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Saint-Gobain : innovateur depuis 350 ans !

Jean-François Preveraud
Saint-Gobain : innovateur depuis 350 ans !

350 ans d'innovations, cela méritait bien un timbre ... novateur.

© DR

Saint-Gobain célèbre ce mois-ci les 350 ans de la signature par Louis XIV des lettres patentes créant la Manufacture royale des Glaces, qui est à l’origine du groupe. L’occasion de retracer à travers de multiples évènements une histoire où l’innovation est présente à chaque page. Une exposition à Paris et un site web sont consacrés à cette célébration.

350 ans d’histoire, de savoir-faire et d’innovation ! C’est le résumé lapidaire de l’un des plus grands groupes industriels français, Saint-Gobain.

Il est en effet issu de la Manufacture royale des glaces de miroirs créée en octobre 1665 par Louis XIV, à l’initiative de son ministre Jean-Baptiste Colbert, pour contrer la suprématie vénitienne dans la fabrication des glaces et des miroirs de grandes dimensions. Une manufacture qui, bien qu’initiée par le pouvoir royal, était de droit privé. Dirigée par le financier Nicolas du Noyer, receveur général des tailles à Orléans, elle prit le nom de Compagnie du Noyer et commença ses activités rue de Reuilly dans le faubourg Saint-Antoine à Paris, grâce à des maitres-verriers italiens, venus monnayer leur savoir. La production débuta l’année suivante, mais il fallut attendre 1672 pour qu’elle soit de qualité. Entre temps, la fabrication dirigée Richard Lucas de Nehou a été délocalisée en 1667 à Tourlaville près de Cherbourg (Manche) où le bois nécessaire aux fours de fusion était nettement moins cher. Son premier ‘‘grand chantier’’ sera l'ornementation de la Galerie des glaces du Château de Versailles, construite entre 1678 et 1684. Une prouesse technologique pour l’époque.

La Galerie des Glaces

La Grande Galerie du Château de Versailles a été conçue par l'architecte Jules Hardouin-Mansart et construite entre 1678 et 1684. Longue de 73 m et large de 10,50 m, elle est éclairée par 17 fenêtres donnant sur les jardins, auxquelles font faces 17 arches revêtues de 21 glaces chacune, soit 357 miroirs.

Cette galerie d’apparat éblouit tous les visiteurs du roi et devint vite la Galerie des Glaces. Véritable prouesse technologique pour l’époque, ce fut le premier ‘‘grand chantier’’ de Saint-Gobain.

 

Du verre soufflé au verre coulé

Parallèlement, d’autres entreprises se sont elles aussi lancées dans la fabrication de glaces, des verres épais destinés à la fabrication des miroirs. Et c’est chez l’un de ces concurrents, la Compagnie Thévart, que Louis Lucas de Nehou, neveu de Richard, mit au point en 1688 un procédé qui révolutionna la fabrication. Jusque-là les glaces étaient fabriquées en deux étapes. On soufflait tout d’abord une bouteille, puis on l’entaillait à chaud suivant une génératrice et on la mettait à plat sur une table métallique. Ce procédé limitait la taille des glaces et provoquait des imperfections et des variations d’épaisseur du verre, néfastes à la qualité optique du produit fini. Le procédé de Nehou faisait lui appel à la coulée du verre en fusion sur une table métallique et à sa mise à la bonne épaisseur grâce à un cylindre en fonte roulant sur deux règles placées sur les bords.

                   
 Pour célébrer ses 350 ans Saint-Gobain a modélisé et animé en 3D le site industriel de Saint-Gobain au XVIIe siècle

En 1692, la Compagnie Thévart s'installe à Saint-Gobain, dans l'Aisne. En 1695, les deux concurrents finissent par fusionner pour former la Compagnie Plastrier. Mais elle fait faillite en 1702 et est reprise par un groupe de banquiers genevois, mené par Jacques Buisson et la famille Saladin. Elle prend alors le nom de Compagnie Dagincourt. Peu à peu toute la production est concentrée sur le site de Saint-Gobain qui a été modernisé par Pierre Delaunay-Deslandes entre 1758 et 1789.

