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RNAworks durcit l'ARN

Michel Le Toullec
RNAworks durcit l'ARN

© DR

La start-up montpelliéraine a breveté une technique de modification chimique des acides ribonucléiques.

Chercheur à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) puis au CNRS, Andrew Goldsborough a créé, courant 2004, la société RNAworks, spécialisée dans la stabilisation des acides ribonucléiques (ARN). Les molécules d'ARN sont en effet sensibles à des agressions aussi diverses que les enzymes, la chaleur ou les ions métalliques. Ce qui rend évidemment leur manipulation très difficile. Pour rendre cette opération moins délicate, la start-up montpelliéraine propose une étonnante technique de protection de l'ARN.

Une haute résistance à la dégradation

Comparé à l'ARN initial, l'ARN modifié par la technique de RNAworks devient une cible très pauvre pour les ribonucléases : il est environ 10 000 à 100 000 fois plus résistant à la dégradation, selon Andrew Goldsborough. En outre, et c'est un autre atout, l'ARN est protégé au cours de toutes les étapes qu'il peut vivre par la suite : qu'il s'agisse de son transport, son stockage, son analyse par électrophorèse ou chromatographie ou encore de son traitement par centrifugation. Ainsi protégé, il peut être stocké à seulement - 4 °C, contre - 80 °C auparavant. Autre performance : protégé, l'ARN est davantage retenu (25 % en plus) sur une membrane d'hybridation en Nylon qu'un ARN standard, améliorant ainsi la sensibilité de la détection par Northern Blot.

Pour mettre au point son procédé, Andrew Goldsborough est parti du constat que l'ARN est sensible à la dégradation alors que l'ADN est, lui, très stable et robuste. Il a alors étudié ce qui différencie les deux molécules : l'ADN présente un hydrogène en 2' au niveau du sucre (ribose), alors que l'ARN présente un groupe OH. Le chercheur en a déduit que ce groupe OH en 2' était la cause de la fragilité de l'ARN. Ce groupe OH est en effet la cible sur laquelle agissent les ribonucléases, les alcalins et les ions métalliques. La solution développée par RNAworks consiste dès lors à modifier chaque OH en 2' de la molécule d'ARN avec un groupe de protection de manière à rendre impossible la dégradation. Le principe, que Andrew Goldsborough a pris le soin de breveter, est commercialisé sous le nom de MRT, pour Modified RNA Technology.

La modification est réversible

Si le schéma de cette approche est limpide, son application concrète l'est tout autant. Il suffit de mélanger l'échantillon d'ARN aux réactifs des kits développés par la société montpelliéraine et de laisser incuber pendant cinq minutes pour s'assurer que la réaction de stabilisation est achevée.

Cette réaction de modification est réversible : la restauration des groupes OH en 2' peut être effectuée en une étape.

RNAworks propose pour l'instant deux kits MRT-RNA. Le StabMRT convient à de nombreuses applications : Northern Blot et Dot Blot, électrophorèse et spectrométrie de masse. Le StabMRT Plus permet, en outre, de faire de la PCR en temps réel et convient à l'analyse sur biopuce.

D'autres gammes de produits sont en cours de développement. « Avec les deux kits actuels, le traitement chimique n'intervient que sur des échantillons d'ARN préalablement purifiés par le chercheur, explique Andrew Goldsborough. Ce ne sera bientôt plus nécessaire avec le kit StabMRT Purif que nous comptons lancer d'ici au mois de juin. Enfin, nous développons des kits qui sont spécialisés selon les cellules étudiées : végétales et animales. »

EN BREF

Le problème - Protéger et stabiliser les acides ribonucléiques (ARN) contre les agressions externes La solution - Le traitement chimique MRT rend les ARN 10 000 à 100 000 fois plus stables - Il s'applique à différentes opérations : Northern Blot, Dot Blot, électrophorèse, spectrométrie de masse, PCR temps réel.

STABILISER L'ARN EN 5 MINUTES

- Le kit MRT-RNA, de la société RNAworks, contient des réactifs qu'il suffit de mélanger avec l'échantillon d'acide ribonucléique pour modifier chimiquement chaque groupe OH en 2' au niveau du sucrose.

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