Nous suivre Industrie Techno

RFID : LE DÉFI DU TRAITEMENT DE L'INFORMATION

Youssef Belgnaoui

Sujets relatifs :

,
- Les étiquettes électroniques pourraient progressivement remplacer les codes-barres pour l'identification des marchandises. Une évolution qui impose des nouvelles solutions technologiques et un travail d'intégration.

Dans un monde parfait, les technologies d'identification par radiofréquence (RFID) ne connaîtraient aucune contrainte : pas de collisions des signaux, pas d'absorptions des ondes par des liquides, pas de réflexions parasites, pas de limite de distance de lecture, pas de problèmes de fréquence et de niveau d'émission, pas d'incompatibilité entre lecteur et étiquettes électroniques... Il est permis de rêver. Nous n'en sommes pas encore là. Si les solutions RFID progressent et que les projets pilotes se multiplient, de nombreux freins subsistent. Reste qu'une fois les principales contraintes surmontées, la RFID promet de belles perspectives aux logisticiens. Elle va permettre d'accélérer les processus d'identification qui existent déjà avec les codes-barres en éliminant la saisie manuelle. La collecte des informations sera plus rapide et plus fiable. Il faut donc se préparer à traiter ce flot de données.

Le middleware : interface privilégiée

En fait, les technologies du traitement de l'information existent, il suffit de les adapter. « L'impact de la RFID au niveau des systèmes d'information pose surtout un problème d'interface : connecter les lecteurs RFID avec les solutions informatiques », observe Sébastien Mioche, consultant logistique chez Elcimaï Conseil. Un pont doit être jeté entre la collecte des données et leur traitement par les dispositifs ad hoc. C'est là le rôle du middleware. « Il s'agit d'une couche logicielle technique qui fait l'interface entre deux machines, une machine et un progiciel ou encore deux progiciels », explique Vincent Menvielle, responsable RFID chez Manhattan Associates.

Ce fameux middleware est l'interlocuteur privilégié des lecteurs RFID. Il gère le réseau matériel et pilote les antennes. Il récupère et filtre les données. Aujourd'hui, la bonne pratique veut qu'une palette passe plusieurs fois sous une antenne. Le middleware va donc se charger de dédoublonner les informations redondantes. Il traitera également des signaux provenant de différents types de détecteurs. Puisque le processus de lecture des étiquettes est automatisé, des capteurs informeront, via un contrôleur, le middleware de la présence d'une palette dans le portique de lecture. « Le middleware déclenchera alors la collecte d'informations et élaborera les signaux d'alerte appropriés. Ces signaux commanderont, par exemple, l'éclairage d'un feu rouge ou l'arrêt d'un convoyeur pour empêcher l'entrée d'une nouvelle palette dans le tunnel de détection », indique Marc de Freminville responsable des ventes RFID Europe chez IBM.

Traiter les données dans un format logique

Couplé à un lecteur, les dispositifs de détection vont enrichir l'information. Ils permettront une utilisation opérationnelle des solutions RFID. Ainsi, la détection d'une palette dans un portique de lecture installé sur un quai de déchargement indique qu'il s'agit d'une entrée dans l'entrepôt. C'est justement le rôle du middleware de traiter toutes ces données et de les fournir au système d'information en les présentant sous un format et un contenu logique que les applications logicielles (gestion d'entrepôts, ERP, etc.) vont savoir gérer. « La lecture d'informations provenant d'étiquettes et de lecteurs RFID ne suffit pas. La compréhension du phénomène correspondant est indispensable. Il faut savoir si, par exemple, il s'agit d'une entrée ou d'une sortie de marchandises en entrepôt ou encore à quelle étape cela correspond dans le processus logistique », précise Stefan Therond, directeur de recherche aux Technologies Labs d'Accenture.

Définir la gestion de l'information par métier

Les données collectées en différents points de l'entrepôt par le réseau d'antennes de lecture devront être consolidées avant d'être transmises aux applications de gestion. « Leur agrégation et leur préparation sont indispensables car les logiciels de gestion d'entrepôts et autres ERP n'ont pas besoin des informations brutes. Cela permet d'envoyer un volume d'informations digérable par le système d'information », note Bruno Labidoire, directeur technique d'Informatica.

Une autre question se pose. De quelle manière connecter le middleware aux systèmes d'information pour assurer la pérennité du processus ? Réponse : via le workflow, l'environnement qui permet à l'utilisateur d'enchaîner un processus métier, et/ou via un EAI, qui intègre les flux et les messages entre applications. « Le middleware peut temporairement être intégré directement aux applications de gestion pour valider la valeur ajoutée métier de la RFID et éviter ainsi les coûts d'interfaçage avec le workflow ou l'EAI. Au final, ce sont des critères techniques (sécurité, volume et problématique d'échanges des données) et des critères métiers qui dictent la connexion du middleware », commente Pascal Nacache, directeur de projet chez CSC.

