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Réchauffer son eau en dégraissant les peaux

Jean-Charles Guézel
- Le procédé Fat Fuel évite la mise en décharge de milliers de tonnes de déchets et produit toute l'eau chaude nécessaire à la tannerie.

Comment se débarrasser de déchets aussi nauséabonds qu'encombrants, à moindre coût et même en gagnant de l'argent, si possible ? C'est la question que s'est posée la société Tanneries Nouvelles Pechdo, installée à Millau (Aveyron).

Les déchets, ce sont en l'occurence les graisses et les viandes résultant de l'écharnage des peaux de bovins. Des "carnasses", dans le jargon professionnel, produites au rythme de 1 700 tonnes par an. Pas une mince affaire, d'autant que le coût de leur mise en décharge ne cesse d'augmenter.

Confiée à Lacaze, société spécialisée dans le traitement des effluents et la valorisation des déchets, cette préoccupation a accouché d'une installation visant à transformer ces carnasses en un combustible destiné à la production d'eau chaude, fluide consommé en grande quantité sur le site.

318 kWh produits par tonne de carnasses

Pour devenir combustibles, les déchets graisseux, au départ hétérogènes, subissent d'abord un égouttage avant d'être homogénéisés par broyage et enfin stabilisés sous forme d'une émulsion. Chez Pechdo, le procédé de Lacaze, baptisé Fat Fuel, permet la transformation quotidienne de 8 tonnes de carnasses en 3 tonnes de combustible (pouvoir calorifique : 4 000 kcal/kg) et 5 m3 d'eau. Cette eau est évacuée vers la station d'épuration de la tannerie tandis que le combustible est conduit vers une chaudière spécifique.

Étudiée avec le soutien scientifique de l'Institut français du pétrole, la combustion Fat Fuel fait appel à un brûleur dit "à chauffe tangentielle et à effet cyclone". Particularité : il procure au combustible un mouvement hélicoïdal dirigeant les particules les plus lourdes vers les parois de la chambre, augmentant leur temps de transit et ainsi assurant une extraction très efficace des matières volatiles avec, au final, une meilleure combustion.

Les fumées passent ensuite dans une colonne à garnissage où elles subissent un arrosage produisant une eau chaude primaire, laquelle alimente un échangeur dont le circuit secondaire contient l'eau chaude distribuée dans la tannerie. Il en sort 160 m3 d'eau chaude par jour, correspondant aux besoins de Pechdo.

Ce procédé conduit à une production énergétique de 318 kWh par tonne de carnasses, soit 540 600 kWh ou encore 46,44 TEP économisées sur la base de 1 700 tonnes traitées chaque année. Accessoirement, l'entreprise économise 21 720 euros pour son eau chaude. Mais le gain le plus appréciable résulte de la quasi-élimination des carnasses. Outre l'eau amenée jusqu'à la station d'épuration, les déchets se résument ici à 50 kg/jour de cendres et quelques émanations gazeuses dont l'analyse par un organisme extérieur a montré la conformité avec les normes en vigueur. Financièrement parlant, la destruction sur site de ces 1 700 tonnes de carnasses évitera cette année une dépense de 144 500 euros par rapport au coût du stockage en décharge.

En dehors de cette application, tous les producteurs de gras en général peuvent avoir intérêt à s'équiper de cette technologie. Pour Pechdo, elle a représenté un investissement de 774 500 euros dont 7 500 pour l'étude, 17 000 pour l'infrastructure et 5 000 euros pour l'équipement, le reste (745 000 euros) étant consacré à l'achat du procédé en leasing.

POINTS FORTS

- Économie 166 220 euros pour 2004. - Investissement 774 500 euros. - Impact : Valorisation de 1 700 tonnes de carnasses par an, réduction des nuisances olfactives liées au stockage et des risques associés au transport.

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