Nous suivre Industrie Techno

SolidWorks 2008 fait oublier la CAO

Industrie et  Technologies
A l'occasion de la présentation de SolidWorks 2008, j'ai rencontré Michel Gros, Executive Vice-President Europe de l'éditeur. Cela m'a permis de faire un point sur l'activité de la société avec de découvrir les avancés de la nouvelle version du logiciel.


« Il y a quelques années tous les éditeurs, nous compris, se préparaient pour faire face au tsunami qu'allait générer le passage massif du 2D au 3D de l'ensemble des concepteurs. Force est de constater qu'en fait de tsunami, nous avons plutôt assisté à une succession de vaguelettes et que le gros du marché en est encore à utiliser du 2D », constate Michel Gros, Executive Vice-President Europe de SolidWorks.



Ces éventuels prospects voient malheureusement plus le 3D comme un outil de visualisation, que comme une réelle aide à la conception garantissant l'intégrité de la base de données, notamment en propageant correctement les modifications. Il va donc falloir faire un gros effort d'éducation sur le long terme. « Cette inertie change la nature même de nos ventes. Ces prospects vont vers le 3D contraints et forcés. Les ventes sont donc beaucoup moins techniques. Il faut avant tout rassurer en garantissant la reprise de l'existant en 2D, ce que nous avons fait en émulant Autocad et en proposant DWGeditor, mais il faut aussi présenter de nombreuses références de migrations similaires réussies, plutôt que de faire des démonstrations brillantes ».

« Attention toutefois à ne pas noircir exagérément le tableau. Les utilisateurs actuels de SolidWorks développent leur configuration en intégrant notamment plus de calcul et de simulation, ainsi que plus de gestion de données techniques. De même, avec une certaine surprise, nous voyons arriver des prospects issus du monde de la construction et de l'ingénierie, qui ne sont pas pleinement satisfaits de l'offre logicielle dédiée à ces secteurs. Il s'agit notamment d'entreprises qui souhaitent dériver des constructions spécifiques de modèles standard ou suivre au plus près les intentions complexes d'un architecte ». Mais pour le moment, il ne semble pas encore prévu de proposer une version de SolidWorks dédiée aux mondes de la construction ou de l'ingénierie.

Globalement, Michel Gros estime que le flot du passage du 2D au 3D, combiné à la montée en puissance de la base installée et à l'arrivée de prospects de nouveaux secteurs, devraient lui permettre de maintenir le niveau de croissance à 20 % pour cette année et l'année à venir.

Se faire un nom en PDM

Le marché de la GDT va d'ailleurs faire l'objet d'un gros effort. « Nous considérons que la plupart des produits actuels sont des dinosaures nécessitant de gros investissements de la part des utilisateurs avec une productivité plus qu'incertaine. Ils sont notamment déconnectés de la CAO. Par exemple, ils ne savent pas tirer parti de l'intelligence des assemblages créés en CAO. Il y a donc une place à prendre avec des concepts nouveaux et un nom à ce faire dans le domaine du PDM. C'est ce que nous allons essayer de faire avec PDMWorks Entreprise, qui est issu de l'acquisition en mai 2006 de la société suédoise GCS Scandinavia qui développait le logiciel Conisio ».

Ce produit va venir compléter PDMWorks qui restera cantonné au niveau départemental, alors que PDMWorks Entreprise, qui est doté d'une base de données, d'un workflow et de fonctionnalités comme la réplication pour les applications multi-sites, sera plus orienté vers le niveau entreprise. PDMWorks Entreprise peut d'ailleurs fonctionner avec des logiciels de CAO autres que SolidWorks. Notons que les deux produits utilisent des technologies différentes, mais que des passerelles ont été développées.

La concurrence

« Notre concurrent le plus sérieux est clairement Autodesk. Ils disposent de la base installée 2D avec Autocad et nombre d'utilisateurs migrent vers leur offre 3D sans se poser de questions, ni faire un tour du marché avant de fixer leur choix. De plus, ils ont une politique de prix agressive. Solid Edge est un rival plus sérieux au niveau technique, mais il souffre d'un réseau commercial pas assez développé. PTC dispose lui aussi d'une grosse base installée qu'il essaye de défendre, bien qu'il se focalise de plus en plus vers le PDM. La situation avec notre maison-mère, Dassault Systèmes, est maintenant moins émotionnelle, car ils ont rencontré jusqu'à présent un succès mitigé dans les PME qui les réoriente plus vers les grands comptes, ce qui limite la compétition frontale. Enfin, les grands acteurs locaux comme Missler Software sont très orientés vers la vente de solutions métiers à forte expertise, notamment dans le domaine de la fabrication qui font que nous nous rencontrons peu sur le terrain », estime Michel Gros.

« Bref, notre plus gros souci reste les affaires où nous ne sommes même pas consultés. Et là, il s'agit d'un problème de présence sur le terrain. L'expérience montre que le chiffre d'affaires est directement proportionnel au nombre de commerciaux. C'est pourquoi nous allons aider nos revendeurs à développer leurs équipes commerciales en mettant à leur disposition un recruteur qui les aide à sélectionner et former leurs nouveaux ingénieurs commerciaux ». Notons d'ailleurs que SolidWorks France est en pleine phase de restructuration de son équipe commerciale.

