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La semaine de Jean-François Prevéraud

SpaceClaim invente la CAO 2.0

Industrie et  Technologies
Le créateur de Pro/Engineer et SolidWorks m'a expliqué sa nouvelle vision de la CAO et sa volonté d'offrir au marché un "Pro/Operator" utilisable par tous les contributeurs à la chaîne de développement produit.


Une rencontre avec Mike Payne est toujours un événement, car le personnage fait partie de l'histoire de la CFAO. De passage à Paris, je n'ai donc pas raté l'occasion d'en savoir plus sur la nouvelle aventure dans laquelle il vient de se lancer, SpaceClaim.

Responsable des développements CAO chez Prime au début des années 80, Mike Payne quitta la société en 1987 pour fonder avec quelques amis Parametric Technology, aujourd'hui PTC. Vice-président en charge du développement, il quitta cette société pour fonder en 1994 SolidWorks où il fut Executive Vice-president en charge de la R&D. Après l'acquisition de la société par Dassault Systèmes, il devint CEO de Spatial, autre filiale du groupe de Suresnes, en charge du développement de composants logiciels pour le monde du 3D. Enfin, l'an dernier il quitta ce poste pour se lancer dans une nouvelle aventure, la création de SpaceClaim, avec quelques amis anciens de PTC, tels Steve Walske, Lou Volpe ou Daniel Dean, accompagnés de Richard Riff, l'ex responsable PLM de Ford Motor. Une opération qui a, fait exceptionnel, attiré 13,5 millions de dollars de venture capital dès le premier tour de table.

« Comme nous l'a fait si justement remarquer un analyste, notre ambition n'est pas de proposer un nième logiciel de CAO de plus, mais d'offrir aux utilisateurs le premier logiciel de CAO 2.0. C'est-à-dire non pas un logiciel qui impose une méthodologie de travail rigoureuse et une formation lourde, mais un logiciel qui s'adapte réellement à la méthodologie de travail de l'utilisateur, voire même à son absence de méthodologie », clame Mike Payne.



De fait, SpaceClaim vise non seulement le marché du million d'utilisateurs d'outils de CAO paramétriques et "Feature-based", qui ne se retrouvent pas forcément dans un outil très (trop ?) structurant imposant sa propre approche de la conception, mais il vise aussi celui estimé à quatre millions de contributeurs au processus de développement de produits nouveaux. L'objectif étant de leur donner les moyens intuitifs d'interagir avec un modèle 3D, sans avoir à tenir compte d'un historique de conception et encore moins de contraintes de construction. Le responsable marketing de l'entreprise ou celui des expéditions ou encore de la qualité pourra ainsi exprimer intuitivement ses idées ou ses impératifs autour de modèles 3D, issus de n'importe quels systèmes de CAO.

De Pro/Engineer à Pro/Operator

Comment un ardent zélateur du paramétrage, ayant réussi à imposer ses idées au marché avec la création de Parametric Technology, en est-il venu à défendre une approche explicite de la modélisation ? « Lorsque nous avons créé PTC, il nous fallait faire face à la faible puissance des stations de travail, un Mips en moyenne. Et la modélisation paramétrique était une réponse pour aller plus vite. Par contre, nous n'avions pas imaginé que 20 ans plus tard des concepteurs voudraient et pourraient créer le modèle paramétrique complet d'un avion de ligne. La moindre modification relève alors plus du casse-tête que d'une simple démarche de conception. De fait, Pro/Engineer porte bien son nom. Par contre le marché pour un "Pro/Operator" me semble bien plus important ».



Ce retour à la modélisation explicite fait d'autant plus sens que la chaîne de développement d'un nouveau produit fait de plus en plus appel à de multiples acteurs extérieurs à l'entreprise et donc bien souvent à des outils de CAO différents ayant chacun leur approche de la paramétrisation. Et quand on connaît les affres de l'interopérabilité des données entre systèmes différents ... un outil capable de dialoguer avec tous ne peut qu'être le bienvenu. « Mais que l'on ne s'y trompe pas, les modifications que vous aurez effectuées dans SpaceClaim ne seront pas répercutées automatiquement dans le modèle 3D original. La modification finale reste du ressort du bureau d'études originel, qui seul a les compétences techniques pour l'effectuer et la valider. Par contre, chaque contributeur aura pu exprimer facilement ses idées sur le modèle 3D et les présenter aux spécialistes », tempère Mike Payne.

De fait, un tel système permet d'augmenter la productivité individuelle des contributeurs au développement de nouveaux produits, en accélérant les itérations de conception et en réduisant la courbe d'apprentissage. Cela augmente aussi l'efficacité de l'équipe de développement, en facilitant l'expression et la communication des desiderata de chacun des contributeurs. Une démarche qui va bien au-delà des seuls besoins de la conception fonctionnelle d'un produit. Les responsables du calcul ou de la fabrication pourront rapidement récupérer un modèle 3D et le modifier ou le simplifier en fonction de leurs besoins propres.

Déjà une centaine de clients

Depuis son lancement en mars dernier aux USA, SpaceClaim a séduit une centaine de clients, dont 30 en Europe, totalisant environ 500 licences. 21 distributeurs (VAR), dont 7 en Europe, ont déjà pris cette carte. Des partenariats avec des éditeurs tiers ont été signés (Ansys ; McNeel & Associates - Rhino ; xPLM ; TraceParts ; CircuitWorks ; Cfdesign) couvrant les domaines du calcul, de la fabrication, des applications métiers ou de l'intégration avec les outils PLM.

La version SpaceClaim Professional 2007+ qui arrive intègre maintenant un module de tôlerie et un système de visualisation de grands assemblages à l'aide de modèles très légers directement embarqués dans le format du modèle originel. Cela accélère fortement l'affichage et facilite le travail dans le contexte. Notons aussi la possibilité de travailler directement dans une section 2D faite à la volée dans un modèle 3D. Il est même possible de créer des paramètres.



Un interfaçage avec la CAO-Electronique apparaît sous la forme de la lecture des formats IDF et Pads, ce qui devrait permettre aux concepteurs électroniques de définir facilement les volumes enveloppes de leurs circuits imprimés équipés, afin de faciliter le dialogue avec les concepteurs mécaniciens chargés de créer "l'emballage" ou d'assurer la validation thermique de l'ensemble.

Enfin, notons l'arrivée d'une nouvelle tarification. Outre la licence annuelle, 1 590 €, SpaceClaim est maintenant disponible en licence perpétuelle pour 2 385 € plus 795 € de maintenance chaque année.

Reste maintenant à savoir quelle sera la réaction du marché face à cette approche novatrice de la conception collaborative. Une situation que Mike Payne connaît bien. Souhaitons-lui le même succès qu'avec PTC et SolidWorks.

Voilà qui clos une année bien remplie. Permettez-moi, au nom de l'ensemble de la rédaction, de vous souhaiter de très bonnes fêtes de fin d'année et de vous dire, non pas à la semaine prochaine, mais à l'année prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.spaceclaim.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 26 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.


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