Nous suivre Industrie Techno

La semaine de Jean-François Prevéraud

Sidel homogénéise ses développements grâce au PLM

Industrie et  Technologies
Le leader de la machine de soufflage de bouteilles a profité de son passage du 2D au 3D pour mettre en place une démarche PLM. Avec à la clé une totale refonte de ses processus de développement qui se sont fortement internationalisés.


Voici quelques temps déjà j'ai eu l'occasion de visiter Sidel, PME de la banlieue havraise spécialisée dans les lignes d'embouteillage de liquides dans des bouteilles en matière plastique. La gamme des produits traités est vaste puisque cela va des boissons aux produits ménagers en passant par les sauces et autres condiments.

La technologie phare de la maison est le soufflage, c'est à dire la mise en forme, en début de ligne d'embouteillage, de la bouteille en matière plastique. Sidel est le leader mondial des machines de soufflage et plus d'une bouteille sur deux fabriquée dans le monde en PET l'est par une souffleuse Sidel. La gamme des machines couvre des cadences de 6 400 à plus de 60 000 bouteilles/heure, suivant le nombre de moules qui varie de 1 à 34, chacun pouvant produire jusqu'à 1 800 bouteilles/heure, pour des contenances allant jusqu'à 5 ou 6 litres.




Les deux points clés de ces machines sont la ligne de chauffage des préformes, qui doit s'adapter très précisément à la forme de bouteille à obtenir, et le mécanisme tournant animant les moules où les préformes chauffées sont mises en forme par injection d'air comprimé. Ces machines sont de très grands assemblages de mécanique de précision de plus de 15 000 pièces où de nombreux éléments sont reconduit d'une ligne à l'autre.

« Jusqu'en 1999 nos bureaux d'études ont essentiellement travaillé en 2D avec de multiples logiciels tels Autocad, ME10, MicroStation. Pro/Engineer étant toutefois utilisé en 3D pour les moules », explique Patrick Nion, responsable du support CAO de la division soufflage. « Mais nous étions conscients des apports de la conception 3D dans de grands assemblages tels que les nôtres. Aussi avons-nous lancé en 1999 le projet PLM 2000, car nous voulions profiter du passage 2D/3D pour intégrer aussi la gestion de nos données techniques et optimiser nos processus de développement. Tout cela sachant que dans le même temps l'entreprise était en cours de remplacement de son ERP Tolas par SAP R3 ».

Une conception répartie à travers la planète

De plus, si la conception et la fabrication des machines de soufflage se fait essentiellement à Octeville, celle des autres éléments de la ligne, remplisseuse, packaging, se fait dans d'autres lieux, et celle des moules est très proche des grands clients. Ainsi, pas moins de 6 bureaux d'études doivent travailler ensemble dont certains se trouvent en Chine, en Malaisie, aux USA et au Brésil. De fait, le bureau d'études d'Octeville regroupe près de 200 personnes dont les ¾ sont dédiées à la conception des machines. Après évaluation des nombreuses solutions en lice sur le marché, Sidel a fixé son choix sur SolidWorks pour les aspects conception de machines et sur Catia V5 pour la conception et la fabrication des moules.

Par contre, la décision côté GDT a été plus difficile à prendre. « Nous avions commencé à évaluer Sherpa, certaines de nos entités essayaient Smarteam, d'autres regardaient MatrixOne. De plus, nous essayions dans le même temps d'unifier nos multiples outils de GPAO (SAP, Baan, Asap, Octal, BPCS...) vers SAP ». Finalement pour des raisons d'homogénéité, le groupe Sidel a adopté plutôt que choisi SAP PLM. Un mariage de raison en quelque sorte.

Parallèlement les objectifs du projet PLM ont donc été clairement définis : mieux répondre aux attentes des clients. « Ce que nous demande nos clients ce n'est si nous faisons ou non du PLM, mais d'augmenter la fiabilité de nos services. Par contre, il est sûr que le passage au 3D a été pour eux un élément rassurant, car nous pouvons maintenant leur montrer très tôt dans le cycle de développement de leur commande des choses qu'ils sont mieux à même de comprendre qu'un dossier de plans », confirme Dominique Martin, vice-président en charge du marketing de la division soufflage.

Dans le cadre de la mise en place d'une approche PLM, la centralisation des données techniques dans une base unique est vite apparue comme indispensable. D'elle pouvait découler la mise en place de procédures et d'outils de travail collaboratifs efficaces au niveau des bureaux d'études, ainsi qu'une optimisation des interventions en après-vente ou en remise à niveau d'installations, et de tous les achats techniques de l'entreprise. D'autre part les différents documents techniques remis aux clients pourraient eux aussi être harmonisés.

Déjà se mettre d'accord sur le vocabulaire

Le groupe de travail d'une quinzaine de personnes mis en place s'est donc, dans un premier temps, attaché à définir une codification commune à l'entreprise pour l'ensemble des pièces. Des divergences souvent dues à des problèmes de vocabulaire sont vite apparues. Sidel a donc créé un glossaire commun reprenant 17 000 termes techniques définis dans 4 langues (français, anglais, italien, portugais) et traduits dans 3 (espagnol, allemand, brésilien). Une fois les différents acteurs d'accord sur le vocabulaire, la création et la mise en place d'une codification commune a été plus facile. Cela a été aussi l'occasion de définir les meilleures pratiques pour créer ces pièces et d'en tirer des templates. Dans le même temps, un interfaçage a été effectué entre SolidWorks et SAP PLM, via une interface fournie par Gedas.

