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Point de vue

Réalité virtuelle : face aux casques, les CAVE font de la résistance

Réalité virtuelle : face aux casques, les CAVE font de la résistance

Christophe Chartier, Immersion

Christophe Chartier, président et fondateur d'Immersion, l'un des grands intégrateurs français de systèmes de réalité virtuelle, pose la question et relativise l'usage des casques de réalité virtuelle face aux CAVE (Cave Automatic Virtual Environment), ces cubes formés de plusieurs écrans, et déjà adoptés depuis 20 ans par les industriels.

 

Tous les professionnels de la réalité virtuelle (RV) s’accordent à dire que 2016 est une année charnière pour le développement du marché. L’engouement naissant pour les casques de réalité virtuelle pose un certain nombre de questions : l’avènement des casques est-il un facteur de démocratisation de la réalité virtuelle ? Les casques immersifs vont-ils inonder les usines du futur ? Au final, les casques répondent-ils aux besoins et usages des industriels et des entreprises ? 

2016, l’année de la vulgarisation de la réalité virtuelle

Cette année, les Samsung, Apple, HTC et autres poids lourds du secteur ont investi des milliards de dollars dans la réalité virtuelle pour booster la commercialisation des casques immersifs. Après avoir relevé ce premier challenge, une question se pose : le prochain défi serait-il de rendre cet objet aussi indispensable qu’un smartphone ?

Force est de constater que 2016 restera une année marquante pour la commercialisation des casques immersifs, et ce, malgré des prix encore peu abordables pour le grand public. Mais le chemin de la démocratisation de la RV est encore long. L’arrivée de casques à portée de tous prouve la maturité de cette technologie, mais pas encore sa démocratisation, d’autant que la technologie a encore besoin de progresser. Aujourd’hui, les spécialistes s’accordent à dire que la qualité de l'expérience RV varie fortement selon les produits.

CAVE versus casques de RV ?

On oppose souvent deux systèmes qui sont diamétralement opposés en termes de taille et de coût : les casques immersifs et les CAVE. Mais il faut garder à l’esprit qu’il existe une multitude de dispositifs immersifs intermédiaires capables d’offrir une immersion de qualité en fonction des besoins et du budget de l’industriel.

Quel système répond le mieux à mon usage ? Bon nombre d’industriels se posent cette question, notamment depuis la commercialisation des casques à grande échelle. À l’heure où la rationalisation des prix permet aux industriels de commencer à s’équiper massivement, il apparaît stratégique de les aider à mettre en perspective CAVE et casques.

D’un côté, les CAVE, véritables salles de travail immersives qui recréent un univers à l’aide d’images vidéoprojetées et positionnées tout autour de l’utilisateur pour former un cube. De l’autre, des casques de réalité virtuelle tels que le Samsung Gear VR, HTC Vive, etc., qui reposent sur une immersion individualisée.

Si de nombreux systèmes immersifs existent déjà depuis plus de 20 ans dans les secteurs de l’aéronautique, l’automobile… l’intégration de casques pour compléter ces dispositifs n’est encore pas systématique.

Côté technique, les freins sont multiples :

  • Qualité du rendu : même avec les casques les plus performants, tels que le HTC Vive, le phénomène de pixellisation reste encore trop important. Dans le domaine du design l’automobile, Philippe Deren, responsable du design numérique au sein du Groupe PSA et client d’Immersion, confirme : « L’industrie automobile est très exigeante lors des phases de validation du design des voitures. La couture ou le grain du cuir sont des détails qui comptent, et nos professionnels ont besoin d’un rendu virtuel fidèle au réel. » Les CAVE peuvent offrir des performances (résolution, colorimétrie…) largement plus proches du réel que ce qu’offrent actuellement les meilleurs casques.
     
  • Interactivité : la qualité d’une expérience immersive est fortement liée à la capacité du système de réalité virtuelle à assurer une interaction dynamique entre l’utilisateur et la maquette numérique. Le fonctionnement des CAVE est généralement accompagné d’une architecture de calcul permettant le calcul en temps réel de modèles d’une grande complexité, alors que l’usage actuel des casques se focalise sur l’exploration et la manipulation de modèles moins complets.  
     
