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Santé et environnement : un problème complexe

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Lyon, 30 novembre – 3 décembre. A Pollutec on a pu noter que le sujet des relations santé-environnement prennent de l’importance. La France est-elle crédible dans son action sur l’environnement?

Premier jour faste à Eurexpo pour l’ouverture de Pollutec, mardi. Certains exposants affirment avoir quasiment doublé le nombre de leurs contacts commerciaux (et pas des touristes, du concret !).

Si l’activité économique générale est morose, celle des activités relatives à l’environnement ne connaît pas la crise. Avec en plus des stratégies offensives des régions françaises et européennes et de certains pays qui apportent les savoir-faire et technologies de leurs entreprises.

Preuve s’il en est qu’au travers des activités industrielles les régions souhaitent montrer leur attachement aux activités d’environnement et même leur volonté de créer des activités nouvelles en relais d’activités lourdes passées comme c’est le cas du Pôle Eco-industries d’Alès, le Nord Pas de Calais ou quasiment ex-nihilo comme sur la région de Chambéry qui reçoit Ines, le futur Institut National de l’énergie solaire.

Pollutec c’est aussi une kyrielle de conférences dont l’affluence prouve l’intérêt et le besoin d’information de tous.

Cette année l’Observatoire pour la qualité de l’air intérieur organisait sa deuxième conférence. Si les problèmes de pollution de l’air atmosphérique et les émissions ont largement trouvé leurs réponses aujourd’hui, la qualité de l’air intérieur apparaît comme une gigantesque inconnue : besoin de qualifier les produits et particules présents dans l’intérieur (et ils sont nombreux), de déterminer les sources, de comprendre les mécanismes d’exposition des personnes qui dépendent évidemment de leur pratique. Pas simple !

D’autant plus qu’une personne doit être considérée dans sa globalité, c’est à dire prendre en compte les expositions aussi dans les transports et sur les lieux de travail, de loisirs. Les réponses à ces problèmes de qualité d’air intérieur sont différentes selon qu’il s’agit d’habitat neuf ou d’habitat existant.

Certes il faut dès aujourd’hui construire des bâtiments sains, peu consommateurs d’énergie voire producteurs d’énergie car cet acte engage l’avenir pour les 50 à 100 ans à venir. Mais le plus gros de l’action doit porter sur le patrimoine immobilier existant car on sait que le renouvellement du parc immobilier est de l’ordre de 1 % par an. Les participants à cette journée ont d’ailleurs souligné que les réponses sont loin d’être uniquement technologiques. L’aspect financier est loin d’être négligeable : toute mesure incitative sur l’adoption de matériaux plus sains, d’équipements plus efficaces apporte un effet de levier important.

Reste qu’un gros effort d’information et d’éducation de tous les intervenants est indispensable : de l’architecte jusqu’à l’utilisateur en passant par tous les intervenants de la construction, les gestionnaires de parc immobilier et aussi les personnels médicaux qui doivent savoir déceler des affections qui relèvent de l’habitat pour agir d’abord sur les causes de l’affection.

Philippe Hubert directeur des risques chroniques à l’Ineris confirme le besoin du regard global nécessaire pour aborder la relation santé/environnement. Il relève que l’année 2004 a été fertile en faits de tous genres : directive biocide, élaboration du règlement Reach sur les substances chimiques, PNSE plan national santé environnement.

Tous ces textes entraînent un énorme besoin de connaissances et d’évaluation : l’environnement est-il responsable de 5 % ou de 80 % des cancers (les deux chiffres circulent). Problème complexe en raison des effets synergiques des différentes pollutions.

Il ne sera pas facile de raccorder la globalité des effets nocifs à l’interdiction ou à la restriction d’emploi d’un produit en particulier fabriqué par un industriel. D’où l’intérêt que les industriels concepteurs et producteurs doivent porter à l’évolution des réglementations en cours.

Un cri d’alarme

Corinne Lepage ancienne ministre de l’environnement a profité du salon pour stigmatiser la différence qui existe entre le discours officiel et la réalité de l’action. Un constat chiffré : le fait que la France ne prennent pas les mesures qui s’imposent sur le problème des nitrates en Bretagne et sur le Marais poitevin lui coûte en astreinte 152 000 Euro par jour ! soit plus de 55 Meuros  par an (à rapprocher du budget de l’Ademe par exemple).

