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StopCovid : l'appli française de contact tracing sera prête le 2 juin, sans Google ni Apple, annonce Cédric O

Kevin Poireault

Mis à jour le 05/05/2020 à 11h39

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StopCovid : l'appli française de contact tracing sera prête le 2 juin, sans Google ni Apple, annonce Cédric O

© Inria

En France, les contours de StopCovid, la future application de suivi des personnes diagnostiquées positives au Covid-19, commencent à se dessiner. Et font pleuvoir les critiques. A l’heure où le Premier ministre Edouard Philippe s’apprête à dévoiler son plan de déconfinement, la France est le seul pays de l’UE à se diriger vers un modèle centralisé.

[Mise à jour : Cédric O, secrétaire d'Etat chargé du Numérique, a annoncé ce 5 mai que l'application française de contact tracing, baptisée StopCovid et reposant sur le protocole ROBERT, serait prête le 2 juin. En revanche, le gouvernement n'a, semble-t-il, pas réussi à convaincre Apple et Google de retirer leurs limitations concernant l'activation du Bluetooth en tâche de fond.]

Le Premier ministre Edouard Philippe, qui doit dévoiler les stratégies de déconfinement ce mardi 28 avril devant l’Assemblée nationale à 15h, n'évoquera peut-être pas, finalement, le projet StopCovid, la future application de suivi des contacts des individus diagnostiqués malades (contact-tracing) car celle ci n'est pas prête. Elle fera l'objet d'un débat et probablement d'un vote quand elle le sera.

Objet de nombreuses critiques dans l’opposition comme au sein de la majorité, les contours de StopCovid commencent toutefois à se dessiner. Un temps pensé aux manettes du projet, la Direction des systèmes d’information de l’Etat semble avoir laissé sa place à un panel d’acteurs publics et privés piloté par l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria).

Côté public, on y retrouve Santé Publique France, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Agence de la sécurité des systèmes d’information (Anssi). Côté privé, les start-up Lunabee Studio et Withings ont été jointes au projet, l’une pour son savoir-faire dans le développement d’applications mobiles, l’autre pour son expertise en objets connectés. Trois géants du CAC 40, Orange, Dassault Systèmes et Capgemini viennent clore la liste des nouveaux partenaires du projet StopCovid, après avoir proposé leur propre application de contact tracing, développée avec Sopra Steria et le cabinet de conseils SIA Partners et baptisée StopC19.

Présentée comme « prête » et « fonctionnelle », l’application alternative, que la région Ile-de-France a accepté de tester, manque profondément de transparence : aucun code source n’est disponible et les informations sont difficiles à trouver, même pour le chercheur en cybersécurité français Baptiste Robert.

Finalement, l’Allemagne n’utilisera pas le protocole centralisé ROBERT

L’application StopCovid, elle, reposera sur le protocole bel et bien open source ROBust and privacy-presERving proximity Tracing (ROBERT), développé conjointement par l’Inria et le Fraunhofer allemand. Mais celui-ci n’est pas exempt de critiques. L’anonymat garanti par Bruno Sportisse, PDG d’Inria, a d’abord été remis en question par d’autres chercheurs du même institut, qui ont décliné 15 scénarios de cyberattaques le neutralisant. D’autant plus que ROBERT s’articule autour d’un serveur centralisé où seront stockés les identifiants correspondant aux personnes diagnostiquées positives au Covid-19, confié à une autorité de santé.

Un choix que l’Allemagne, qui réfléchissait elle aussi à utiliser ROBERT pour développer son application maison dans un premier temps, a délaissé au profit du protocole européen Decentralized Privacy-Preserving Proximity Tracing (DP-3T), développé par des chercheurs d’une douzaine de centres de recherches. Elle rejoint ainsi la Suisse, l’Autriche et l’Estonie. Décentralisé, le DP-3T devrait être compatible avec l’interface de programmation (API) en préparation chez Google et Apple.

La France engagée dans un bras de fer avec Apple… et Google ?

En France, c’est là que le bât blesse. Dans un entretien au Journal du Dimanche le 26 avril, le secrétaire d’Etat chargé du Numérique Cédric O défend un modèle robuste et souverain pour StopCovid et refuse d’utiliser l’API proposée par Apple et Google, qui optent pour un modèle décentralisé proche de celui du DP-3T.

Problème : sans cette base logicielle, l’application StopCovid ne pourra fonctionner sur les iPhone. En effet, sur le système d’exploitation iOS, les applications tierces ne peuvent réclamer d’activer le Bluetooth en arrière-plan pendant une longue période – seul moyen pour une application de contact tracing de fonctionner. Cette limitation est imposée par Apple d’abord pour préserver la batterie mais aussi pour éviter, justement, le traçage dissimulé.

Comme le service de santé britannique (NHS), qui a lui aussi choisi un modèle centralisé – en complément de milliers de traceurs humains -, l’Etat français a choisi le bras de fer face à Apple, sans qui « l'application ne sera jamais prête pour le 11 mai », reconnait Cédric O. Si l’on en croit Baptiste Robert, celui-ci devra faire de même avec Google car les mêmes limitations existent sur le système d’exploitation Android.

La Cnil émet des réserves

En France, de nombreuses voix se lèvent pour mettre en garde contre l’efficacité d’une telle application mais aussi contre les risques pour la vie privée. Même dans les hautes sphères de l’Etat : si le Conseil national du numérique (CNNum) s’est dit favorable à StopCovid, la Commission nationale informatique et liberté (Cnil), elle, a émis un avis beaucoup plus nuancé et « souligne que l’application ne peut être déployée que si son utilité est suffisamment avérée et si elle est intégrée dans une stratégie sanitaire globale ».

La Cnil souligne également que le « caractère volontaire de l’usage » de StopCovid, garanti par Cédric O dans le JDD, est un « élément déterminant pour assurer la confiance dans le dispositif et favoriser son adoption par une partie significative de la population » et doit « être explicitement prévu dans les textes juridiques régissant ce dispositif comme dans l’information du public ».

Des exigences appréciées par La Quadrature du Net, association de défenses des libertés numériques, qui ne croit toutefois pas qu’elles soient applicables en pratique : « Si des employeurs, des restaurants ou des centres d’hébergement exigent que leurs salariés ou usagers utilisent StopCovid, que va faire Cédric O ? Leur envoyer la police pour forcer le passage ? Si la pression vient de la famille ou des amis, que va faire la Cnil ? Leur imposer des amendes en violation du Règlement générale pour la protection des données (RGPD) ? », s’interroge l’association.

Face à toutes ces complications et aux résultats pour le moins mitigés des expériences à Singapour et par la Croix-Rouge autrichienne – utilisée par seulement 3 ou 4% des Autrichiens -, le ministre belge du Numérique et des Télécommunications, Philippe De Backer, a abandonné l’idée d’une application de contact tracing. Comme le Royaume-Uni, le pays s’appuiera en revanche sur un panel de traceurs humains, réunis au sein d’un centre d’appel. Un dispositif qui n’a pas encore été évoqué en France, bien que Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique qui conseille Emmanuel Macron, le recommande vivement au président.

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