  • Largeur du champ de vision : alors qu’un casque couvre un champ visuel restreint (110° pour le HTC Vive), le CAVE permet de couvrir entièrement le champ visuel humain qui est de 210°, optimisant ainsi l’immersion.

 

Côté confort d’utilisation, différents points sont à challenger :

  • Mal de la réalité virtuelle (Cybersickness) : des incohérences sensorimotrices, dont la visuo-vestibulaire, peuvent provoquer mal être et nausées selon la sensibilité des utilisateurs, que ce soit avec un CAVE ou avec un casque. Avec ce dernier, l’occultation du propre corps et des mains de l'utilisateur, et même s'ils sont représentés virtuellement, peut exacerber l'inconfort de l’utilisateur.
     
  • Dimension collaborative : l’utilisation d’un casque peut être perçue comme anxiogène. Ce dispositif avant tout individuel peut également être un frein à la collaboration, puisqu’il limite les interactions entre professionnels. Philippe Fuchs, chercheur en réalité virtuelle et professeur à l'école Mines ParisTech avec lequel nous collaborons régulièrement explique : « Contrairement à ce qu’on lit, le casque n’est pas l’outil le plus approprié pour la formation. Il isole complètement l’apprenant et limite les échanges avec son formateur. » Du côté de chez Renault Trucks, même son de cloche : « L’isolement peut être un frein dans le milieu professionnel autre que le gaming. Le nombre de personnes pouvant voir les images diffusées sur un CAVE est plus important, ce qui favorise le travail collaboratif » explique Frédéric Rabellino responsable des activités de RV. Philippe Deren ajoute : « Chez PSA, nous sommes capables de prendre des décisions en 15 minutes d’immersion dans un CAVE. »  Au-delà de faciliter la collaboration, le CAVE fiabilise le processus de prise de décision. Les collaborateurs, complètement mobiles et sans être gênés par un câble, évoluent dans une immersion totale et peuvent interagir intuitivement et facilement avec l’environnement immersif.

Comparaison faite, il est important de remettre dans le contexte : « un casque est financièrement accessible pour les entreprises et les industriels, mais il existe toute une gamme de vidéoprojecteurs relief répondant aux exigences en termes de coût bas et de qualité, sans les contraintes liées aux casques » explique Philippe Fuchs.

Chaque industrie a son besoin, chaque système immersif répond à un usage

Philippe Deren chez PSA nous confie ne pas pouvoir se passer du CAVE : « Dans le domaine du Design et du Style automobile, c’est l’outil le plus adapté à nos besoins notamment dans les phases de validation et de R&D. » Pour Frédéric Rabellino de chez Renault Trucks où l’utilisation des casques et des systèmes immersifs a débuté en 1998 : « Nous utilisons énormément les casques immersifs de type Kaiser Electronics pour l’analyse ergonomique des cabines de camion. À l’inverse notre « Powerwall » sert à l’observation de l’extérieur du véhicule car nous avons un besoin de qualité visuelle optimale pour la peinture par exemple. Chez Renault Trucks, l’intégration des casques dans le milieu industriel existe déjà depuis longtemps dans le domaine de l’ingénierie, mais pas dans d’autres services comme la formation, ou l’après-vente par exemple »

Pour remettre en perspective, oui, le casque donne l’opportunité de démocratiser la RV auprès d’un plus grand nombre de collaborateurs grâce à son coût peu élevé : il accélère indéniablement la pénétration du marché de la RV dans le monde de l’entreprise, et plus seulement celui de l’industrie. C’est un coup de projecteur sur les technologies de la RV au sens large.

Ceci étant, notre vision d'expert nous pousse à constater que, loin de s’opposer, CAVEs et casques se complètent et peuvent coexister dans l’univers industriel. Contrairement aux idées reçues, nous sommes persuadés que le casque ne remplacera pas le CAVE : ces deux outils ne répondent ni aux mêmes besoins, ni aux mêmes usages. Les professionnels du secteur se doivent d’orienter leur client vers la solution la mieux adaptée à leur besoin. Cette démarche qualitative permet d’adapter les systèmes immersifs, casques, CAVEs ou autres, en fonction des besoins de l’entreprise : la RV nécessite un traitement sur mesure et individualisé !

Christophe Chartier

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