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SD Tech fait parler la poudre

Christian Guyard

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SD Tech fait parler la poudre

Les poudres sont présentes dans presque tous les secteurs de l'industrie avec des besoins différents. SD Tech propose une approche par matière qui s'appuie sur une maîtrise scientifique de la micronisation.

© D.R.

Cette jeune société apporte du service en amont et en aval de l'opération de broyage, et injecte de la science dans cette activité encore empirique. Sans oublier la simple prestation de broyage.

Sept produits industriels sur dix sont livrés sous forme de poudre ou passent par une étape poudre. Il n'existe pratiquement pas de domaines où les poudres ne sont pas présentes. Elles se caractérisent par leur nature chimique, parfois minéralogique, par la forme des grains et la répartition granulométrique. « L'important dans une poudre, c'est la ou les propriétés fonctionnelles que l'on souhaite atteindre, pour la poudre elle-même ou pour le produit final dans lequel elle sera incorporée », souligne Jalil Benabdillah. Le fondateur de SD Tech, avec son ami d'enfance Aziz Aït Amer - tous deux docteurs issus de l'École des mines d'Alès -, pourrait parler des poudres à l'infini. Mais c'est aussi une personne pragmatique : le créneau visé par l'entreprise est la micronisation, c'est-à-dire la réduction en poudres fines de matériaux solides d'où le nom de la société SD Tech pour Solides Divisés Technologies. « Nous avons une vision de chercheurs avec le souci de répondre aux problèmes industriels. Nous avons une approche par matière, quelle que soit sa nature, en nous reposant sur les théories de la fragmentation, sans nous spécialiser sur un secteur en particulier et en ayant une réponse à tous les niveaux : tests, essais, pilote, production. La valeur ajoutée apportée au client est primordiale. »

Le milieu des poudres est encore assez fermé car chaque secteur est très différent des autres et a des besoins différents. Chacun a ainsi développé ses propres savoir-faire : ciments, abrasifs, pigments colorés, produits chimiques, médicaments, etc. Les industriels disposent de leurs propres capacités de production selon leurs procédés. Il existe aussi de la sous-traitance de broyage capacitaire lorsqu'un industriel ne souhaite pas réaliser cette opération ou que ses installations sont saturées. Ce qui sera un essai chez un cimentier sur quelques dizaines de tonnes représente la production d'une ou plusieurs années d'un principe pharmaceutique.

Une expertise reconnue par les plus grands

Au-delà de ces différences, tous les secteurs se retrouvent sur des points communs comme l'analyse des poudres, les problèmes de coulabilité et de rhéologie, la sécurité, la compréhension des phénomènes, la consommation d'énergie du broyage (à peine 3 % de l'énergie injectée dans un broyeur sert à casser les grains).

C'est précisément sur ces besoins communs que mise Jalil Benabdillah pour développer la société, avec un objectif : mettre plus de science dans le broyage, opération millénaire encore marquée par de l'empirisme car tout n'est pas encore expliqué. « À la création de l'entreprise, fin 1999, nous ne visions que la sous-traitance de broyage. Très vite nous nous sommes aperçus que les clients voulaient plus qu'une prestation de broyage. Ils souhaitaient mieux qualifier leur produit, améliorer les propriétés d'usage, avoir du conseil sur les procédés ou pour monter un projet ; cela nous a conduits jusqu'à assurer l'ingénierie et suivre la mise en route d'une installation. Nos clients ont aussi des besoins en formation sur le broyage, sur la sécurité. Nous leur offrons tout cela. »

La stratégie de l'entreprise est là : analyses, prestations, préconisations d'équipements, formation. Une stratégie qui s'est construite depuis cinq ans en gagnant peu à peu la confiance des grands groupes clients (Saint-Gobain, Lafarge, Sanofi, CEA, Bolloré...), des fournisseurs et organismes de recherches pour les journées techniques : Chilworth pour la démarche Atex, Inra sur l'agroalimentaire, Malvern Instruments pour la caractérisation. Un avantage de SD Tech dans ces réunions est précisément que la société n'a rien à vendre, si ce n'est de la matière grise.

