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REALMECA LE CHAMPION DU SUR-MESURE

Mirel Scherer
REALMECA LE CHAMPION DU SUR-MESURE

L'usinage de matériaux composites dans l'horlogerie - Les mécanismes et les boîtiers de montres de luxe (dont certains sont fabriqués en matériaux composites très délicats à usiner), sont soigneusement analysés au centre de mise au point avant le lancement de la production. C'est le cas de l'étude, des méthodes et de la mise au point de la fabrication du mécanisme de la montre Birotor de BRM (en haut) avec un usinage réalisé sur plusieurs machines dont le centre d'usinage 5 axes RV2 et le tour Spinner PD (ci-dessus).

© A. Fleurantin ; D.R.

Le constructeur lorrain ne se limite pas à fabriquer des machines capables d'usiner. Il propose toujours une solution clés en main adaptée à chaque cas.

Situé en pleine campagne, à Clermont-en-Argonne dans la Meuse précisément, Realmeca fête cette année ses 45 ans d'existence. Plus de 6 000 machines ont été fabriquées dans son usine lorraine. Un exploit dans le paysage plutôt sinistré de la machine-outil française. Il ne compte plus aujourd'hui qu'une poignée d'entreprises capables de se mesurer avec les champions allemands ou italiens.

Cette performance doit tout à la sagacité avec laquelle Jean Friess, PDG et créateur de l'entreprise en 1962, a mené cette aventure industrielle. Dès sa naissance, le constructeur lorrain met ainsi au point des petits centres d'usinage, rapides et ultraprécis. Ils répondent parfaitement aux besoins des ateliers confrontés à la production de pièces de précision. Autre coup de maître de ce visionnaire : il ne se contente pas de livrer ces machines, probablement les plus compactes au monde, à ces ateliers. Les machines estampillées Realmeca trouvent également une place de choix dans les laboratoires des lycées techniques et autres écoles d'ingénieurs, pour permettre aux apprentis de se faire la main sur un outil industriel. Les futurs mécaniciens et ingénieurs prennent ainsi connaissance de ses solutions qu'ils seront capables d'intégrer plus tard dans les ateliers qui les emploieront.

Des centres d'usinage multifonctionnels

Les années passent et la société lorraine peaufine ses systèmes d'usinage à grande vitesse. « Aujourd'hui, notre gamme dispose des centres d'usinage de 3 à 7 axes capables de développer des vitesses de broche de 80 000 tr/min, des avances de 30 m/min et d'usiner avec une précision de quelques micromètres ainsi que des centres d'usinage multifonctionnels », précise Bertrand Friess, directeur général de Realmeca. Des équipements recherchés par de nombreuses industries comme la micromécanique, le médical, l'horlogerie, l'automobile, l'aéronautique, l'électronique... des domaines confrontés à la fabrication de haute précision. Des machines conçues par le bureau d'études maison grâce aux cinq postes équipés du logiciel de CAO Catia V5 de Dassault Systèmes.

L'un des derniers-nés de cette gamme, le centre d'usinage 7 axes RM7 H, illustre cette volonté permanente d'innovation. Destinée à l'usinage de pièces complexes à partir de la barre, cette machine, véritable mini-usine, assure des opérations de fraisage en 5 axes simultanés, de perçage et de taraudage ainsi que de tournage, filetage et tronçonnage. Au chapitre innovation figure aussi le centre d'usinage RV-2 5A SP. Une machine autoadaptative disposant de différentes solutions de pose de pièces et d'une caméra pour le contrôle en fin d'usinage. Le contrôle de la puissance consommée et l'analyse vibratoire de la broche facilitent la gestion intelligente des outils de coupe.

Ce qui fait la force de l'entreprise - et son originalité - est sa capacité à proposer aux utilisateurs non seulement des installations qui traitent une application de A à Z, mais des solutions adaptées à chaque cas. Machines, outillages, automatismes, stratégies d'usinage... c'est une offre clés en main qui est présentée aux utilisateurs.

Une visite dans son fief de Clermont-en-Argonne est, à ce titre, plus qu'édifiante. Tout commence dans le hall flambant neuf du centre de formation et de mise au point des applications. « Aucune machine n'est livrée à l'utilisateur avant que la stratégie d'usinage adaptée ne soit mise au point dans notre centre », souligne Jean-Baptiste Medot, directeur commercial. Des logiciels de FAO comme Catia V5, Gibbs, Mastercam ou Typ 3 facilitent la tâche des sept techniciens, des véritables prestidigitateurs de l'usinage habitués à résoudre la quadrature du cercle. Comme, par exemple, l'usinage des boîtiers de montres de luxe. Ces bijoux, qui peuvent atteindre des prix astronomiques, sont tous dotés d'une très belle mécanique, souvent originale. « Il s'agit d'une application de haute volée qui nécessite une maîtrise absolue de la précision d'usinage », relève le spécialiste de Realmeca.

