comme la fabrication additive, la digitalisation ou encore la cobotique, pour qu’un industriel puisse tester une technologie avant de l’implémenter chez lui. Un certain nombre de projets sont actuellement en cours de construction et certaines plateformes devraient être officialisées au cours du premier trimestre 2016. Il y aura des plates-formes physiques qui s’adosseront à des  lieux dotés d’équipements ultramodernes sur des sujets donnés. Et pour d’autres sujets, comme la digitalisation, il s’agira de plates-formes virtuelles.

I&T : Vous envisagez également de mettre en place des masters Industrie du futur ? De quoi s’agit-il ?

T. M. : Ce projet s’inscrit dans l’axe "homme et industrie du futur", dont l’un des éléments est la formation. L’idée est d’abord de dresser un bilan et de faire le recensement  des formations existantes, qui présentent une composante relevant de l’Industrie du futur. S’il y en a, on va les labelliser. Et s’il n’y a pas de formationsur un sujet donné,  nous travaillerons à en construire une avec l’aide de nos deux partenaires académiques l’Ensam (Ecole nationale supérieure d’Arts et Métiers) et l’Institut Mines-Télécom. Si le projet est pertinent, une formation pourrait se mettre en place dès la rentrée 2016.

Téléchargez le guide ici.

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