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[Reportage] L’île Saint-Nicolas des Glénan bientôt autonome en énergies renouvelables

[Reportage] L’île Saint-Nicolas des Glénan bientôt autonome en énergies renouvelables

A la pointe de l’île Saint-Nicolas des Glénan, l’éolienne de 20 kW est présente depuis les années 1990. Au pied, 12 kW de panneaux photovoltaïques ont été installés en 2010.

© Xavier Boivinet

Dans l’archipel des Glénan, l’île Saint-Nicolas est équipée d’un « smart-grid » depuis avril dernier. Un système de gestion intelligente de l'énergie et des panneaux photovoltaïques supplémentaires sont venus compléter l’existant. Reportage sur ce site isolé où les énergies renouvelables couvrent maintenant jusqu’à 85% des besoins. L’objectif est d’atteindre 100% en 2021.

Souvent vague et abstraite, la notion de « smart grid » s’éclaire sur l’île Saint-Nicolas, dans l’archipel des Glénan (Finistère). Le réseau électrique intelligent prend tout son sens à 1h30 de bateau de Benodet, sur cette île isolée qu’aucun câble ne relie au continent. Depuis avril, éolien et photovoltaïque, appuyés par du stockage, assurent 80% à 85% des besoins énergétiques de l’île. « La particularité est d’avoir rassemblé tous ces éléments sur un petit territoire isolé et de les avoir fait fonctionner ensemble grâce à une gestion intelligente, assure Eric Laurent, directeur territorial Côtes d’Armor et Finistère chez Enedis. Pour nous, c’est une première. » Objectif d’ici 2021 : couvrir 100% des besoins grâce aux énergies renouvelables (ENR). Fin 2019, l’entreprise de distribution d’électricité espère atteindre 90% après quelques réglages.

Modeste mais concret

Il faut l’admettre : même s’il est complet et opérationnel, le projet reste modeste. En effet, la puissance appelée par les 24 points de distributions ne dépasse pas 35 kW. Au bout de l’embarcadère, les deux restaurants font partie des cinq clients professionnels de l’île. S’ajoutent dix-huit clients résidentiels et le centre international de plongée (CIP). « Avec 15 kW requis, le CIP est le plus gros consommateur d’énergie de l’île et peut loger jusqu’à 60 personnes », assure Eric Laurent. Mais si 3000 personnes par jour peuvent y passer en été, l’île n’est vraiment habitée que d’avril à mi-octobre, et très peu fréquentée en hiver.

Pour Enedis, il s’agit d’une vitrine qui montre que c’est possible. D’autant que pour l’entreprise, ce type de « smart-grid » est particulièrement intéressant pour les sites isolés afin de remplacer les groupes électrogènes. « Malgré sa petite échelle, c’est un vrai laboratoire industriel qui pourrait être transposé sur d’autres îles ou dans des endroits isolés sur le continent », assure M. Laurent. Il cite l’exemple de zones de travaux où l’alimentation d’un quartier doit être coupée.


Des nouveaux panneaux photovoltaïques ont été installés en octobre 2018. Répartis sur les toits de deux bâtiments, ils fournissent une puissance de 22 kW.

En cette mi-juin, si les locaux, habitués, considèrent qu’« il n’y a pas de vent », il y en a pourtant bien. Et il est plutôt frais. Heureusement, le soleil réchauffe et illumine au passage les îles alentours. En résumé, les conditions sont idéales pour le mix d’énergies renouvelables composé de 20 kW d’éolien et 34 kW de photovoltaïque. Pour compléter et en cas de problème, deux groupes électrogènes de 65 kW sont enfermés dans un petit local: « Jusqu’à l’année dernière, il y en avait quatre, dont deux utilisés par le CIP pour démarrer les compresseurs et charger les bouteilles, relève Eric Laurent. Aujourd’hui, il n’y en a plus que deux et l’idée est de les arrêter entièrement. »

Gestion intelligente et stock d’air comprimé

Par mesure de sécurité, interdiction d’entrer dans le local dédié au stockage d’énergie. Depuis le pas de la porte, les 120 batteries au plomb sont visibles, bien alignées. En place depuis plusieurs années, elles stockent 300 kWh et peuvent fournir une puissance de 316 kW. « On ne les décharge jamais totalement parce qu’elles n’aiment pas ça, précise Eric Laurent. Il y a une plage de fonctionnement entre 30% et 85%. »


Les 120 batteries au plomb prennent le relais lorsque l’éolien et le photovoltaïque ne suffisent pas. Elles stockent 300 kWh et peuvent fournir une puissance de 316 kW.

Au-delà de la production et du stockage, Eric Laurent attire l’attention sur deux éléments : « Ce qui est particulièrement intéressant dans cette installation, c’est la gestion de l’énergie et le stockage d’air comprimé pour le CIP. »

Situé dans un local électrique où bourdonnent les armoires d’électronique de puissance, le cerveau du système - ou EMS pour Energy management system - a été fourni par Store & Forecast. Suivi à distance depuis le continent, il assure depuis avril un contrôle automatisé de la production d’électricité et du stockage en leur donnant des consignes. Celles-ci sont fonction de la météo, de la consommation, de l’état du stock et du planning prévisionnel des activités du CIP. « Nous renseignons le nombre de plongeurs attendus dans les jours à venir pour assurer notre stock d’air comprimé, détaille Laëtitia Dugrais, directrice du CIP. Dès qu’il y a un surplus d’énergie, nous remplissons nos bouteilles. »


Raccordés au réseau, deux compresseurs d’air alimentent 15 bouteilles de 80 litres à 300 bars. Le stock permet de remplir les bouteilles des plongeurs du CIP dirigé par Laëtitia Dugrais.

A l’épreuve de l’intermittence

Le travail est facilité par les compteurs électriques Linky, déjà présents chez les clients professionnels de l’île et bientôt chez les particuliers. « Nous les y installerons à l’automne, précise Eric Laurent. C’est un outil indispensable pour connaître leurs consommations électriques. »

Illustrée en direct par le temps variable du jour, la réactivité du système impressionne. Sur l’écran de contrôle, la courbe de production photovoltaïque chute brutalement au passage d’un nuage. Instantanément, les batteries prennent le relais. Quelques secondes plus tard, le nuage part et le photovoltaïque reprend la main aussitôt. Pour affiner les prévisions météo à la semaine et prévoir le temps du quart d’heure qui vient, une caméra Skyscope scrute le ciel à l’Ouest pour détecter la formation de nuages.


Sur l’écran de l’EMS, accessible depuis le continent, le réseau est représenté avec l’état des stocks, de la production et de la consommation.

Vers plus de photovoltaïque et de batteries ?

Pour atteindre l’objectif 100 % ENR en 2021, le projet ne s’arrête pas là. Les évolutions dépendront du retour d’expérience des prochains mois. « Nous pourrions ajouter des panneaux photovoltaïques munis de trackers pour suivre la course du soleil et bénéficier du maximum d’ensoleillement », détaille Eric Laurent. La capacité de stockage pourrait être augmentée avec des batteries lithium-ion. « Elles sont adaptées à des petites charges et décharges rapides et fréquentes, explique-t-il. A l’inverse, les batteries traditionnelles au plomb que nous utilisons actuellement conviennent aux charges et décharges lentes et profondes. La combinaison des deux technologies nous aiderait à mieux gérer les variations de production et de consommation. » Et l’éolienne ? « Il n’y a pas de projet de la changer, ni d’intérêt pour en mettre une plus grosse », poursuit M. Laurent. Les locataires du CIP continueront donc d’entendre le sifflement des pales qui fendent l’air des Glénan.

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