Nous suivre Industrie Techno

Photos

Reportage : Comment CNIM a produit les 2 kilomètres de membranes de l’arche de Tchernobyl

Reportage : Comment CNIM a produit les 2 kilomètres de membranes de l’arche de Tchernobyl

Tronçon de 16 mètres de la membrane destinée à assurer l'étanchéité du sarcophage.

Le groupe CNIM a conçu, développé et produit une membrane aux caractéristiques hors normes pour assurer l’étanchéité de la nouvelle arche de Tchernobyl, qui va recouvrir le réacteur accidenté et son sarcophage construit à la va-vite en 1986, juste après la catastrophe. La membrane de 1,5 mètre de large et 2 kilomètres de long a été réalisée en quelques semaines sur une ligne sur mesure. Reportage. 

Aller voir la ligne de fabrication de la membrane sans s’attarder sur les autres productions du site historique de CNIM serait comme aller voir une exposition temporaire au Louvre sans rendre visite à la collection permanente. C’est que sur les deux sites du groupe à la Seyne-sur-Mer se fabriquent des pièces appartenant à des projets majeurs de l’industrie française. Lors de ma visite, je passe à côté de tubes lances missiles de plusieurs mètres de long destinés à être installés sur des sous-marins nucléaires de l’armée française. Plus loin, on me montre les tuyères de la future Ariane 6, puis dans un autre bâtiment encore, les plaques radiales du futur réacteur de fusion nucléaire ITER et le divertor dont il sera composé.

L’originalité de CNIM ? La fabrication de petites séries de pièces de grande dimension

A l’extérieur, des ponts flottants destinés à un usage militaire attendent des clients potentiels. Ils n’ont pas encore trouvé preneur, mais, à l’exemple du prototype de centrale solaire à concentration installé non loin, illustrent la capacité d’innovation du groupe. Son originalité ? La fabrication de petites séries de pièces de grandes dimensions pour des projets très spécifiques.

Peu connu, le groupe CNIM, qui emploie 3000 collaborateurs, est pourtant un acteur historique de l’industrie française qui a en effet pour spécialité de… s’adapter vite aux demandes industrielles très spécifiques. Le Laser Mégajoule, le détecteur d’ondes gravitationnelles Virgo, le réacteur RJH ou encore le futur réacteur ITER : le groupe accompagne de nombreux projets uniques au monde. C’est lui qui déjà avait fabriqué les premiers réacteurs nucléaires expérimentaux. Aujourd’hui, nucléaire et grands instruments représentent la moitié de l’activité de la division systèmes industriels du groupe, même si son activité principale et historique est et reste encore au service de la Défense.

Assurer l'étanchéité du sarcophage construit par Bouygues et Vinci Constrution

Ce n’est donc pas par hasard si ce spécialiste a été choisi fin 2014 pour réaliser le joint d’étanchéité du dôme qui doit recouvrir l’ancien sarcophage placé au-dessus de Tchernobyl. Ce dôme de protection monumental [à voir en vidéo dans notre article] en acier doit permettre de démanteler en dessous l’ancien sarcophage construit précipitamment juste après la catastrophe, puis démanteler le réacteur accidenté lui-même. Sa construction a été réalisée par le consortium Novarka formé de Bouygues Travaux Publics et Vinci Construction Grands Projets. CNIM a été chargé de la caractérisation et de la fabrication de la membrane, à laquelle il a consacré un bâtiment.

Objectif principal du joint réalisé par CNIM : assurer l’étanchéité à l’air et le cloisonnement des nombreuses poussières qui ne manqueront pas d’être générées lors du démantèlement. « Le contrat comprenait une partie qualification et une partie fabrication de la membrane. Celle-ci devait notamment être capable de résister aux radiations et à une tornade. Le polyuréthane étant déchirable, il fallait trouver des solutions », explique Dominique Mailhot, le chef du projet Membrane. Les poussières sont très dangereuses car elles peuvent transporter très loin avec elles des particules radioactives. En outre, « l’arche peut bouger, donc il nous fallait un système souple, continue Dominique Mailhot» La membrane brevetée par Vinci et fabriquée par CNIM peut amortir le déplacement en latéral et en distorsion, jusqu’à 80% d’allongement ! CNIM y a ajouté un système chargé d’éviter les fissures en cas de tornade. Finalement, la membrane a une durée de vie de 30 ans et peut résister à des vents pouvant aller jusqu’à 300 km/h !

En rouge, l'emplacement de la membrane qui assure l'étanchéité entre le dôme et l'ancien sarcophage de 1986.

La membrane a été conçue avec des vagues pour éviter la propagation des efforts.

Un système de blocage des fissures a été mis au point et breveté par CNIM.

Des dizaines de moules ont été conçus pour fabriquer les différentes parties de la membrane pour qu’elles s’ajustent au mieux à la géométrie du sarcophage, comme des Légos.

La projection de polyuréthane (PU) sur les moules s’effectue dans une cabine de 16 mètres de long. CNIM l'a adaptée à un robot industriel. Le polyuréthane est couramment utilisé pour assurer l’étanchéité des toitures planes. La formule mise au point par CNIM est adaptée pour la projection robotisée et est capable de résister à des températures de – 40°C à + 40°C, ainsi qu’à des fortes radiations.

Après la projection, un traitement thermique est appliqué à la membrane pendant 24h à 110°C, qui permet notamment d’accélérer le processus de polymérisation.

Un banc de test a été conçu pour s’entrainer à aller vite. En raison du niveau de rayonnements radioactifs, les opérateurs qui installeront la membrane et assureront l’interfaçage avec le sarcophage ne pourront pas rester plus d’une heure sur place.

 

 La membrane a commencé à être installéesur site. La fin des opérations d’accrochage est prévue pour le mois d’avril 2017 !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

"L’aéronautique est le premier de cordée dans la fabrication additive", pointe le directeur France d'EOS

Interview

"L’aéronautique est le premier de cordée dans la fabrication additive", pointe le directeur France d'EOS

L'impression 3D gagne du terrain dans l'industrie. Mais son intégration est inégale entre les différents secteurs.[…]

Drone anti-incendie, cybersécurité, nanosatellites… les meilleures innovations de la semaine

Drone anti-incendie, cybersécurité, nanosatellites… les meilleures innovations de la semaine

Avion hybride, nanosatellites, impression 3D... les innovations qui (re)donnent le sourire

Avion hybride, nanosatellites, impression 3D... les innovations qui (re)donnent le sourire

Aubert & Duval parie sur le couplage de la forge et de la fabrication additive pour gagner en compétitivité

Aubert & Duval parie sur le couplage de la forge et de la fabrication additive pour gagner en compétitivité

Plus d'articles