Pour chaque métier, la nature des informations à échanger sera différente selon le type de produit, l'organisation de l'entreprise, la manière dont les stocks sont gérés, la façon dont ses produits sont expédiés, etc. « Il faut définir des règles de gestion par métier afin de tirer, à partir d'un flot important de données, l'information métier utile à l'application », précise Bruno Labidoire d'Informatica.

La mise en place de matériels RFID exigera en outre un système de supervision des dispositifs d'encodage des étiquettes, des lecteurs, des antennes, etc. Tous les événements relatifs à ces matériels devront être acheminés vers une console d'administration qui traite les alertes, configure les équipements et met à jour le middleware.

À terme, la simplification de la collecte d'informations provenant d'étiquettes électroniques va entraîner la multiplication des points de lecture afin de maîtriser plus finement les processus de la chaîne logistique. Lorsque le coût des solutions RFID sera plus raisonnable, le réseau de collecte automatique sera plus dense. Ce qui va entraîner la massification des données et la nécessité de disposer de solutions capables de traiter ce flot d'informations sans ralentir le processus. Il faut donc préparer les bases de données et les systèmes informatiques pour qu'ils puissent faire face à cette croissance. « Si l'on remonte toutes les données en temps réel sur l'ERP, ce dernier risque de craquer. Il ne faudra pas transmettre tous les niveaux de détails mais seulement les données pertinentes à la fréquence adaptée à l'entreprise, à ses process et à ses produits », souligne Bruno Labidoire d'Informatica.

Autre évolution probable, la lecture des étiquettes électroniques sera automatique et systématique. Du coup, la transmission au fil de l'eau de données exigera une plus grande instantanéité dans le traitement de l'information qu'avec les systèmes par codes-barres. La croissance de la quantité de données à traiter en temps réel par différents systèmes et sur des plates-formes hétérogènes renforcera donc le besoin de solutions d'intégration de données. De ce fait, la RFID peut faire émerger de nouveaux processus décisionnels. « Aujourd'hui des données ne sont pas transmises aux décideurs car elles seraient obsolètes lorsqu'ils en prendraient connaissance. Avec la RFID, des informations pertinentes leur seront accessibles plus rapidement », observe Fabio Lovesio, responsable des opérations chez TXT e-solutions.

À terme, gérer l'unicité de l'information

À plus longue échéance, grâce à la collecte d'informations par voie radio, certaines entreprises chercheront à mettre en place des applications de traçabilité de leurs produits au niveau unitaire. La difficulté ne résidera pas dans la récolte d'un numéro mais dans la capacité de l'application à gérer l'unicité de l'information. « La traçabilité des produits agroalimentaires notamment est souvent contrainte au niveau du lot. L'aspect unitaire change la manière d'organiser les données. Il faut s'équiper de suites logicielles capables de traiter plusieurs niveaux hiérarchiques (lot, palette, carton, produit) jusqu'au niveau unitaire », avance Vincent Menvielle de Manhattan Associates. La gestion unitaire conduira de ce fait à un plus grand nombre d'enregistrements dans la base de données et au stockage plus systématique d'informations plus fines. « Nos logiciels de gestion d'entrepôts sont prêts. Nos outils gèrent déjà les prélèvements unitaires pour les applications de préparation de commandes », assure Anne-Laurence Deloupy directrice opération chez Infflux. L'unicité de l'information va amener l'entreprise à se poser certaines questions : combien de temps garder les informations ? À quel niveau les propager ? « À charge pour l'entreprise de définir sa stratégie et de décider à qui mettre l'information à disposition. L'unicité est souvent utilisée au niveau du numéro de palette mais il va falloir désormais faire face à la multiplicité des unicités », assure Stefan Therond d'Accenture.

Lorsque des solutions RFID sont déployées, il ne faut pas passer à côté de systèmes d'échange de données informatisés. Il est en effet essentiel que les différents acteurs de la chaîne logistique soient connectés. Ainsi lorsqu'une palette est réceptionnée dans un entrepôt, l'identification automatique des colis qu'elle transporte permet d'alerter immédiatement l'expéditeur de la bonne réception des marchandises et, le cas échéant, du nombre exact de colis manquants. « Si l'on ne met pas en place des outils d'alerte via Internet ou des systèmes d'échange de données informatisés interentreprises, on perd le potentiel d'automatisation qu'apporte la RFID », insiste Sébastien Mioche d'Elcimaï Conseil. La synchronisation des bases de données devient également indispensable pour la mise à jour automatique d'identifiants provenant de bases de données multiples.

