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Réduire l'empreinte écologique du chantier

LUDOVIC FERY lfery@industrie-technologies.com

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Le choix minutieux des matériaux de construction n'est pas le seul levier qui peut rendre le bâtiment plus vert et plus performant. Les entreprises du BTP réduisent également l'impact de leurs chantiers en travaillant sur la réduction des nuisances et des déchets.

Un vent de changement souffle sur le monde du BTP. La nouvelle réglementation thermique RT 2012 demande aux constructeurs une vigilance renforcée tout au long de la mise en oeuvre, afin d'atteindre le seuil de performance énergétique fixé. Surtout lorsqu'ils doivent traiter avec des matériaux inhabituels. Le bois, du fait de ses propriétés isolantes et thermiques, fait ainsi un retour remarqué dans le tertiaire. Une ville francilienne doit par exemple se doter d'une école basse consommation en ossature bois isolée avec de la paille !

Même les grands bâtiments s'y mettent : « on commence à voir apparaître des structures mêlant le bois et l'acier, par exemple lorsqu'il s'agit de construire léger, comme au-dessus d'une dalle de parking », relate Patrice Schneuwly, responsable du Laboratoire d'énergétique du bâtiment du CEA.

Le trio de tête brique-béton-acier est-il menacé dans l'Hexagone ? Non, car un point limite encore l'essor du bois. « Dans les régions chaudes ou en milieu urbain, le bois peut amener des désagréments car il monte très rapidement en température », poursuit Patrice Schneuwly. Pour contourner cela, le bâtiment doit intégrer des systèmes de refroidissement (climatisation, poutres froides, planchers et plafonds rafraîchissants...).

A contrario, le béton a une forte inertie, et emmagasine les calories au cours de la journée pour les restituer pendant la nuit. En été, une surventilation nocturne suffit à évacuer la chaleur emmagasinée le jour. Le béton a donc encore de beaux jours devant lui, d'autant que ce dernier devient plus vert. Y compris dès la fabrication de son ingrédient de base, le ciment. La technique traditionnelle émet beaucoup de CO2, lors du mélange à haute température entre l'argile et le calcaire. Mais, en substituant ces deux composants par d'autres matériaux, notamment des résidus de sidérurgie, il est possible d'abaisser considérablement l'empreinte carbone du ciment.

Des méthodes de construction inédites

Au niveau de la construction aussi, l'impact environnemental du béton peut être limité. Le cimentier Lafarge emploie par exemple un béton qui contient plus de liant que ses homologues classiques. Il s'écoule mieux, ce qui présente un atout de taille pour la pose des fondations. Là où des machines vibrantes sont nécessaires pour couler un béton conventionnel, le béton autoplaçant se positionne de lui-même dans les coffrages. Ce qui réduit les nuisances sonores sur le chantier.

Aux étages supérieurs, le béton change aussi de formule. L'objectif, ici, n'est pas tant d'alléger la structure que de renforcer l'isolation. Car qui dit densité plus faible dit moins bonne conductivité thermique. Le cimentier français se targue d'avoir développé un béton trois fois plus isolant que la concurrence, à base de granulats naturels plus légers que le sable ou les gravillons. Il contribuerait à éliminer les ponts thermiques à 40 %, sachant que la RT 2012 impose de les supprimer totalement. « Une couche de polystyrène d'une dizaine de centimètres en isolation intérieure pourra suffire », assure Mouloud Behloul, directeur de l'innovation et de la construction durable chez Lafarge.

Des façades peu épaisses ne riment donc pas forcément avec une climatisation accrue. Surtout que des solutions simples à mettre en oeuvre existent pour rafraîchir le bâtiment sans consommer d'énergie. Comme sur la tour Elithis inaugurée en 2009 à Dijon qui est habillée, sur sa façade sud, d'une résille en cuivre. L'été, celle-ci lutte efficacement contre l'échauffement du bâtiment, sans bloquer totalement la diffusion de la lumière naturelle.

