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Robots militaires : la fin des illusions ?

Jean-François Preveraud
Robots militaires : la fin des illusions ?

Le Robot MRK M/S Wolf-2 devrait aider à surveiller les sites de missiles balistiques russe vers 2020

La guerre sera-t-elle une affaire de robots ? Rien n’est moins sûr si l’on en croit un article paru récemment dans la revue DSI, sous le titre Robotique terrestre, le grand désenchantement ? Performances, polyvalence, autonomie, discrétion, l’auteur y aborde tous les problèmes et explique que les crédits sont revus à la baisse.

Dans le numéro de février de la revue Défense & Sécurité Internationale, Philippe Langloit, chargé d’études au Centre d'analyse et de prévision des risques internationaux (Capri) y explique que : « le remplacement des yeux et des bras de l’homme par des moyens robotisés impose une technicisation accrue des armées, qui n’est pas sans poser des problèmes, tant en termes d’autonomie que de sécurité des échanges d’informations et de contrôle des plates-formes ». Et ce quel que soit le mode de fonctionnement retenu : la télé-opération, l’autonomisation, un mixte des deux.

Car les robots, pour être efficaces et suffisamment polyvalents sur le terrain, doivent embarquer de multiples capteurs spécialisés dotés de moyens de transmission sécurisés, disposer de moyens de déplacement assez grands susceptibles d’affronter tous les obstacles qu’ils peuvent rencontrer, donc d’actionneurs et de réserves d’énergies encombrants. Autant d’éléments contribuant à l’augmentation de la taille des robots, ce qui nuit à leur furtivité et à leur discrétion. « La solution pourrait être dans un usage accru de la 3e dimension. Mini et micro-drones offrent à cet égard une plus-value certaine, notamment en termes de discrétion ». Encore faut-il trouver le bon compromis technique entre la miniaturisation, la prise au vent et les performances des capteurs.

Quelle sera la réaction du robot ?

Ce à quoi il faut ajouter pour les robots dits de combat avec une autonomie décisionnelle, le maintien à jour de la ‘‘zone interdite’’ qui garantit la sécurité des troupes amies. Ce qui n’est pas trivial dans une zone de combat par définition mouvante. « Dès lors, le robot peut devenir plus encombrant qu’autre chose pour le combattant au sol qui vu sa masse ne pourra pas l’emmener ». C’est ainsi qu’un robot envoyé pour évaluation en Afghanistan a fini entre les mains des Talibans. Pour les robots de transport, c’est le problème de leur réaction face à une embuscade, toujours possible, qui va se poser. La sensibilité de leurs capteurs aux menaces ennemies est pour le moment loin d’égaler l’instinct du combattant. Et leur apporter suffisamment d’intelligence conduit à un coût prohibitif. Ils ne pourront donc être utilisés que sur des itinéraires sécurisés donc loin de la ligne de contact, où ils doivent apporter leur cargaison. « Il est clair que les technologies actuellement disponibles ou qui le seront à court terme, ne permettent de remplir qu’une petite partie des missions allouées à un soldat, qui reste l’effecteur le plus polyvalent à disposition des armées ».

Une efficacité de la robotique qui doit aussi faire face à une complexification du rôle du combattant. Celui-ci n’est plus seulement le porteur/utilisateur d’une arme, c’est aussi un capteur/évaluateur dans des situations de plus en plus complexes où combattants adverses et populations sont souvent intimement mélangés. De plus, autant l’humain peut avoir un rôle rassurant vis-à-vis des populations, autant les robots risquent de ne rencontrer que l’hostilité. Ce qui irait à l’encontre de la mission globale.

Des réductions de budgets

« C’est en grande partie ce qui explique que si les démonstrations technologiques battent leur plein, il n’y a encore aucun robot de combat en service. D’ailleurs les budgets américains les concernant ont été réduits ».

                 
                       La Darpa vient d'arrêter le projet M-1219

Signalons toutefois au niveau des démonstrateurs, un récent film russe montrant un robot MRK M/S doté d’une mitrailleuse capable d’engager simultanément jusqu’à 10 cibles désignées par l’opérateur, qui devrait aider les soldats à surveiller les bases de missiles balistiques dès 2020. Mais ce robot, comme d’autres systèmes sud-coréen ou israélien, est destiné à opérer dans un environnement parfaitement bien défini où normalement aucun humain ne doit accéder.

Enfin, tous ces systèmes doivent communiquer, ce qui ne va pas manquer de saturer un environnement électromagnétique déjà bien encombré. De plus, leur motorisation apporte une signature électromagnétique et sonore forte, facilement identifiable, qui est totalement incompatible avec le combat d’infanterie. Après de multiples essais des démonstrateurs de Big Dog, la Darpa est arrivée à la conclusion que faire accompagner une section d’infanterie par un tel engin revient à la ‘‘monter’’ à l’ennemi.

Cela ne signifie pas la disparition des robots militaires, mais une plus grande sélectivité dans les rôles qui leur seront dévolus. « Nombre d’unités de déminage de par le monde utilisent avec bonheur des systèmes adaptés, tout comme les forces spéciales et certaines unités d’infanterie ont appris à utiliser leurs robots de reconnaissance pour ce qu’ils sont, un outil parmi d’autres à leur disposition ».

Comme dans bien d’autres domaines, le robot militaire ne sera pas universel.

Jean-François Prevéraud

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