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[R&D] Avec l’initiative OpenCovid19, « le but est d'aller vite sans oublier la validation par les pairs », prône Thomas Landrain, cofondateur

Kevin Poireault

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[R&D] Avec l’initiative OpenCovid19, « le but est d'aller vite sans oublier la validation par les pairs », prône Thomas Landrain, cofondateur

OpenCovid19, l’initiative de science ouverte pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 lancée il y a trois semaines sur la plateforme à but non lucratif Just One Giant Lab (JOGL), a dépassé de loin ses créateurs. Alors que ses membres planchent sur des modèles open source de tests de dépistage et de masques de protection, Thomas Landrain, l'un de ses initiateurs, détaille à I&T comment l'initiative veut concilier vitesse et sécurité.

Vous avez lancé l’initiative OpenCovid19 pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. De quoi s’agit-il exactement ?

Thomas Landrain : Cette initiative a été mise en place il y a bientôt trois semaines par Zach Mueller, David Cong, Kat Holo et moi-même car nous nous rendions bien compte que les institutions étaient débordées par la crise du Covid-19 et qu'il était pertinent de trouver des alternatives aux outils habituels (tests, masques, respirateurs...), qui ne pourront pas être produits en suffisamment grande quantité.

Nous avons lancé l'idée de prototyper des designs alternatifs de ces équipements afin de les tester puis de les fabriquer pour aider l'effort de « guerre », selon le terme utilisé par Emmanuel Macron. L’initiative OpenCovid19 est hébergée sur le portail en ligne Just One Giant Lab (JOGL), que j'ai cofondé il y a maintenant trois ans et dont la version bêta a été lancée officiellement à l'été 2019.

Cette plate-forme a été pensée pour permettre la collaboration entre les individus qui veulent apporter leur concours sur des sujets de recherche scientifique ou d'innovation d’intérêt général, à l’échelle de la planète. Un Wikipedia de la R&D en quelque sorte, puisque tout ce qui est produit sur JOGL part ensuite dans le domaine public.

Sur quels projets travaillent les membres d’OpenCovid19 ?

Un peu plus de 2 500 personnes nous ont rejoints et une quinzaine de projets ont démarré, autour de trois défis : le diagnostic, la prévention et le traitement. Le tout premier projet lancé concernait la confection de tests de diagnostic du Covid-19 low cost et open source. L'idée est de pouvoir les distribuer massivement sans avoir à prendre en compte des problèmes juridiques.

Nous travaillons sur des tests RT PCR [Real Time Polymerase Chain Reaction, technique d'amplification de gènes à la base des tests utilisés, ndlr], car ce sont les plus abordables : leur préparation ne nécessite que des machines très simples, contrairement aux tests par anticorps - de type tests de grossesse. Ces derniers ont ont cependant l'avantage de donner une réponse en 20 à 30 minutes contre au minimum trois ou quatre heures pour la RT PCR. En outre, il y a un risque de pénurie de réactifs pour la RT PCR... C'est pourquoi nous explorons aussi d'autres approches. Dès que nous en auront choisi une, nous la ferons valider par les pouvoirs publics et nous enverrons la recette aux laboratoires locaux, qui pourront les confectionner eux-mêmes.

Quand envisagez-vous ce passage à la production ?

Nous pourrons comparer nos résultats avec ceux des laboratoires de recherche d’ici deux semaines mais je ne m'attends pas à ce que l'on soit parvenu à converger vers une solution optimale avant trois semaines.

Mais, depuis quelques jours, nous sommes en train d'accélérer sur un autre projet, la conception de designs de masques de protection contre le virus, dont le besoin est encore plus urgent que les tests. Le groupe de travail dédié a repéré tous les modèles de masques existants et est en train de sélectionner les plus pertinents - ceux qui peuvent être produits à bas coûts - afin de les envoyer en test auprès de plusieurs partenaires.

