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Solar Impulse : quand le rêve réveille l'innovation

Thibaut De Jaegher

Mis à jour le 24/05/2013 à 16h44

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Solar Impulse : quand le rêve réveille l'innovation

© DR

L’aventure du Solar Impulse représente un vrai défi technologique et industriel. En tentant ce pari fou de faire voler un avion à la seule force du soleil, Betrand Piccard renoue avec les grands défis que savaient se lancer les industriels au siècle dernier. Et nous rappelle que toute innovation, avant de devenir un produit, a d'abord pris une forme onirique.

Il ressemble un peu à l’Albatros du poème de Baudelaire. Maladroit à terre et si élégant dans les airs… Le Solar Impulse, l’avion solaire rêvé par Bertrand Piccard et mis au point par André Borschberg, vient de battre un nouveau record en assurant un vol de 1500 km sans escale au-dessus des États-Unis. Un exploit, assure le communiqué. À juste titre. Pour réussir cette prouesse, il a fallu franchir des barrières technologiques, réinventer des batteries, des cellules photovoltaïques et des matériaux plus légers que l’air.

Exploit vain, murmurez-vous ? Dans un monde où tout se mesure à l’aune du retour sur investissement, sans doute oui. Mais si l’on se réfère à l’échelle des temps industriels, l’utilité d’un tel projet pourrait bien être beaucoup plus importante qu’on le pense. Je m’explique. L’aventure que nous propose Bertrand Piccard ressemble furieusement aux grandes épopées industrielles du siècle dernier, aux grands défis que se lançaient des ingénieurs géniaux pour traverser la Manche en avion (Blériot), franchir la barre des 100 km/h en voiture (ce fut fait avec un moteur électrique !), décrocher le ruban bleu (le record de traversée de l’Atlantique) ou, plus récemment, pour envoyer l’homme ou ses inventions dans l’Espace. Tous ces défis tiraient l’innovation par le haut en générant des retombées inattendues. Et, finalement, toute innovation, toute industrie a souvent vu  le jour par la grâce de la rêverie de quelques savants fous et de généreux mécènes. L’automobile au XIXe siècle, la photographie, le cinéma…

Toutes ces disciplines bien établies ont fait un jour le rêve d’un monde où les chevaux seraient mécaniques, les peintures instantanées et les images animées. C’est cette part de rêve qui permet aujourd’hui à la France de compter des industriels comme Peugeot, Michelin ou Airbus ou d’être l’un des pays qui compte en matière spatiale. Cette part de rêve, c’est ce qui manque sans doute aujourd’hui le plus dans l’industrie. Elle est sûrement un peu trop sérieuse. Pourquoi ne lance-t-elle pas à elle et ses ingénieurs des défis fous ? Pourquoi Airbus ne s’engage-t-il pas dans la course à l’avion solaire ? Pourquoi Boeing regarde-t-il l’initiative de Bertrand Piccard d’un œil amusé ? De tels projets apporteraient pourtant le supplément d’âme dont chaque ingénieur a besoin pour mener à bien et donner du sens à ses missions au quotidien.
Thibaut De Jaegher

 

 

 

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