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StopCovid : La France prépare une appli plus performante en cas de deuxième vague

Kevin Poireault

Mis à jour le 23/06/2020 à 15h11

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StopCovid : La France prépare une appli plus performante en cas de deuxième vague

N’ayant pas de résultats concluants à mettre en avant, le secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O, porteur du projet StopCovid d’application de suivi des cas contacts (contact tracing) dans le cadre de la pandémie de Covid-19, a dirigé son point d’étape du 23 juin sur les évolutions à venir de l’application. Son objectif : qu’elle fasse ses preuves en cas de deuxième vague.

C’est un exercice délicat auquel s’est livré le secrétaire d’Etat français au Numérique Cédric O. Celui-ci a présenté, ce mardi 23 juin, un point d’étape concernant l’application mobile de suivi de cas contacts, StopCovid, entouré de Maurice-Pierre Planel, directeur général adjoint de la Santé, Simon Cauchemez, chercheur en épidémiologie à l'Institut Pasteur, Vittoria Colizza, directrice de recherches à l’Inserm, Bruno Sportisse, PDG de l’Inria et Guillaume Poupard, DG de l’Agence de cybersécurité (Anssi).

En effet, depuis sa sortie le 2 juin, StopCovid collectionne les « scandales » : dernière appli de « contact tracing » européenne reposant sur un protocole centralisé après le récent abandon des Britanniques, elle ferait remonter dans ce serveur centralisé bien plus de données qu’annoncé initialement. La révélation, issue du travail de Gaëtan Leurent, chercheur à l’Inria, aurait même échappé à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) lorsque cette dernière a émis son avis favorable, pointait le site Numerama il y a quelques jours.

Si ce point d’étape a donné l’occasion aux différents acteurs de souligner la réactivité inédite des 150 personnes mobilisées pour développer, héberger, sécuriser et déployer une telle application en deux mois, l’objectif était aussi de rassurer.

Une adoption très faible, une efficacité encore quasi-nulle

Cédric O a commencé par les éléments les plus critiqués : l’adoption et l’efficacité de StopCovid. A ce jour, l’application a été téléchargée 1,9 millions de fois mais désinstallée 460 000 fois. En Allemagne, l’appli de contact tracing a été téléchargée 10 millions de fois… Néanmoins, « on ne suit pas ces chiffres au jour le jour » car ils sont peu représentatifs de l’utilisation de l’application, indique le secrétaire d’Etat. Les chiffres clés concernent l’activation de StopCovid, suivie de près par les autorités : 1 816 048 activations et 23 953 désactivations à l’heure actuelle. Parmi les utilisateurs actifs, 68 personnes se sont déclarées positives et ont permis de prévenir 205 cas contacts. 14 notifications ont été envoyées à des personnes jugées à risque, pour qu’elles se fassent dépister.

Ces résultats peuvent sembler bien maigres mais ils doivent être pris dans le contexte d’une « une baisse plus rapide qu’escomptée de la prévalence de la maladie », avance le secrétaire d'Etat. Comprendre : ce n’est qu’en cas de deuxième vague que l’on pourra juger de l’efficacité de StopCovid.

Evolution de l’application et objets connectés

C’est dans cette optique que le gouvernement compte désormais mettre le paquet sur la promotion de l’application, tout particulièrement dans les zones orange et rouge. Une expérimentation a été réalisée en Guyane, toujours en zone orange : 20 000 SMS ont été envoyés par les opérateurs télécoms pour inciter à télécharger StopCovid. « Nous avons remarqué des milliers de téléchargements dans les heures qui ont suivi », s’est félicité Cédric O. Les résultats de cet effort seront rapportés par une enquête sur le terrain, à venir d’ici le 14 juillet.

Pendant ce temps, l’application continue d’évoluer. Aujourd’hui en version 1.04 sur Android et 1.03 sur iOS, StopCovid devrait proposer une mise à jour (v1.1) dès le 25 juin. Cette mise à jour introduira deux changements majeurs :

  • La fonction reCAPTCHA de Google, intégrée dans les premières versions – et très critiquée – sera remplacée par une fonction similaire développée par Orange.
  • Le filtre, prévu dès l’origine mais pas encore techniquement prêt, qui permet de ne pas remonter les contacts dont le signal Bluetooth est trop faible – et donc trop éloigné – ou qui ont été à proximité d’une personne pendant un trop court laps de temps sera enfin implémenté dans l’application.

« Il est temps d’ouvrir de nouvelles perspectives », clame Bruno Sportisse. Le dispositif StopCovid devrait bientôt être disponible sur certains objets connectés grâce à Withings, partie prenante du projet, dans le but d’être plus accessible à tous et d’atteindre de nouveaux publics. « Notre objectif est de sortir un premier prototype début juillet, indique le PDG de l’Inria. Après, se posera le problème de la capacité à industrialiser… »

Une future interopérabilité européenne encore très incertaine

Une question reste en suspens : l’interopérabilité des différentes applications de contact tracing européennes. La vice-présidente de la Commission européenne, Margrethe Vestager, regrette le choix de serveur centralisé de la France : « Il est un peu plus délicat de développer les normes techniques d’interopérabilité entre des systèmes décentralisés et le système centralisé développé par la France. » Cédric O rétorque en pointant du doigt que le problème n’est pas seulement français : « Il n’existe aucune interopérabilité entre les autres applications – allemande ou italienne, par exemple – aujourd’hui. »

Des groupes de travail ont toutefois commencé en ce sens, sous l’égide de la Commission européenne. Le second protocole développé par l’Inria, Désiré, pourrait en être la réponse la plus prometteuse : « Avec Désiré, le calcul d’exposition peut être aussi bien stocké dans un serveur [comme c’est le cas pour le protocole Robert, sur lequel est actuellement basé StopCovid, ndlr] que sur les téléphones lui-même [comme c’est le cas dans la solutions proposée par Apple et Google, utilisée en Allemagne et en Italie, notamment, ndlr]. »

Combien coûte StopCovid ? Le gouvernement répond

 

En fin de conférence, Cédric O a souhaité revenir sur le coût de l’application pour le gouvernement français, qui a lui aussi fait débat et qui a fait l’objet d’un signalement auprès du parquet national financier de la part de l’association Anticor. Contrairement aux applications allemandes (20 millions d’euros) et britannique (3,8 millions de livres), « les industriels français qui ont participé au projet StopCovid n’ont pas été payés jusqu’au 2 juin », a assuré une fois encore le secrétaire d’Etat au Numerique, contredisant les propos sortis dans certains médias.

A partir de cette date, toutefois, un accord-cadre a été signé entre l’Inria et la DGS pour rémunérer [selon une répartition – majorée - indiquée sur le tableau suivant] 3DS Outscale, filiale de Dassault Systèmes, pour l’hébergement de l’application, et Lunabee, une PME de 15 personnes située à Chambéry et Capgemini pour son développement, son opération et sa maintenance. « Capgemini a décidé de continuer à travailler gratuitement jusqu’à la fin du mois d’août et nous lancerons un appel d’offre pour les remplacer en septembre », a annoncé Cédric O. « En cas de deuxième vague, en revanche, le coût pourra bien sûr augmenter », prévient néanmoins Cédric O.

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