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Rencontre avec Jean-Louis Beffa, Président d’honneur et administrateur de Saint-Gobain

Ridha Loukil

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Rencontre avec Jean-Louis Beffa, Président d’honneur et administrateur de Saint-Gobain

Jean-Louis Beffa

Le Club de la Presse Infopro a accueilli le 17 février  son premier invité en la personne de Jean-Louis Beffa. A l'occasion de la sortie de son livre "La France doit choisir", l'ancien PDG de Saint-Gobain a livré une analyse sans concession de la politique d'innovation en France. Avec beaucoup de critiques mais aussi des recommandations pour favoriser la réindustrialisation et les exportations. Pour ce grand ponte de l'industrie, un seul mot d'ordre : il faut soutenir l'innovation des grands groupes exportateurs.

A l’heure du débat sur la réindustrialisation de France, Jean-Louis Beffa apporte sa vision en publiant au Seuil le livre La France doit choisir. Celui qui se définit comme un Saint-Simonien, opposé au libéralisme à tout crin et au tout pour les actionnaires, plaide pour un modèle de développement industriel et commercial soutenu par l’Etat et favorisant l’innovation des grands groupes exportateurs.

Invité le 17 février 2012 au Club de la Presse Infopro, le groupe qui édite Industrie & Technologies, l’ancien PDG de Saint-Gobain a rappelé que la France n’a d’autres choix pour redresser son industrie et sa balance commerciales qu’en s’inspirant des modèles en Allemagne, au Japon, en Corée du Sud et en Chine. Ces quatre modèles sont différents du modèle libéral et financier dominant, promu par le FMI, l’OCDE et la Commission européenne. S’ils varient dans la mise en œuvre, ils ont tous en commun de favoriser les activités industrielles de production orientées vers l’exportation. « Je suis favorable à l’aide des start-up et petites entreprises. Mais il ne pas faut oublier de soutenir aussi l’innovation des grands groupes, qui représentent 80 % de la R&D et des exportations françaises ».

Celui qui est à l’origine de la création en 2005 de l’Agence d’Innovation Industrielle (AII) regrette beaucoup la dissolution par Nicolas Sarkozy, en 2008, de cet organisme censé aider les grandes entreprises françaises à mieux innover et exporter davantage, sur le modèle de NEDO au Japon. Bien que les activités de l’AII aient été reprises par Oseo sous le nom d’Initiatives Stratégiques d’Innovation (ISI), il reste critique sur la façon de brider l’innovation des grands groupes. « Ce à quoi je suis opposé, c’est le manque d’ambition et le fait de limiter les projets d’innovation à 10 millions d’euros comme le fait aujourd’hui Oseo ».

L’exemple de Renault, qui vient d’inaugurer une gigantesque usine, à Tanger, au Maroc, pour le montage de la Logan, le conforte dans ses convictions. « Renault a raison d’occuper le créneau des voitures Low Cost pour les marchés des pays émergents. Fabriquer ces véhicules dans des pays à faible coût est normal. Mais il faudrait, en contrepartie, monter en gamme et réduire les coûts en travaillant sur la standardisation des plates-formes automobiles, comme l’ont déjà fait les constructeurs allemands. Un programme de R&D de type AII – agence de l’innovation industrielle- aurait facilité cette évolution ».

Globalement, Jean-Louis Beffa trouve le dispositif d’aide à l’innovation en France plutôt bon. « Je suis pour le maintien du Crédit Impôt Recherche. Mais il faudrait l’appliquer, pour les grands groupes, à l’augmentation des investissements de R&D, et non à la totalité des dépenses de recherche et développement. Il faudrait aussi le réserver à l’industrie, dont les activités productrices ont, contrairement à celles des services, le plus gros potentiel d’exportation ».

Pour cet ingénieur X-Mines de 71 ans, aujourd’hui président du comité des nominations et des rémunérations du groupe GDF Suez, président de la branche Asie de la Banque Lazard et président de l’association de l’Amicale des ingénieurs du Corps des Mines, une solution s’impose : ressusciter l’AII et choisir des priorités industrielles. « Je suis frappé par l’incapacité des politiques à choisir. Au lieu d’arroser comme ils le font aujourd’hui, ils feraient mieux de donner la priorité aux secteurs constituant les points forts de la France : nucléaire, aéronautique, transports, luxe, agroalimentaire, tourisme ».

Ridha Loukil

 

Vidéo de la rencontre avec Jean-Louis Beffa

 

 

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