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Sécurité d’approvisionnement en électricité et objectifs de décarbonation : RTE se montre optimiste pour 2030

Aline Nippert
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Sécurité d’approvisionnement en électricité et objectifs de décarbonation : RTE se montre optimiste pour 2030

RTE appelle à accroître l’effort sur le développement des parcs éoliens et solaires pour atteindre les objectifs de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).

© Chris New / Parc de St-Nazaire

Le gestionnaire français du réseau haute tension (RTE) se montre optimiste en matière de sécurité d'approvisionnement de l'électricité à horizon 2030, mais appelle à une vigilance accrue pour les trois prochains hivers, sur la base de son bilan prévisionnel présenté mercredi 24 mars. La décennie qui vient sera déterminante en matière d'électrification et de décarbonation de l'économie.

Électrifier pour mieux décarboner… Tout en maintenant un approvisionnement sécurisé. Le système électrique français sera soumis à de nombreuses évolutions au cours de la décennie qui s’ouvre, comme l’a rappelé, mercredi 23 mars, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) dans son « Bilan prévisionnel », un diagnostic prévu par la loi sur les perspectives d’évolution du système électrique de 2021 à 2030.

« À l’horizon 2030, le système électrique français sera prêt à répondre aux mutations de l’économie et aux nouveaux modes de consommation », a souligné Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE lors d’une conférence de presse dédiée à la présentation de leur rapport. Mais avant d’atteindre son rythme de croisière à la fin de la décennie, le système électrique risque d’être soumis à des zones de turbulences : les années 2021-2024 nécessiteront une vigilance accrue en matière de sécurité d'alimentation, tandis que celles de 2024-2026 seront déterminantes pour la transition énergétique.

Flux tendu pour les trois hivers à venir

Au cours des trois prochains hivers, le marché risque de subir un déséquilibre entre l’offre et la demande pendant une durée supérieure aux trois heures par an, ce qui va à l’encontre du code de l’énergie. « L’hiver 2021-2022 présente un profil similaire à celui de l’hiver passé et sera placé sous "vigilance particulière" », a expliqué M. Piechaczyk. De faibles marges qui s’expliquent surtout par une moindre disponibilité du parc nucléaire – qui fournit plus de 70 % de l’électricité dans l’Hexagone –, en raison des opérations de grands carénages prévues par EDF sur cette période ainsi que d’autres travaux de maintenance qui n’ont pas été réalisés à cause de la crise sanitaire.

Le retard de l’EPR de Flamanville ainsi que les retards successifs des parcs éoliens en mer [voir graphe ci-dessous] et des moyens de production solaire contribuent également à fragiliser les niveaux d’approvisionnement d’électricité entre 2021 et 2024, selon RTE.

Avancée des projets de parcs éoliens en mer depuis le dernier Bilan prévisionnel de RTE de 2019. / © RTE

Un virage à bien anticiper, entre 2024-2026

RTE considère que les lois et règlements adoptés en France pour aligner la politique énergétique sur l’objectif de neutralité carbone en 2050 devraient produire leurs premiers effets concrets.

« À cette date, la consommation devrait avoir retrouvé son niveau d’avant-crise sanitaire [autour de 471 TWh] avec la reprise de l’activité économique, a pointé le président du gestionnaire du réseau haute tension. C’est également le moment où débuteront des transferts d’usage visibles vers l’électricité », poursuit-il. L’électrification des modes de transport (avec plusieurs millions de véhicules électriques en circulation), la sortie des chaudières au fioul dans le bâtiment ou encore le développement d’électrolyseurs pour produire de l’hydrogène bas-carbone devraient en effet représenter une consommation de l’ordre de 14 TWh, d’après les estimations de RTE, soit environ 3 % de la consommation électrique.

Le système électrique devrait retrouver des marges d’exploitation acceptables « sans toutefois être confortables », a tenu à préciser Xavier Piechaczyk. La mise en service de l’EPR de Flamanville devrait contribuer à cette amélioration, de même que la mise en service des parcs offshore et des énergies renouvelables terrestres. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit une forte accélération du rythme de développement d’ici 2025, que ce soit pour l’éolien terrestre (plus 2 GWh/an), l’éolien en mer (1 GWh/an) ou le photovoltaïque (3 GWh/an). « Même en tablant sur des rythmes effectifs en retrait par rapport aux ambitions, la tendance de fond à la progression de l’énergie éolienne et solaire demeure et emportera des conséquences concrètes en matière d’approvisionnement en électricité », est-il souligné dans le document de RTE.

« Le pays doit faire un effort supplémentaire, car les énergies renouvelables font désormais partie de la sécurité d’approvisionnement », a insisté Xavier Piechaczyk. RTE appelle ainsi à « accroître l’effort sur [leur] développement pour atteindre les objectifs de la PPE » et se positionne en défaveur de la fermeture d’une à deux tranches nucléaires en 2025 et 2026, estimant que ces réacteurs contribuent, à court terme, à la sécurité d’alimentation.

Accélération autour de 2030

Bonne surprise à horizon 2030 : le niveau de sécurité en matière d’approvisionnement s’améliore nettement, alors que de plus en plus de secteurs (transport, industrie, bâtiment) vont basculer vers l’électricité à des fins de décarbonation. Faisant l’hypothèse que la trajectoire prévue par la PPE et la Stratégie nationale bas-carbone sera suivie, RTE estime que l’augmentation de la consommation d’électricité restera modérée, atteignant 500 TWh en 2030 (+5 % par rapport à 2019). Un paradoxe qui s’explique en partie par les progrès de l’efficacité énergétique de l’éclairage, des moyens de cuisson et de chauffage notamment, traditionnellement utilisés lors des pointes hivernales.

Le gestionnaire du réseau estime également l’approvisionnement d’électricité plus confortable à horizon 2030 en raison du « découplage entre la croissance de la consommation et les pointes de consommation inélastiques », pointe Xavier Piechaczyk. Et d'expliquer : la production d’hydrogène par électrolyse et la recharge du véhicule électrique devraient par exemple occuper des tranches horaires de faible prix, donc hors tensions sur l’équilibre offre-demande.

Évolution comparée de la consommation en énergie et de la pointe de consommation non-flexible dans le scénario d’atteinte des objectifs publics (base 100 en 2001). / © RTE

Objectif décarbonation

Si le système électrique est amené à évoluer fortement ces prochaines années, c’est bien dans l’optique de décarboner l’économie afin de limiter le réchauffement climatique. D’après RTE, l’atteinte (même partielle) des objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie et de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) permettra une baisse des émissions de CO2 de l’ordre de 30 à 40 MtCO2 par an en France. Les transferts d'usages vers l'électricité participent à cette réduction à hauteur de 20 à 30 MtCO2 annuel, tandis que les transformations dans la production d’électricité elle-même contribuent à la baisse de 10 MtCO2 par an.

Ces réductions, rendues possibles par la hausse de l'électrification (consommation et production), représentent 34 % de l’objectif global porté par la PPE et la SNBC de réduire de 40 % les émissions de CO2 (par rapport au niveau de 2019) en 2030. L'électrification participe à la décarbonation, mais ne s'y substitue pas.

Évolution des émissions de CO2 (en 2030 par rapport à 2019) liées aux transformations du système électrique (consommation et production). / © RTE

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