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Renault dans la course à la réduction des coûts

JESSY PICARD redaction@industrie-technologies.com

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Grande première chez Renault : les cadres chôment le vendredi. Mais les économies sur la masse salariale ne sont pas les seuls leviers mis en oeuvre pour faire des économies dans les bureaux d'études du constructeur. Lean engineering, technologie de pointe, réduction du panel de fournisseurs d'ingénierie... Ces techni-ques, classiques mais efficaces, permettent aussi de mettre le centre R et D au régime minceur.

En 1985, il fallait soixante mois pour développer une voiture chez Renault. Les Japonais, eux, y passaient quarante-cinq mois. Aujourd'hui, il ne faut plus que vingt-sept mois pour développer un modèle comme la Mégane 3. En réduisant le temps de conception, Renault économise 150 millions d'euros pour des projets estimés à 1 milliard d'euros. Les secrets de cette performance se cachent derrière les grandes parois de verre du Technocentre, à Guyancourt (Yvelines), le centre R et D de la marque au losange.

Le constructeur a d'abord misé sur la simulation pour limiter au strict nécessaire les tests physiques et le nombre des prototypes. Cinq mille stations d'ingénierie assistée par ordinateur (IAO), 12 supercalculateurs et 4 000 gigaflops de capacité de calcul sont à la disposition des 11 000 ingénieurs et techniciens travaillant sur le site. Le Technocentre s'est également équipé d'un mur d'images de 3,6 mètres sur 6,4 mètres afin de visualiser les maquettes numériques des véhicules dans les moindres détails.

Récemment, le constructeur a décidé de limiter le nombre de ses logiciels de conception. L'ensemble des stations de travail a donc basculé vers un seul et même logiciel, Catia de Dassault Systèmes. Initialement, les sites travaillaient sur trois systèmes différents et utilisaient tous des processus distincts. L'installation de la dernière version Catia V6, dans les prochains mois, devrait encore permettre d'accroître le travail collaboratif et de réduire le temps nécessaire au développement de chaque projet. L'objectif fixé est de le réduire encore de 20 %.

Moins de prestataires en ingénierie

Renault possède aussi une salle dédiée aux tests numériques pour étudier le comportement du véhicule. Une voiture témoin est placée sur un châssis articulé devant un écran. Différents scénarios de conduite défilent devant les yeux du pilote. Le système permet de tester le contrôle de la trajectoire ou de simuler les conséquences d'une pièce défectueuse. Idem pour l'éclairage. « Tous les tests des modules de phares sont désormais en numérique. Nous échangeons des fichiers avec les fournisseurs qui ne fabriquent plus de prototype, explique Andras Kemeny, le chef de service du centre technique simulation. Ces tests sont fiables puisque nous avons identifié seulement 1 % de différence d'éclairement entre le test virtuel et le test physique. »

Renault a investi près de 2 millions d'euros dans ces simulateurs. Mais, selon le constructeur, l'investissement est vite rentabilisé, car il permet de se passer de beaucoup d'essais sur piste. Cependant, Renault ne peut renoncer totalement aux prototypes de véhicules. Trois cent vingt voitures sont encore crashées chaque année. Le tout numérique n'est pas encore possible. « L'université de l'Iowa (États-Unis) s'est récemment équipée d'un supercalculateur de 80 millions d'euros. Mais ce type d'ordinateur, aussi puissant soit-il, reste parfois incapable de reproduire certaines situations », ajoute le spécialiste. Les lois de comportement du caoutchouc demeurent, par exemple, très difficiles à établir.

Crise oblige, Renault, sous la conduite de la direction des achats, a dû réduire sérieusement le nombre de ses prestataires en ingénierie. Il ne reste plus que 100 ingénieurs d'entreprises extérieures sur le site, là où, en janvier 2009, ils étaient plus de 1 000. Pour globaliser ses coûts, le constructeur travaille désormais avec un nombre réduit de fournisseurs de matière grise. Akka Technologie, Altran et Assystem seraient les seuls survivants d'un panel qui a compté jusqu'à une trentaine de prestataires (ingénieristes et SSII).

Des formations à la gestion du temps

Pour ne pas retarder ses produits, Renault a également travaillé sur son organisation. Matricielle, elle se décompose en quatre équipes de développement : intérieur, compartiment moteur, sous-caisse et extérieur. Les quatre étages de la « Ruche », l'un des six bâtiments du Technocentre, sont consacrés au développement de pans différents de véhicule. À chaque étage, les équipes sont organisées en « îlots de projets » au nombre de huit. Cette organisation a permis au constructeur de sortir 25 nouveaux véhicules entre 2006 et 2009.

Les open spaces (seules les ressources humaines ont des bureaux fermés...) sont spacieux, silencieux et bien rangés. Résultat d'un travail de lean office. Une méthode japonaise provenant de la production et qui consiste à éliminer les gaspillages. « La direction a mis en place des formations à la gestion du temps. Les cadres doivent rentrer dans un logiciel les tâches et le temps qu'ils passent à les exécuter », souligne Michel Fontaine, délégué syndical CGT chez Renault, en jugeant aberrante une telle approche pour des activités de recherche. Les organisations syndicales dénoncent d'ailleurs un stress croissant chez les cadres. Entre 2006 et 2007, le Technocentre a été le théâtre de trois suicides. « La direction a fait des efforts pour améliorer les conditions de travail », concède Michel Fontaine. Des tâches de gestion qui incombaient aux managers de projet ont été supprimées afin qu'ils se concentrent davantage sur leurs équipes. De plus, 13 postes de répartiteurs de tâches ont été créés pour équilibrer le travail entre les secteurs en surcharge et les secteurs en sous-charge...

Deux millions d'euros investis dans des simulateurs. Vite rentabilisés.

PRODUCTIVITÉ

L'organisation des équipes de développement a permis au constructeur de sortir 25 nouveaux véhicules entre 2006 et 2009.

L'ENTREPRISE EN BREF

RENAULT Chiffre d'affaires 2008 37 791 millions d'euros. Présence dans 118 pays. Effectif mondial 129 000 personnes. Trois marques Renault, Dacia, Samsung Motors.

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