Reste que ce « relooking » ne suffira probablement pas à atteindre les objectifs de la RT 2012 pour le bâti existant. L'isolation par l'intérieur semble également difficile, car elle impliquerait de grignoter sur la surface habitable et de déplacer les occupants. Pour Patrice Schneuwly, au vu de la taille du parc à rénover, des solutions de grande envergure, comme des enveloppes préfabriquées qui intégreraient déjà les menuiseries, seraient souhaitables. Ces dernières pourraient venir s'accrocher directement sur les façades et les fenêtres existantes. On aboutirait alors à du quadruple vitrage, une installation peu commune qui ne serait pas si rare en Allemagne...

Vers une valorisation intensive des déchets

Des solutions faciles à mettre en oeuvre, performantes, et limitant la production de déchets ? Ce dernier point reste le talon d'Achille du BTP. Outre les rebuts à risque qui doivent être traités comme tels, 80 % des déchets non dangereux produits par le bâtiment en France sont tout simplement enfouis. Soit quelque 10 millions de tonnes qui disparaissent chaque année de la surface de la Terre ! Or, les réglementations européenne et française (via la loi Grenelle 2) visent à limiter l'enfouissement, augmenter les taxes liées au stockage, ou encore valoriser, d'ici 2020, 70 % des déchets de construction et de démolition. Les géants du bâtiment doivent donc revoir leurs pratiques, à commencer par séparer, sur le chantier, les rebuts valorisables, comme les gravats inertes (béton, brique, pierre...), du reste. C'est ce qu'a mis en oeuvre Veolia Propreté, sur son centre de tri de Saint-Isidore (Alpes-Maritimes), en marge de la construction de l'Hôpital Pasteur 2 de Nice : sur les 90 000 m3 de béton du chantier, 1 000 tonnes de déchets ont ainsi été acheminées puis triées depuis le début de l'année.

Pour atteindre le taux de valorisation voulu par la France, il faudra aussi trier les rebuts autres que les gravats (bois, métaux, plastiques...). Ce qui ne peut se faire qu'au sein de centres de tri à haute performance combinant plusieurs technologies. Si tout va bien, la France inaugurera la troisième installation de ce type l'année prochaine. c

MÊME LE BÉTON SE MET AU VERT

DES MENUISERIES ANTI-PONTS THERMIQUES Beaucoup d'énergie peut être perdue au niveau des fenêtres à cause des ponts thermiques ; qui se créent au niveau des châssis. Un matériau de coupure (mousse de polyuréthane, barrettes PVC ou polyamide...) doit y être intégré, ainsi qu'à l'ouvrant des fenêtres. LES FONDATIONS COULÉES DANS LE SILENCE Avec un plastifiant et davantage de liant que dans la formule habituelle, le béton comble plus facilement les tranchées. Plus besoin d'armature métallique, de pieux enfoncés dans le sol et de machines vibrantes pour aider le remplissage. DU BÉTON PLUS LÉGER ET ISOLANT En utilisant des granulats naturels, le béton s'allège et conduit moins la chaleur ou le froid. Les panneaux de plâtre, disposés entre la façade et l'isolant, peuvent intégrer des microbilles de cire qui fondent au soleil, puis libèrent leurs calories en repassant à l'état solide la nuit. LE CIRCUIT D'EAU RAFRAICHIT PAR LE PLANCHER... Des tubes en plastique renforcé peuvent être coulés dans une chape liquide au-dessus du plancher. L'eau qui serpente dans le circuit est un moyen économique et peu encombrant pour refroidir une grande pièce. ...OU LE PLAFOND Les faux plafonds peuvent intégrer des poutres froides : il s'agit de coffres en acier qui renferment un serpentin d'eau glacée. Celle-ci refroidit l'air chaud qui monte du sol, puis redescend, car il est plus lourd en refroidissant.

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