Il faut que ces masques soient réutilisables, c'est-à-dire qu'on puisse remplacer la partie filtrante et que le reste puisse être facilement stérilisé. Quand on aura la confirmation de leur efficacité, on enverra un message aux industriels qui voudraient se porter partenaires et aux acteurs individuels (fablabs, makers...) pour lancer une phase de production intensive de masques, pas seulement pour un usage hospitalier mais aussi pour toutes les personnes qui travaillent dans les commerces ou l'industrie agro-alimentaire, par exemple.

Nous avons finalisé notre sélection de masques ce lundi 23 mars, que nous ferons valider par les pairs. En même temps, nous allons lancer, cette semaine, des tests d'impression. Nous aimerions envoyer des modèles à la DGA dès la semaine prochaine.

Comment s’organise la communauté derrière OpenCovid19, disséminée un peu partout sur la planète ?

Aujourd'hui, la communauté s’est scindée en sous-groupes spécialisés. Tous les mercredis nous organisons un « global community call », dans lequel on invite les membres de la communauté qui peuvent être présents à venir passer une heure avec nous pour partager l'état d'avancement de l'initiative OpenCovid19 dans son ensemble et de chaque projet, chacun piloté par une commission. C'est enregistré puis partagé sur les réseaux sociaux. Nous utilisons aussi différents outils, comme Slack, pour que les membres puissent discuter comme dans un forum.

Le but est d'aller vite sans oublier la nécessité de valider nos recherches. C'est pourquoi nous avons créé une équipe chargée de la coordination générale et une autre responsable de la communication, ainsi que plusieurs comités d'expertise, dont un comité de bio-sûreté et de sécurité. Nous sommes un CNRS non-institutionnel mais avec les mêmes enjeux.

Comment choisissez-vous les membres de ce comité de bio-sûreté et de sécurité ?

Ce sont des individus qui peuvent faire partie d'institutions reconnues mais ne les représentent pas. Nous avons beaucoup de pairs aux Etats-Unis, au Canada, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre. Les Français ne sont pas nombreux à l'heure actuelle, ils ont mis un peu plus de temps que les autres à se réveiller.

Pour les choisir, soit il s'agit de cooptation, pour des experts que l'on connait et dont on reconnait leur pertinence - nous avons, par exemple, un membre d'un des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) aux Etats-Unis - soit on vérifie leur parcours avant de l’intégrer à l'un ou l'autre de nos comités.

Quant à l’étape d’après, la validation par les autorités, nous avons des contacts au sein du ministère de la Santé et de l'AP-HP et, dès que nos prototypes seront prêts, nous pourrons les soumettre rapidement à la Direction générale de l'armement (DGA), qui se chargera de leur homologation.

Que pensez-vous de l'appel à projets lancé le 19 mars par l'Agence de l'innovation de défense ?

Nous allons probablement y répondre, mais davantage en tant que plateforme de facilitation car les personnes qui agissent au sein d'OpenCovid19 le font en tant qu'individus, ils ne représentent pas une organisation. Cet appel du ministère des Armées pourrait néanmoins nous permettre d'être des intermédiaires reconnus par les autorités françaises et de soutenir la plateforme JOGL, qui est en train d'exploser. A la date du vendredi 20 mars, nous avions reçu la visite de 50 000 personnes venues de 176 pays et nous sommes parfois plus de 10 000 utilisateurs par jour ! L’engouement dépasse de loin nos attentes et nos serveurs ont planté plusieurs fois sous la pression.

Nous espérons par ailleurs boucler dans les jours qui viennent un financement d'un acteur privé, qui nous permettrait d'accélérer les initiatives locales au niveau international sur l'ensemble des trois défis que nous avons lancés. Enfin, des entreprises du monde entier nous contactent afin de mettre à profit leur expérience et leurs ressources pour nous permettre de passer à l'échelle. C’est une sorte de financement indirect, également.

Propos recueillis par Alexandre Couto et Kevin Poireault.

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