SolidWorks 2008 : faire oublier la CAO

C'est bête comme chou et on se demande encore pourquoi personne n'y avait pensé. Voilà ce qui pourrait résumer la plupart des nouveautés de SolidWorks version 2008. « Cette nouvelle mouture est une version de rupture, dans ce sens qu'elle apporte une vision novatrice des outils de CAO en permettant au concepteur de se concentrer sur son travail de conception mécanique en "oubliant" les fonctionnalités du logiciel, mais elle est parfaitement dans la lignée des versions précédentes avec lesquelles elle totalement compatible », prévient d'entrée de jeu Bertrand Leblanc, responsable technique avant-vente de SolidWorks France.



L'affichage en phase de conception se fait en rendu réaliste RealView
sans perte de performances pour l'utilisateur



Pour cela, l'interface utilisateur a été simplifiée. Le recourt aux menus déroulants et autres boîtes de dialogue a été remplacé par un "menu tête haute", un menu contextuel lié à la position de la souris et à l'entité graphique activée. De même, pour changer une cote, un diamètre ou un congé, il suffit de cliquer sur l'entité et de taper la nouvelle valeur à l'aide du pavé numérique du clavier. Simple, rapide et efficace, il suffisait d'y penser !

De même, la modification des "features" ne requiert plus d'aller les rechercher dans l'arborescence de construction. Il suffit de les retravailler à l'écran, par exemple dans la coupe interactive d'une pièce. Cela se fait grâce à des outils de manipulation d'entités très intuitifs basés sur des poignés contextuelles et l'affichage de "mètres ruban" indiquant la valeur du déplacement ou la cote à obtenir. La création et la modification de géométries devient ainsi un jeu d'enfant. L'ensemble de ces fonctionnalités est baptisé Swift Instant3D (SolidWorks Intelligent Feature Technology). « Nous avons voulu faire oublier la CAO à l'utilisateur pour qu'il puisse se concentrer sur son travail de concepteur mécanicien », martèle Bertrand Leblanc.



DimXpert assure la cotation automatique en vue de l'usinage


Parmi les modules "expert" apparu dans cette version, j'ai retenu DimXpert qui reprend un modèle et en assure automatiquement la cotation et le tolérancement géométrique en vue de sa fabrication, dès qu'on lui a indiqué les surfaces de référence. Autre nouveauté, TolAnalyst qui calcul les chaînes de cotes et indique la contribution de chacune des cotes à la tolérance sur le jeu ou la cote à obtenir.

Réutiliser et améliorer les conceptions existantes

Un autre maître-mot de cette version est la réutilisation de conceptions existantes pour faire gagner du temps au concepteur sur de nouveaux projets. Pour cela, SolidWorks 2008 est capable de disséquer toutes les pièces en fonctions unitaires qui deviennent récupérables et réutilisables, même sous la forme d'esquisses. Par ailleurs, l'utilisation de Windows Desktop Search permet de rechercher des pièces ou des "features" d'après leur nom ou leur description. Enfin, le module DriveWorksXpress facilite la création automatique de pièces, d'assemblages ou de mises en plans en respectant un jeu de règles prédéfini paramétrable par l'utilisateur.



FilletXpert aide le concepteur à gérer tous les problèmes de raccordement
en proposant des solutions fabricables.


Dernier point, l'amélioration de conceptions existantes. Pour cela, CosmosWorks Design Insight permet, par exemple, d'afficher des portions de modèles pour les affiner en ajoutant ou en retirant de la matière, tout en respectant les limites de contraintes fixées. De même, DFMXpress aide à concevoir une pièce en gardant à l'esprit sa facilité de fabrication. Le logiciel analyse ainsi la géométrie et détecte les difficultés ou les impossibilités d'usinage (trous étroits trop longs, angle rentrants sans congés suffisants...).

Bref une version importante de SolidWorks, qui devrait simplifier la vie de beaucoup d'utilisateurs et donner naissance à des fonctionnalités similaires chez les concurrents dans les semaines à venir. La rançon du succès...

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.solidworks.fr
Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 26 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.





Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

[Exclusif] « La Fédération hospitalière de France planche sur un respirateur rapidement industrialisable », annonce Enguerrand Habran, son directeur de l'innovation

[Exclusif] « La Fédération hospitalière de France planche sur un respirateur rapidement industrialisable », annonce Enguerrand Habran, son directeur de l'innovation

Face à la pénurie de respirateurs artificiels qui guette les hôpitaux français, le Fonds de dotation de la[…]

25/03/2020 | SantéCovid-19
Hydrogène, batterie et moteur de fusée imprimé en 3D… les meilleures innovations de la semaine

Hydrogène, batterie et moteur de fusée imprimé en 3D… les meilleures innovations de la semaine

Avec Modalis², l’Ifpen veut développer la boîte à outils numériques des batteries du futur

Avec Modalis², l’Ifpen veut développer la boîte à outils numériques des batteries du futur

Pour bien commencer la semaine : Chez Renault, un jumeau numérique pour optimiser la production

Pour bien commencer la semaine : Chez Renault, un jumeau numérique pour optimiser la production

Plus d'articles