Un créneau porteur validé par une étude

Cela ne s'est pas fait tout seul. Dans la phase d'incubation de l'entreprise sur la technopole d'Alès, les créateurs de SD Tech ont voulu confirmer leurs idées sur le terrain en réalisant leur propre étude technico-scientifico-économique (il n'existe pratiquement pas de chiffres sur ce domaine).

« Nous sommes allés en Chine, un pays qui a une grande tradition des poudres et qui a développé des connaissances scientifiques sur le sujet ; en Allemagne pour voir les équipementiers ; au Canada pour effectuer de la veille scientifique et découvrir les marchés en émergence ; au Maroc [les créateurs sont d'origine marocaine] pour ses ressources minérales ; nous avons visité des prestataires en broyage, participé à des salons et conférences internationales. Tout cela nous a confirmé que nous étions sur un créneau porteur. » Des visites qui ont aussi permis de détecter les inerties dans l'industrie et d'accepter l'idée que la réussite ne se fera pas en deux ans, plutôt en dix ; ici, ce n'est pas l'euphorie du successful business plan, plutôt la sérénité et la solidité.

Des solutions simples, robustes et durables

Un exemple, la collaboration avec le groupe ONA au Maroc. L'entreprise disposait d'un produit, de l'oxyde de cobalt vendu brut, sans valorisation particulière. Or, cet oxyde métallique a des applications notamment dans les batteries d'équipements portables et comme pigment. La collaboration a débuté sur une étude de faisabilité, poursuivie par un pilote de broyage de quelques dizaines de kilogrammes par heure et la définition d'une grosse installation de micronisation.

SD Tech a également assisté ONA lors de l'installation de l'équipement, des tests de vérification des performances, sans oublier la formation des équipes techniques. Une grosse opération pour la PME.

Des opérations plus simples apportent tout autant de valeur au client. Broyer n'est, en effet, pas une fin en soi, d'autant que l'opération consomme de l'énergie : pourquoi broyer un lot entier à 10 µm si 20 µm suffisent ? De même un tamisage préalable pourrait-il éviter du broyage ? Comment éviter les fines... ? « Nous souhaitons développer des solutions simples, robustes donc durables et moins coûteuses. Il faut souvent combiner des opérations pour optimiser un résultat et pas se contenter de faire un essai pour dire "ça marche, ou ça ne marche pas" ; faire de l'ingénierie. »

Jalil Benabdillah mise aussi sur des prestations complémentaires comme la granulation et l'enrobage de poudres qui intéressent le secteur alimentaire et au-delà.

L'OBJECTIF

- Réaliser le broyage des poudres juste suffisant pour atteindre les propriétés fonctionnelles requises, avec la meilleure technologie.

LES OUTILS

- Des moyens d'analyse importants, sur place (granulomètres) ou dans son réseau de partenaires (MEB, etc.) - Plusieurs types de broyeurs pour des productions de quelques grammes à plusieurs centaines de tonnes par mois.

L'ACTIVITÉ

- 5 personnes dont 3 docteurs ingénieurs ; huit fin 2006. - 200 000 à 350 000 euros de chiffre d'affaires, aux trois quarts sur la prestation à façon ; le reste à parts égales en vente d'équipements d'occasion et formation.

UNE UNITÉ DE PRODUCTION FONCTIONNELLE

- Le nouveau bâtiment de SD Tech a été pensé par les fondateurs de la société en fonction de la sécurité des personnes et de l'efficacité de production. Il comporte quatre parties : bureaux, réception-stockage des matières, production scindée en deux : minéral-chimie et environnement propre contrôlé. Les broyeurs sont alimentés par gravité depuis une mezzanine. Chacune des 14 alvéoles de production est fermée par une porte ; les parois sont conçues pour être nettoyables à grande eau ; l'ennemi ici c'est la poussière ! Il ne faut pas de contamination croisée. L'unité est reconfigurable L'alimentation en air comprimé à 10 bars est centralisée avec une réserve tampon pour les broyeurs pneumatiques. Les mesures d'hygiène et de sécurité sont très strictes, allant jusqu'au travail en scaphandre sous pression en cas de besoin.

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