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Rapport CFE : la moitié de la future consommation européenne d'hydrogène pourrait être importée

Aline Nippert

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Rapport CFE : la moitié de la future consommation européenne d'hydrogène pourrait être importée

Air Liquide a inauguré, en janvier 2021, la plus grande unité du monde de production d’hydrogène décarboné par électrolyse à membrane (20 MW) au Canada (photo). Pour répondre à la demande européenne, le rapport du Conseil français de l'énergie estime qu'au moins 730 GW d'électrolyseurs devraient être déployés d'ici 2050 en Europe.

© Air Liquide

Le Conseil français de l'énergie (CFE) a présenté, lundi 22 novembre, un rapport qui conclut sur la nécessité d'importer de l'hydrogène en Europe si l'on souhaite satisfaire la future demande européenne en hydrogène. Les estimations des coûts de l'hydrogène livré, qu'il soit importé ou produit localement, sont très incertains.

Faudra-t-il importer de l’hydrogène en Europe ? Le Conseil mondial de l’énergie a, lui aussi, planché sur ce bouillonnant sujet. Son comité français a ainsi organisé un séminaire pour présenter les résultats d’une étude sur le rôle de l’hydrogène décarboné en Europe, mardi 23 novembre à l’Hôtel de l’Industrie (Paris). « Nous ne parviendrons pas à satisfaire la demande en hydrogène avec notre seule production intérieure », tranche Marco Baroni, co-auteur du rapport et expert énergie pour Baroni Energy Consulting. L’étude se base sur les prévisions en termes de coût et de volume de cinq pays européens (Autriche, France, Allemagne, Italie et Espagne) et de quatre pays exportateurs possibles (Chili, Égypte, Maroc et Russie).

Pourtant, les coûts de l'hydrogène livré à horizon 2050, très difficiles à évaluer, n'encouragent pas forcément la mise en place de politiques d'import-export ambitieuses dans le secteur de l'hydrogène. « Nous sommes plus ou moins au même niveau de coûts entre hydrogène importé et hydrogène produit en Europe », indique M. Baroni… à une nuance près : « les incertitudes sont très importantes ». « Les composantes du coût peuvent avoir des amplitude très différentes selon le type de technologie, le pays d’origine et la localisation du projet… » précise-t-il.

Incertitudes des composantes du coût de l’hydrogène importé livré à un client industriel en 2050. © Rapport « Importations d’hydrogène décarboné dans l’Union européenne : défis et opportunité »

Ainsi, notent les auteurs, les incertitudes associées à chaque élément de coût peuvent faire augmenter le coût global jusqu’à 50% ou le faire baisser de jusqu’à 40%. « Il est en effet important de se rappeler que seuls quelques projets existent, pointe M. Baroni. La plupart des gazoducs doivent encore être reconvertis ou construits, les réductions des coûts d’investissement pour les électrolyseurs doivent encore être réalisées et certains éléments, comme les navires, n’existent pas. »

Plus de 2800 TWh de demande électrique additionnelle

Si le rapport conclut sur la nécessité d'importer de l'hydrogène en Europe, c'est bien à cause des colossaux volumes envisagés. La demande européenne d’hydrogène est en effet estimée à 60 millions de tonnes dans l’étude présentée d'ici 2050, soit six fois plus qu’aujourd’hui. « Sachant qu’à l’heure actuelle, la quasi-totalité de l’hydrogène consommée est carbonée, produite à partir de gaz naturel (via le procédé de vaporéformage) », rappelle M. Baroni. Pour produire cet hydrogène par électrolyse, la demande supplémentaire en électricité s’élèverait à environ 2800 à 2900 TWh, « soit presque l’équivalent de la production d’électricité de l’ensemble de l’UE aujourd’hui », est-il noté dans le rapport.

Puissance installée pour l’énergie solaire photovoltaïque et l’énergie éolienne dans l’Union européenne, avec et sans capacité supplémentaire pour la production d’hydrogène, 2020-2050. © Rapport « Importations d’hydrogène décarboné dans l’Union européenne : défis et opportunité »

Pour atteindre cet objectif titanesque, les auteurs du rapport estiment que la capacité combinée de l’énergie éolienne et solaire photovoltaïque de l’UE devrait être multipliée par huit d’ici 2050 par rapport à aujourd’hui. Concernant les électrolyseurs, plus de 730 GW avec un facteur de capacité moyen de 45% (environ 4 000 heures) devraient être déployés sur le territoire européen. À titre de comparaison, l’Union européenne vise, dans sa stratégie hydrogène, la mise en place de 40 GW d’ici 2030, soit seulement 5% de la capacité à atteindre en 2050 pour se passer de l’importation. « L’Allemagne et l’Autriche ont déjà publiquement déclaré qu’ils n’arriveraient pas à satisfaire leur demande domestique sans importation », commente Marco Baroni.

Résultat : d'après les auteurs, l’UE devra probablement importer environ la moitié des 60 millions de tonnes d’hydrogène décarboné et produits dérivés qu’elle utilisera d’ici 2050. « Environ 11,5 millions de tonnes d'hydrogène, soit environ 40 % des besoins totaux d'importation de l'UE pourraient venir de pays d'Afrique du Nord. La plus grande partie de la production pourrait être transportée par pipeline : du Maroc et de l'Algérie (éventuellement de la Mauritanie) vers l'Espagne, de la Tunisie vers l'Italie et de l'Egypte (éventuellement de la Libye) vers la Grèce et l'Italie. De plus petites quantités pourraient être transportées par bateau, sous forme d'ammoniac décarboné », imagine le co-auteur.

Les 19 millions de tonnes d'importation restantes seraient assurées, d'après l'étude, par plusieurs pays à travers le monde, « comme les pays du Golfe, le Chili, l'Australie, l'Afrique du Sud et d'autres ». L'objectif étant d'atteindre la neutralité carbone à horizon 2050, encore faudrait-il évaluer l'impact carbone de ces importations longues distances.

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