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Surproduction de masques textiles : comment les délais d'homologation ont pénalisé les fabricants français

Kevin Poireault

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Surproduction de masques textiles : comment les délais d'homologation ont pénalisé les fabricants français

Alors que la demande en masques barrières est en berne depuis le début du déconfinement, la filière française du textile est en surproduction. Une situation  imputable en bonne partie à la mauvaise gestion de l’administration, selon Capucine Mercier, qui coordonne la production de masques en Nouvelle-Aquitaine.

Après le manque de masques chirurgicaux et FFP2 au début de la pandémie, la France fait face à la surproduction de masques en tissu. Dans la seule région Auvergne-Rhône Alpes, « une dizaine d'entreprises déplorent déjà 450 000 invendus et des stocks de tissu représentant potentiellement 14 millions de masques », pointe Les Echos le 3 juin.

Depuis le 11 mai, « il y a une baisse significative de la demande, créant un vent de panique au sein du groupement de filière Savoir faire ensemble », confirme à Industrie & Technologies Capucine Mercier, PDG de PliM, une entreprise de confection de protections hygiéniques éco-responsables sise dans les Deux-Sèvres, et coordinatrice la fabrication de masques en Nouvelle-Aquitaine.

Des délais d’homologation de plus en plus longs

Mais celle-ci va plus loin et pointe la gestion des commandes par l’Etat français et les collectivités locales : une « véritable mascarade ». Tout d’abord, la Direction générale des armées (DGA), organe chargé d’autoriser la confection de masques à usage non sanitaire (UNS) – que la cheffe d’entreprise qualifie de « bien seule pour gérer tout cela » - a fait subir « des délais d’homologation de plus en plus longs » aux fabricants français.

« En Nouvelle-Aquitaine, nous avons eu la chance de recevoir les premières évaluation très tôt, raconte-t-elle. Mais ensuite, mi-avril, nous avons voulu faire certifier nos masques d’un nombre de lavages plus élevés : il fallait 50 jours pour vingt lavages, encore plus pour cinquante. Nous nous sommes donc arrêtés à nos masques certifiés pour vingt lavages. »

La concurrence déloyale de masques importés non conformes

Ces longs délais d'homologation ont mis en difficulté nombre de fabricants de masques qui s'étaient engagés auprès de leurs clients. Ces derniers, en particulier les collectivités locales, ont soumis les fournisseurs à de fortes pressions, allant jusqu’au « recours juridique », indique Capucine Mercier.

« Et encore celles-ci ont au moins joué le jeu du fabriqué en France », poursuit-elle. Pris en étau entre l’urgence des demandes, les délais de la DGA et les retards d’approvisionnement, bon nombre d’ateliers de confection, dont certains avaient investi dans des machines à 250 000 euros pour l’occasion, ont tout bonnement perdu des marchés. A la faveur de qui, puisque tous sont soumis aux mêmes règles ?

« Beaucoup d’achats ont été fait à l’étranger (Vietnam, Thaïlande, Turquie, Roumanie, Portugal…), notamment par des collectivités locales. Là, on retrouvait des masques pas du tout évalués, certes moins chers mais avec ici des tissus qui se lavent à 30°C, alors que le virus n’est éradiqué qu’à partir de 60°C, et là des masques affublés de fausses nomenclatures – comme "norme Afnor", alors que l’Afnor n’a pas créé de norme pour les masques en tissus mais seulement une recommandation. »

Quand l’Etat lui-même fait appel à des masques fabriqués à l'étranger

Outre cette précipitation de la part des collectivités, « qui étaient elles aussi pressées par leurs administrés », tempère Capucine Mercier, la concurrence de masques importés pourrait bien avoir envahi même la plateforme en ligne de La Poste destinées à la vente de masques aux entreprises, mise en place pour l’occasion par l’Etat français, révèle la PDG à Industrie & Technologies.

« Je suis allée chercher sur le site de Savoir faire ensemble, le groupement de filière, s’explique Capucine Mercier. J’y ai trouvé une entreprise qui vend ses masques sur le site de La Poste et qui semble rafler un nombre de contrat énorme : MH Distribution. Cette entreprise est située en Guadeloupe, très bien, mais elle indique que seule 30% de sa production est fabriquée en Guadeloupe… » Le reste, « à l’étranger », peut-on lire sur le document de Savoir faire ensemble qui nous est fourni par la PDG [ci-dessous]. « Le gouvernement favorise une entreprise qui ne produit pas tout en France, c’est complètement déloyal », s’offusque-t-elle.



Visiblement désabusée par ces derniers mois, Capucine Mercier a repris la production originale de protections hygiéniques depuis début juin. « Nous avons transmis nos dernières commandes de masques à des ateliers de la région qui avaient perdu des marchés », ajoute-t-elle. En attendant, peut-être, une deuxième vague à l’automne prochain. « Au moins, la filière française sera déjà bien structurée et sera capable de répondre beaucoup plus rapidement. Mais il faudra que les scientifiques et le gouvernement anticipent. »
 

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