La construction d’un groupe

A la Révolution française, le privilège de la Manufacture est supprimé et le marché, très orienté vers l’international, s’effondre. Il faudra attendre 1830 pour que ses activités aboutissent à la création de la société anonyme Saint-Gobain, qui va aussi débuter la commercialisation de produits chimiques fabriqués à base de soude (nécessaire à la fabrication de la glace) dans son usine de Chauny.

                   
           Les glaces de grandes dimensions présentées par Saint-Gobain
                          à l'Exposition universelle de Paris en 1855

En 1858, Saint-Gobain absorbe une maison concurrente, Saint-Quirin. La nouvelle Manufacture des glaces et produits chimiques de Saint-Gobain, Chauny et Cirey acquiert une dimension internationale en s’implantant en Allemagne (1858), puis en Italie (1888), en Belgique (1898), aux Pays-Bas (1904) et en Espagne (1905). Entre temps, en 1872, Saint-Gobain fusionne avec la Maison Perret-Olivier, premier producteur français d’acide sulfurique, et renforce ainsi sa branche chimie. Saint-Gobain sera coté de manière pérenne à la Bourse de Paris dès 1902.

De l’entreprise verrière à la multinationale

Au fil du temps, Saint-Gobain a su adapter ses produits verriers à l’évolution de l’architecture, profitant notamment de l’architecture de fer pour participer au développement d’immenses verrières couvrant les gares, les galeries marchandes, les passages couverts, les musées, etc. Autre évolution importante dans les années 20 et 30, la verrerie à destination de l’automobile avec notamment l’apparition du verre trempé Securit largement utilisé pour les parebrises. C’est aussi l’époque où le groupe crée Isover pour développer les isolants à base de laine de verre. Le groupe se développera aussi dans de multiples autres secteurs industriels autour du verre (bouteille, optique, fibre de verre…). Mais cela attire les prédateurs.

Un timbre novateur

La Poste a édité un timbre commémoratif original qui allie l’impression de 2 couches d’argent métallique, apportant un effet miroir innovant rappelant le métier historique de Saint-Gobain, et la technique traditionnelle de la taille-douce. Gravé par Elsa Catelin, il a été tiré à 1,2 million d’exemplaires.

 

En 1968/69, BSN, dirigé par Antoine Riboud, tente de prendre le contrôle de Saint-Gobain via une OPE qui échoue, mais laisse Saint-Gobain dans une situation financière difficile. C’est pourquoi en 1970 Saint-Gobain fusionne avec Pont-à-Mousson qui fabrique des tuyaux de fonte. De ce mariage de la carpe et du lapin, émergera un groupe renouvelé et consolidé. Saint Gobain-Pont-à-Mousson se retire peu à peu des secteurs de la chimie, du pétrole, de la sidérurgie, du papier-bois et du nucléaire et se lance brièvement dans l’informatique (CII-Honeywell-Bull) et les travaux publics.

Saint-Gobain sera nationalisé en 1982, puis re-privatisé en 1986, ce qui permettra aux salariés de faire une entrée significative dans le capital. Le groupe poursuivra son internationalisation (Pays de l’Est, Asie), avant de faire l’acquisition de l’américain Norton (abrasifs, céramiques…) en 1990 et d’entrer dans le domaine de la distribution avec l’acquisition de Poliet (Point P, Lapeyre, Weber & Broutin…) en 1996. Une diversification dans la distribution qui se poursuivra dans les années 2000, notamment à l’international.

Au service de l’habitat durable et confortable

En ce début de XXIe siècle, Saint-Gobain centre sa stratégie sur l’habitat durable, tout en continuant à servir de nombreux marchés industriels. Il s’est pour cela doté de deux vitrines en 2011. Le DomoLab à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) est destiné aux prescripteurs et architectes. Cet espace futuriste leur permet d’expérimenter les conforts procurés par les matériaux du Groupe au service de l’habitat.

                  
                    Le DomoLab, centre d'innovation pour l'habitat

La Maison Multi-Confort à énergie positive de Beaucouzé, près d’Angers (Maine-et-Loire), associe les produits d’une quinzaine de marques issus des différentes activités du Groupe, pour construire et rénover des bâtiments résidentiels et tertiaires à très haute performance énergétique satisfaisant aux exigences des cinq conforts : thermique, acoustique, visuel (apport de lumière et esthétique), sanitaire (qualité de l’air) et modularité et sécurité des personnes.

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.saint-gobain350ans.com

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