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Rationaliser la conception pour coller aux tendances

Thierry Mahé

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Rationaliser la conception pour coller aux tendances

Vue CAO sur AutoCAD 2D du dessus d'un des éléments arrondis de la cuisine Giro.

© D.R.

Toujours plus réactif au marché et ouvert aux technologies, Cuisines Schmidt aplanit la complexité de ses produits par la normalisation et une logistique sans faille.

«La cuisine n'est plus un ensemble de meubles mais un aménagement de l'espace, plus seulement une pièce fonctionnelle mais un lieu de vie », observe Wolfgang Thorwart, directeur du développement produit de Cuisines Schmidt. Qui souligne l'impact des phénomènes de société (nouvelle convivialité, cocooning...) sur la conception même de cet équipement. « Je distingue trois familles de tendances. Celles qui touchent aux coloris, à l'aspect... évoluant au rythme annuel. Puis, les tendances lourdes qui modifient la conception même de l'habitat. Enfin, les tendances fonctionnelles, liées à une évolution technologique. » C'est pourquoi la firme alsacienne ne se contente plus de couvrir les salons européens du meuble, mais surveille tout ce qui bouge dans l'art déco, s'adjoint depuis quatre ans les services de designers, et défriche de nouvelles technologies. « Notre collection est européenne, conjuguant les demandes plus spécifiques à chaque pays : plus fonctionnelles en Allemagne, plus tirées par l'esthétique en Italie... » Toujours plus réceptive à "l'air du temps", l'entreprise s'est aussi dotée d'un bureau d'études (BE) et d'un outil industriel rationalisé à l'extrême.

Trois activités menées de front à chaque projet

Dans ce contexte de renouvellement plus fréquent des modèles, le bureau d'études occupe le rôle central. Veillant à multiplier les variantes tout en contenant la complexité industrielle, d'autant plus criante que l'entreprise est multimarque. « La standardisation industrielle de nos produits est notre force, souligne Wolfgang Thorwart, et nous avons développé en interne un configurateur capable de générer une infinité de modèles à partir d'un nombre fini de composants. »

Ainsi, les contraintes d'industrialisation sont intégrées dès le départ d'un projet. « Si l'on croise dimensions, coloris, matériaux, types de poignées... la combinatoire est plus explosive encore que dans l'automobile ! » L'exemple ne doit rien au hasard puisque Cuisines Schmidt a un mode de production très proche de celui de l'automobile : à la commande et non par lot de pièces, en juste à temps, avec très peu de stock, s'appuyant sur une supply chain strictement ordonnancée... Fait révélateur : le patron du développement, Wolfgang Thorwart, a d'abord piloté l'ingénierie, puis dirigé l'usine. « Nous nous sommes fait aider un temps par Renault. Et deux de nos concurrents allemands ont pris exemple, l'un sur Volkswagen, l'autre sur BMW ! » s'amuse-t-il.

Christan Rosenzwey pilote le bureau d'étude de Cuisines Schmidt, qui transforme un cahier des charges général en plans détaillés. Il explique : « Un projet, c'est trois-projets-en-un. Le développement du produit proprement dit. Mais aussi la conception des supports et outils de vente chez nos concessionnaires. Enfin, l'industrialisation et les achats. Ces trois activités trouvent leur cohérence dans la codification très précise de notre GPAO. » Tout est mené de front, et dans des délais qui se resserrent. Car si l'entreprise accorde plus de temps à la phase exploratoire d'observation du marché, il faut que tout s'accélère en conception. D'autant que la durée de vie des modèles, aujourd'hui de quatre ans, sera bientôt de deux ans. En prévision, les dirigeants souhaitent voir la durée de leurs cinquante ou cent projets annuels passer de six à dix-huit mois aujourd'hui à moins de trois mois. Comment ? « Par un ré-engineering des procédés, la capitalisation des solutions, l'amélioration continue, en qualité perçue comme en écarts de production. Et aussi une plus grande implication des fournisseurs », indique Wolfgang Thorwart.

Environnement et développement durable

Au bureau d'études échoit également un travail continu d'amélioration des produits existants, en concertation étroite et régulière avec les concessionnaires des trois marques ; soit une cinquantaine d'actions par an.

Autre fait marquant, la lame de fond du développement durable. « Nous y veillons de plus en plus. Pour satisfaire le consommateur, mais aussi pour anticiper la réglementation. Dans le choix des matériaux comme du moindre impact environnemental des procédés. » Ainsi, l'entreprise a-t-elle réduit de 97 % les émissions de COV (composés organiques volatils dus aux solvants), valorisé ses déchets, adopté des emballages réutilisables. De même, elle surveille de très près les travaux menés sur le pôle de compétitivité Fibres à Épinal (Vosges) sur les futurs matériaux composites d'origine végétale. Ces derniers pourraient en outre contrebalancer une envolée du prix du bois. Le recyclage des produits en fin de vie se pose de même avec plus d'acuité.

La technologie au service de l'émotionnel

Le BE a aussi en charge d'intégrer de nouvelles technologies et de nouveaux métiers. En particulier l'électronique, qui suscite le projet "cuisine du futur", dans le cadre du programme Cap'Tronic lancé en 2003 avec le soutien de l'association Jessica France. Ce "concept cuisine" met en avant une structure en Perspex (matériau translucide de Lucite International) dont l'aspect est mis en valeur par un éclairage à contre-jour à base de LED. Les responsables de Cuisines Schmidt expliquent : « Ici, la technologie sert le caractère émotionnel du produit. Mais l'électronique va prendre une part croissante, comme pour l'ouverture automatisée des portes. Là encore, nous "lisons" une tendance : le vieillissement de la population. »

L'approvisionnement en composants pose des problèmes insoupçonnés. « Le contact d'une porte de cuisine doit supporter 120 000 cycles. On est plus proche de la sévérité du ferroviaire que de l'automobile ! » Dans cette optique, l'industriel veut développer son réseau régional de fournisseurs de composants et de systèmes.

L'innovation que "digère" continuellement le BE a trait aussi à de nouvelles ergonomies, quitte à repenser le "carré" du plan de travail. Ainsi, le projet Giro offre un meuble évier intégralement courbe - et non prismatique, comme il est fait ici ou là. À nouvelles formes, nouveaux outils. Et Christan Rosenzwey envisage de faire migrer la CAO 2D actuelle vers des outils 3D comme le logiciel Pro/Engineer de PTC, de plus capable de valider la cohérence globale des meubles (détection de collisions, montage...)

Enfin 8 % de l'activité du BE est liée à des demandes particulières, hors collections. Là, l'industriel se refait artisan.

L'ENTREPRISE

- 1er des cuisinistes français - L'entreprise alsacienne SALM conçoit, fabrique et distribue les marques Cuisines Schmidt (moyen haut de gamme), Cusinella (entrée de gamme) et EMK (cuisines en kit). - Siège à Lièpvre (Haut-Rhin). - 3 usines de fabrication, à Lièpvre (Haut-Rhin), Sélestat (Bas-Rhin) et Türkismühle (Sarre, Allemagne) - 1 178 personnes - 265 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2006

LE BUREAU D'ÉTUDES

- 15 personnes, dont 1 prototypiste, 8 personnes pour la mise au point et l'industrialisation, 1 technicien pour l'étude des meubles spéciaux et pas moins de 5 personnes en charge de la base de données techniques qui stocke 20 000 composants. Les outils - La CAO est répartie sur 8 postes équipés d'AutoCAD (2D) d'Autodesk - Le BE s'équipe progressivement de Pro/Engineer de PTC (3D paramétrable).

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