La deuxième étape a été d'assurer l'interfaçage entre SAP PLM et les différents outils de GPAO encore en place dans les usines, d'assurer la reprise des données existantes et de créer des bibliothèques de pièces standard. La première partie, purement informatique a été simple à traiter. Par contre, la liaison avec les outils de CAO obéit à des règles différentes suivant la nature de l'outil. S'il utilise SolidWorks, le concepteur créé sa pièce dans SAP PLM en choisissant un template, il la défini exactement dans SolidWorks, la codifie suivant les règles communes et la stocke dans SAP PLM. S'il utilise un autre outil de CAO, il prend une référence dans SAP PLM, créé sa pièce dans son outil de CAO et publie son modèle dans SAP PLM. Plus de 300 000 pièces représentant 100 000 dessins et 60 000 nomenclatures ont déjà été ainsi reprises ou créées.

La mise en place des bibliothèques de pièces standard a nécessité de dédier trois personnes à cette activité. En utilisant la classification commune définie pour le groupe pour effectuer une requête dans SAP PLM, on obtient le modèle de la pièce sous SolidWorks. Modèle que l'on peut directement réutiliser dans le projet. Actuellement plus de 42 000 composants standard sont déjà stockés sous forme de 10 000 modèles 3D et 15 000 documents. Au moins 8 500 composants restent encore à intégrer dans SAP PLM. Enfin, la troisième étape a été l'unification des outils de documentation technique autour d'Epic d'Arbortext en remplacement de Word, Excel, Interleaf, Page Maker...

Croiser les compétences

« La mise en place d'une telle architecture autour d'une base de données techniques unifiée permet à nos différents bureaux d'études de faire véritablement de la co-conception. Cela a par exemple été le cas récemment pour un convoyeur développé en commun entre les bureaux d'études de Reichstett en Alsace et de Laval au Québec. De même, nous utilisons les compétences en calcul disponibles à Octeville pour des projets étudiés à Kuala Lumpur. Nous partageons aussi régulièrement des données entre nos divisions soufflage à Octeville et remplissage à Parme en Italie. Enfin, nous faisons des sauvegardes croisées entre nos différents sites pour améliorer la sécurité ».

Sidel a été accompagné dans cette démarche par l'intégrateur Spring Technologies qui l'aide depuis 2002 dans sa mise en Å“uvre de SAP PLM. Cela a été notamment le cas pour la mise en Å“uvre de l'architecture multi-sites avec l'installation des coffres-forts "content" et "cache servers". Spring a aussi participé à la migration de Smarteam vers SAP PLM sur le site de Reichstett, ainsi qu'à l'accompagnement à la mise en Å“uvre de l'intégration directe de Catia V5 et SolidWorks avec SAP PLM.
La prochaine étape va être d'étendre cette démarche PLM à l'ensemble des entités du groupe. D'une part au niveau géographique avec la Cermex en France pour la palettisation, l'activité soufflage en Inde et l'activité mise en caisses à la fois aux Philippines et au Chili. D'autre part en traitant aussi la conception des moules faite à l'aide de Catia, la mise en place des lignes faite actuellement avec Autocad, ainsi que les activités électricité et automatismes où les outils unifiés restent encore à définir.

« La mise en place d'une telle démarche groupe a imposé des compromis à chacun », constate Patrick Nion. « Ainsi le site de Reichstett a dû abandonner Smarteam six mois après l'avoir mis en place pour adopter SAP PLM. De même, le site québécois de Laval a dû abandonner sa gestion de configuration des produits pour adopter celle du groupe. L'utilisation de tout nouveau composant standard non encore référencé doit être validée par le service achat. Bref, cela veut dire que les données techniques n'appartiennent plus uniquement au bureau d'études, mais à l'ensemble du groupe qui les valide sur l'intégralité de leur cycle de vie. De même, la mise en place de cette approche PLM, ne suppose pas uniquement l'adoption de nouveaux outils, mais surtout le respect de nouvelles méthodes de travail optimisées ».

Enfin, parmi les projets à court terme, Sidel entend bien améliorer l'interactivité avec ses sites distants. Pour cela, les liaisons actuelles qui sont entre 256 kbit/s et 1 Mbit/s vont toutes évoluer vers des liaisons entre 1 et 2 Mbit/s. De quoi redonner le sourire aux utilisateurs.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus :
http://www.sidel.fr
http://www.spring.fr

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 24 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.



Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

« Implant Files » : pourquoi les implants médicaux sont dans la tourmente

« Implant Files » : pourquoi les implants médicaux sont dans la tourmente

C'est un nouveau scandale sanitaire. Après l'affaire des implants mammaires « PIP », une enquête du[…]

IRT Saint-Exupéry : les nouvelles plateformes technologiques opérationnelles

IRT Saint-Exupéry : les nouvelles plateformes technologiques opérationnelles

Drone à hydrogène : le rêve de deux start-up françaises

Drone à hydrogène : le rêve de deux start-up françaises

[Photo Tech] L’impression 3D mobile de bâtiments

[Photo Tech] L’impression 3D mobile de bâtiments

Plus d'articles