REPENSER LE SYSTÈME D'INFORMATION POUR TRAITER LES DONNÉES FOURNIES PAR LES ÉTIQUETTES À RADIOFRÉQUENCE

LE DÉTECTEUR SIGNALE LA PRÉSENCE DE LA PALETTE

- Le système de contrôle commande le défilement du convoyeur et déclenche la lecture des étiquettes électroniques apposées sur les cartons.

- Le middleware pilote les lecteurs RFID, récupère et filtre les données, établit la liste des étiquettes qu'il a lues, repère la position de la palette dans le flux logistique et l'associe à l'événement correspondant.

- Les données sont traduites en informations exploitables par diverses applications telles que : - Le progiciel de gestion intégrée : volume financier, facturation, etc. - Le progiciel de gestion d'entrepôts : emplacement de la palette, alerte sur seuil de stock, etc. - Le système d'échange de données informatisé avec l'expéditeur : accusé de réception du nombre de colis, alerte des éventuels colis manquants, etc.

RESPONSABLE DES VENTES RFID EUROPE CHEZ IBMMARC DE FREMINVILLE

Les entreprises qui se sont intéressées à la RFID ont d'abord cherché à minimiser l'impact sur les logiciels existants en optimisant plutôt les tâches d'automatisation de collecte des données. Mais quand elles procèdent à une rénovation de leur système d'information, elles peuvent mener une réflexion sur l'intégration des données RFID. "

RESPONSABLE DES OPÉRATIONS CHEZ TXT E-SOLUTIONSFABIO LOVESIO

Nos outils de planification vont se nourrir des données issues des processus d'identification RFID. Notre démarche sera plutôt de récupérer les données provenant des progiciels de gestion intégrée ou de gestion d'entrepôts. Nous n'avons pas la prétention de nous placer comme acteur principal dans le domaine de la RFID. Nous essayons toutefois d'imaginer des processus de planification particuliers qui seront réalisables grâce à la RFID."

DIRECTEUR DE PROJET CHARGÉ DE LA RFID CHEZ CSCPASCAL NACACHE

La possibilité qu'offre la RFID d'automatiser plus systématiquement la collecte de données en différents points de la chaîne logistique va augmenter le flot d'informations. Il va falloir organiser le partage et la diffusion de volumes importants de données, et préparer les dispositifs d'administration et de stockage appropriés. "

DIRECTRICE OPÉRATION CHEZ INFFLUXANNE-LAURENCE DELOUPY

L'exploitation de la RFID ne va pas changer la logique des logiciels ni fondamentalement le concept de nos outils de gestion d'entrepôts. Nous établirons des partenariats avec des fabricants de matériel RFID avec lesquels nous développerons les middlewares qui assureront l'interface avec nos logiciels. "

L'INTÉGRATION DES DONNÉES AU COEUR DU PROBLÈME

> Bruno Labidoire, directeur technique d'Informatica, place l'intégration intelligente des données au coeur de l'infrastructure RFID. Selon lui, pour récupérer et déplacer les bonnes données au bon moment, l'infrastructure RFID doit présenter les caractéristiques suivantes : - Une intégration de données multisources et multicibles. - Une alimentation temps réel pour les données sensibles au temps . - La possibilité de créer et modifier au fil de l'eau les liens entre sources et cibles. - Une couche de règles métiers pour automatiser les processus opérationnels (par exemple, le réapprovisionnement des stocks). - Des fonctions de récupération des mises à jour de données, pour ne déplacer que les données modifiées et réduire le volume des transferts. - Un dispositif de reporting d'exception, pour ne récupérer que les "anomalies", c'est-à-dire les données dépassant des seuils prédéfinis.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0872

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2005 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Thales simplifie l'audit qualité grâce à un stylo

Thales simplifie l'audit qualité grâce à un stylo

Le marqueur électronique d'Anoto a permis d'accélérer et d'optimiser la saisie des indicateurs qualité en production.Thales Components et Subsystems[…]

01/05/2009 | SOLUTIONS
Les balises RFID accélèrent la maintenance des avions

Les balises RFID accélèrent la maintenance des avions

Du suivi des colis au guidage embarqué

Du suivi des colis au guidage embarqué

L'imprimante efface ce qu'elle inscrit

L'imprimante efface ce qu'elle inscrit

Plus d'articles