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Saint-James accroît sa production de masques à usage non-sanitaire grâce au tricotage 3D

Kevin Poireault

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Saint-James accroît sa production de masques à usage non-sanitaire grâce au tricotage 3D

© Tricots Saint-James

Les Tricots Saint-James, installés près du Mont-Saint-Michel, dans la Manche, se sont rapidement lancés dans la fabrication de masques de protection contre le Covid-19 cousus main, à partir des rouleaux de tissus destinés à fabriquer ses marinières. Aujourd’hui, l’atelier se tourne vers un procédé plus mécanique, le tricotage 3D, qui va lui permettre d’atteindre une production de 4 300 masques par jour.

Alors que la filière textile française s’est « lancée en un temps record » pour pallier la pénurie de masques de protection contre le Covid-19, jugeait Capucine Mercier, PDG du fabricant de protections hygiéniques PliM et cheffe de file de la fabrication de masques en Nouvelle-Aquitaine dans les colonnes d’Industrie & Technologies, elle se prépare aujourd'hui au déconfinement en haussant sa production. Niché dans le village de Saint-James, près du Mont-Saint-Michel, un atelier de confection de pulls en laine et de marinières en coton, Tricots Saint-James, s’apprête à passer de 1 300 à 4 300 masques produits par jour, sans devoir rappeler davantage de personnel que les 20 employés qui se sont portés volontaires pour l’occasion, sur 300 habituellement.

Ce changement d’échelle est rendu possible grâce au tricotage en 3D (ou « spacer fabric »), une technique de tricotage intégral, sans assemblage, à l’aide de métiers à tisser circulaires à mailles cueillies, c’est-à-dire des boucles répétées successivement dans la largeur qui s'entrelacent en se superposant dans la longueur. « Ce modèle en tricotage 3D, que l’on appellera "masque 3D", a été validé par de la Direction générale de l’armement (DGA) le 8 avril et certifié en masque à usage non-sanitaire 1 (UNS 1), l’une des deux nouvelles catégories de masques de protection créées par le gouvernement à cause de la pandémie, détaille Luc Lesénécal, PDG des Tricots Saint James. Nous pourrons produire 3 000 par jour de ce type de masque. »

Partir des stocks de coton pour marinières

Ces « masques 3D » s’ajouteront aux 1 300 « masques rayés » par jour que Tricots Saint-James fabrique depuis le début de la crise. « Pour le premier modèle, nous avons joué l'urgence, précise Luc Lesénécal. Nous sommes partis de rouleaux de tissus déjà prêts pour nos marinières. Pour ce nouveau modèle, on repart de fils de coton à tricoter. »

En effet, cet atelier textile ancestral, fondé en 1889, s’est lancé très tôt dans l’aventure de la confection de masques. « Le lendemain de l’allocution du président de la République, le mardi 17 mars à midi, nous avons été contraints de fermer l'atelier - dont l'activité est toujours suspendue, raconte le PDG. Dès le mardi après-midi, nous nous sommes demandé ce que l'on pouvait faire pour aider et nous en avons discuté avec les chirurgiens et les épidémiologistes du Groupe Hospitalier Mont Saint-Michel (GHT), qui nous confirmaient qu’ils étaient en manque de masques. »

Ayant remarqué le cahier des charges pour fabriquer des masques publié par la CHU de Lille, Luc Lesénécal et son équipe se sont lancés. Puis, tout a été très vite : « Nous avons travaillé sur un prototype le 18 et 19 mars avec nos stocks de coton pour marinières. Le 19 mars, dans l’après-midi, le GHT nous a confirmé son intérêt pour récupérer nos masques. »

Un premier modèle de masques 3 couches

La production débute dès le lendemain, le 20 mars. « Ce sont des masques trois couches : une couche extérieure avec un tissu de marinière rayée, que nous avons chez nous, une couche intérieure du même tissu mais uni et entre les deux, nous ajoutons un molleton en coton. On fait deux assemblages de ce type, puis l'on coud l'ensemble des six éléments pour épouser la forme basse du visage. » Le procédé prend 12 minutes, assure Luc Lesénécal.

Dans l’atelier, une vingtaine de volontaires seulement est nécessaire, mais le PDG a privilégié le personnel qualifié : « Pour l’assemblage, nous utilisons deux techniques de coutures spécifiques, le surjet et le piquage. Ce qui limite la production, c'est le nombre de surjeteuses et de piqueuses disponibles. L'autre masque est tricoté en 3D. L'intervention humaine sera réduite et ne nécessitera pas de surjeteuse ou de piqueuse. »

Le même jour, les premiers échantillons sont envoyés à la DGA, qui répond quelques jours plus tard, le mardi 24 mars. « Ils ont validés la filtration et la respirabilité de nos masques », indique Luc Lesénécal. Néanmoins, pas de certification FFP1 en vue, les masques de Saint-James ne devraient pas être destinés au personnel médical. Mais cela ne pose pas de problème, le PDG s’était arrangé avec la communauté locale : « Rapidement, nous avons donné 3 500 masques à une entreprise de l'industrie pharmaceutique à Granville afin qu'elle envoie son stock de milliers de masques FFP2 au Centre hospitalier d'Avranches-Granville et à destination de tout le GHT », glisse-t-il.

Pour les professionnels en contact avec le public

Ce qu’il ne sait pas alors, c’est que le gouvernement planche en même temps sur la création de deux nouvelles catégories, UNS 1 et UNS 2, pour des usages non-sanitaires. Le 27 mars, les masques de Saint-James sont certifié UNS 1, soit des « masques à usage des professionnels en contact avec le public », récite Luc Lesénécal. Le 1er avril, ils sont de nouveau requalifié UNS 1 « après lavage », un critère évalué par l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH), pas pris en compte par la DGA avant cette date.

Quelle différence entre les masques UNS 1 et UNS 2 ?

La note d’information interministérielle du 29 mars définit deux catégories de masques à usage non sanitaire (UNS), comme suit :

  • Catégorie 1 « UNS 1 » : Masque individuel à usage des professionnels en contact avec le public. Ce masque est destiné aux personnels affectés à des postes ou missions comportant un contact régulier avec le public. (Filtration > 90% pour 3 microns, Respirabilité > 96%)
  • Catégorie 2 « UNS 2 » : Masque à visée collective pour protéger l’ensemble d’un groupe portant ces masques. (Filtration > 70% pour 3 microns, Respirabilité > 96%)

 



« Parallèlement, nous sommes en train de terminer la livraison, directe cette fois, de 3 500 autres masques au GHT, ajoute le PDG. Ceux-ci seront destinés aux personnes qui ne sont pas en contact avec les malades afin, là encore, de réserver les FFP2 aux personnel soignant en contact avec les patients. » Quant au futur masque 3D, il devrait, lui aussi entrer dans cette catégorie UNS 1.

Parmi les premiers à avoir pris contact avec le Comité stratégique de filière (CSF) Mode & Luxe, qui a structuré la filière et mis en ligne les matières disponibles, notamment – « C'est comme ça que l'on a pu s'approvisionner en molletons », glisse Luc Lesénécal – le PDG félicite les pouvoirs publics pour leur réactivité et tous les acteurs de la filière pour avoir su se mettre en réseau. « Entre industriels, nous avons réussi à nous parler. C'est le bon côté de la crise sanitaire. »

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