Des automatismes qui dopent la productivité

La fabrication des platines et des boîtiers de ces montres est testée sur toutes les coutures grâce aux équipements du centre pour déterminer les outils de coupe ainsi que les paramètres d'usinage idoines. « Nous avons ainsi constaté que l'usinage sur 5 axes simultanés du nouveau boîtier "garde temps" des montres Richard Mille nécessite des outils diamantés », poursuit Jean-Baptiste Medot. La raison ? Il est fabriqué en CMM Alusic, un composite à matrice métallique chargé de silicium, un matériau très difficile à usiner, utilisé dans des applications spatiales. La productivité est, elle aussi, dans la visée des spécialistes du centre qui déterminent les équipements d'automatisme correspondant le mieux à l'application. Les centres d'usinage peuvent être équipés de systèmes de palettisation (Erowa ou System 3R), ce qui permet d'allier l'usinage de superprécision avec une grande vitesse de cycle.

Les méthodes modernes de production ne sont pas oubliées non plus. Ainsi, la fameuse Lean Production ou fabrication au plus juste est testée grâce à une cellule de production palettisée qui comporte deux centres d'usinage RM (l'un vertical, l'autre horizontal). Installée dans la division aéronautique qui fabrique des ensembles technologiques complexes, cette solution permet de valider les volumes de production adaptés. Encore un exemple de l'approche "sur mesure" qui est sans doute la marque de fabrique de Realmeca.

La tenue thermique des machines contrôlée

Cette volonté est également affichée dans le hall de montage des équipements qui prolonge le centre de mise au point des applications. Les machines en cours d'assemblage font ainsi l'objet d'un contrôle pointilleux. Leur calibrage est assuré à l'aide d'outils avancés comme les interféromètres lasers et autres ballbars conçus par l'un des spécialistes de la mesure de précision, Renishaw. « On contrôle ainsi au dixième de micromètre les déplacements des axes ainsi que la précision angulaire des axes rotatifs », indique Jean-Baptiste Medot.

La tenue thermique des machines fait aussi l'objet d'une attention particulière. C'est le cas pour le nouveau centre de tournage de grande dimension. En cours de construction, cette machine, d'un design moderne et dotée d'une broche maison, possède des installations de réfrigération des éléments chauffants. « Nous avons même séparé du corps de la machine les armoires électriques », insiste le spécialiste.

La plupart de composants des machines sont fournis par des sous-traitants de la région qui respectent le cahier de charges draconien du constructeur. L'entreprise tient cependant à conserver la fabrication des éléments critiques. Le bâti en béton polymère, par exemple, est coulé dans l'atelier de Clermont-en-Argonne. Extrêmement rigide, il absorbe les vibrations et diminue les dilatations de la structure.

Un centre de formation en Roumanie

Ce savoir-faire technologique, accompagné de la capacité de fournir une solution globale, ouvre au constructeur meusien de nouvelles opportunités. La preuve : l'installation d'un atelier comportant pas moins de 41 centres d'usinage et 31 tours à commande numérique Realmeca/ Spinner chez le sous-traitant Compa, en Roumanie. Jean-Baptiste Medot retrace cette histoire exemplaire : « Notre voisin Honeywell Garrett, équipementier à Thaon-les-Vosges, utilisait depuis un certain temps nos machines. Il nous a donc demandé de l'accompagner sur d'autres marchés, notamment en Roumanie, pour équiper des entreprises fabriquant des composants d'automobiles. » La demande était sans appel : le sous-traitant roumain avait besoin d'une solution globale. Realmeca a donc concocté autour de ses machines une offre complète en liant des partenariats avec des fabricants d'outils de coupe, de systèmes de contrôle, etc. Sans oublier bien sûr la mise au point du procédé d'usinage.

Soucieux de contribuer à l'avenir industriel de ce pays en développement, Realmeca ne se limite pas à la simple fourniture de ces solutions. Le constructeur lorrain a créé un centre de formation professionnelle dans l'usine de Compa pour pallier le manque de main-d'oeuvre qualifiée. Car sans opérateurs capables de piloter de telles machines avancées, comment les installer dans les usines roumaines ?

Pour répondre à ces nouvelles demandes, Realmeca ne cesse de se transformer. Prochaine évolution : la construction d'un centre logistique ultramoderne pour les composants de machines-outils. Le progrès ne s'arrête jamais à Clermont-en-Argonne...

L'ENTREPRISE

- 160 personnes, dont six au bureau d'études et sept au centre technique de mise au point des applications. - 26 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2006, dont la moitié réalisée grâce à l'activité d'intégration d'ensembles technologiques pour des avions comme le Mirage 2000 ou le Rafale ou des missiles comme l'Exocet.

DES ALLIANCES COMPLÉMENTAIRES

De l'Allemagne aux États-Unis... c'est le grand écart que l'entreprise lorraine a fait pour trouver des équipements qui complètent harmonieusement sa gamme. > Côté américain, elle a choisi Haas, un constructeur réputé pour son savoir-faire dans le domaine de la machine économique. Mais attention, économique ne veut pas dire sans qualités : ses machines se vendent comme des petits pains. « Les équipements du constructeur américain, que nous adaptons toujours au cahier des charges des utilisateurs, étendent notre gamme en prenant en compte l'usinage de pièces plus grandes », souligne Jean-Baptiste Medot, directeur commercial de Realmeca. > Côté allemand, pour combler le vide entre les machines économiques de Haas et les siennes, adaptées aux applications complexes, Realmeca a sélectionné les machines de Spinner. Destinées à la production de lots plus importants, elles comportent des centres de tournage multiaxes et des centres d'usinage de grande taille.

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