Certes cet argent n’est pas payé car il vient en déduction des versements européens à la France. Comme la France est condamnée 3 à 4 fois par an pour des problèmes de mauvaises transcriptions de directives, la note est salée.

Corinne Lepage évoque également la perte de crédibilité de la France qui ne consacre pas assez de moyens à la surveillance de l’environnement et surtout au rassemblement homogène des données alors que l’Agence Européenne de l’Environnement fait un gros effort actuellement pour unifier les données environnementales.

Comment la France pourra-t-elle peser dans des négociations si elle n’est pas capable de produire des chiffres fiables. Si l’on voulait vraiment changer les choses, parvenir à remplir les objectifs fixés en matière énergétique et d’émission des gaz à effet de serre il faudrait que l’on dépasse le stade de l’incitation et passer à l’obligation : l’Etat doit donner l’exemple dans ses réalisations. (bâtiments par exemple).

Mais pour l’ancienne ministre de l’environnement il faudrait que les citoyens soient réellement informés pour exercer une pression suffisante et contrer les lobbies comme celui du nucléaire . Pour apporter une dynamique de changement de la part de l’industrie en sortant des discours convenus, C Lepage lance un club d’entreprises intéressées par une économie responsable.

Exemple des pesanteurs, le faible développement de la petite hydraulique. Si la France veut honorer ses engagements en matière d’énergie renouvelable (passer de 15 à 21 %) et de réduction de gaz à effet de serre il faut mobiliser tous les moyens. La petite hydraulique en est un comme l’éolien explique Ghislain Weisrock du GPAE un groupement de producteurs d’électricité. Le potentiel supplémentaire mobilisable en France est de l’ordre de 1000 MW ce qui ferait passer la production de 7 TWh à 12 TWh/an.

Ceci serait possible en réalisant 700 nouvelles installations et en réhabilitant 300 existantes. Mais il faudrait pour cela simplifier les procédures d’autorisation et réviser le classement des rivières qui interdit quasiment toute nouvelle installation aujourd’hui.

 Jacques Fonkenell directeur technique de VA Tech Bouvier Hydro indique qu’il existe une large palette de solutions techniques pour aménager les sites, depuis des chutes de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres et sur une large gamme de débits. Ce qui n’empêche pas la poursuite du développement pour l’exploitation de chutes de  seulement 1 à 2 m, de turbines plus respectueuses des poissons.

La complication administrative n’est pas tout. Les fervents de la petite hydraulique accusent EDF de pratiquer un politique de raccordement très parcimonieuse et coûteuse. Reste que les nouvelles implantations ne se feront que s’il existe une bonne concertation entre les investisseurs et les structures et collectivités locales avec l’appui des scientifiques pour bien estimer l’impact d’une nouvelle installation.

Du dialogue et de la matière grise il en faut aussi pour résoudre le problème du confort d’été dans les bâtiments. La canicule de 2003 a laissé des traces ! Est-ce une raison pour se précipiter vers la solution technologique toute faite : la climatisation ? La table ronde organisée par l’Ademe sur le sujet a répondu clairement qu’avant d’investir en climatisation, il fallait faire un diagnostic sérieux du problème qui touche aussi au comportement des habitants.

Il existe un fort potentiel d’économies d’apport de chaleur avant de recourir à la solution “facile“ de la climatisation, forcément consommatrice d’énergie. Là encore la prévention est préférable et les solutions à faible énergie existent : le puits canadien suscite beaucoup d’intérêt en ce moment (canalisation souterraine qui réalise un apport d’air tempéré dans l’habitat, frais en été, relativement plus chaud en hiver).

 Mais Brigitte Brogat conseiller technique à l’Union Sociale de l’Habitat (4 millions de logements) souligne la difficulté à imposer des solutions intelligentes  et pérennes face à la pression du secteur de la climatisation.

Pour exprimer un sentiment sur la période actuelle, les solutions techniques actuelles sont largement suffisantes pour résoudre bon nombre de problèmes actuels, la volonté politique devrait être beaucoup plus affirmée pour fixer des objectifs clairs et mesurables.

Christian Guyard à Pollutec


 

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