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Qui est la jeune société finlandaise Terrafame qui fournira à Renault le nickel des batteries électriques ?

Aline Nippert
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Qui est la jeune société finlandaise Terrafame qui fournira à Renault le nickel des batteries électriques ?

Site de production de Terrafame dédié à la chimie des batteries.

© Lentokuva Vallas Oy / Terrafame

Le constructeur automobile Renault et l'entreprise minière finlandaise Terrafame ont annoncé avoir scellé, le 8 octobre, un partenariat visant garantir la traçabilité de la chaîne d'approvisionnement et à sécuriser le très stratégique sulfate de nickel. Le procédé de Terrafame, qui intègre une étape de lixiviation à partir de bactéries, bénéficie d'une empreinte carbone moindre par rapport à la moyenne des industries minières. Décryptage.

La tension monte sur les matériaux critiques des batteries lithium-ion, Renault s'y prépare. Le constructeur a annoncé avoir signé, vendredi 8 octobre, un mémorandum d’entente avec Terrafame. L'objectif ? Sécuriser une partie de son futur approvisionnement en sulfate de nickel – l’un des matériaux clés de la cathode des batteries Li-ion.

Née il y a seulement six ans, l’entreprise minière finlandaise se définit comme la plus grande productrice de sulfate de nickel conforme aux exigences du marché automobile d’Europe. « Cet accord, qui nous lie pour plusieurs années avec Renault, est unique en son genre : le but n’est pas seulement de sécuriser l’approvisionnement, mais de construire une chaîne de valeur dans le domaine des batteries entièrement européenne ! » s’enthousiasme Joni Lukkaroinen, PDG de Terrafame.

La quantité de nickel fournie serait suffisante pour la fabrication de 300 000 véhicules électriques, d’après le communiqué. « Ce qui représente environ 30 % de notre capacité de production à l’année », commente M. Lukkaroinen, qui précise que Terrafame peut produire annuellement jusqu'à 170 000 tonnes de sulfate de nickel.

À côté du nickel, Terrafame produit du sulfate de cobalt (7 400 tonnes par an) et, en moindre quantité, du sulfate de zinc et de cuivre. « Tous nos produits sont issus de notre propre exploitation minière, pointe le PDG de Terrafame. En plus d’une parfaite traçabilité de nos sulfates, nous avons l’une des empreintes carbone les plus basses de l’industrie. »

Lixiviation à partir de bactéries

De bons résultats qui s’expliquent en grande partie par leur technologie de « biolixiviation ». Terrafame se sert des bactéries naturellement présentes dans les minerais pour dissoudre les métaux d’intérêt. « Nous extrayons les minerais de nos mines, les concassons et les homogénéisons pour qu’ils aient une taille d’environ 8 mm. Puis, dans des zones dédiées, nous accélérons le processus naturel en soufflant de l’air dans nos morceaux de minerais et en les irrigant par une solution acide », décrit Joni Lukkaroinen.

La lixiviation classique consiste pour sa part à plonger la black mass – une poudre contenant les métaux à récupérer – dans un bain d'acide. « L’empreinte carbone de notre production de nickel est inférieure d’environ 60 % par rapport à la moyenne, notamment parce que, grâce à la biolixiviation, nous n’avons pas besoin de concasser finement notre minerais », ajoute le spécialiste.

Première zone de biolixiviation sur le site de Terrafame.

La contrepartie de ce procédé plus vertueux ? Le temps. « Les particules de minerais restent d’abord pendant environ un an et demi dans une première zone de biolixiviation. Ensuite, nous les récupérons et les acheminons vers une autre zone, où elles resteront encore trois ans et demi avant que les matériaux métalliques ne soient solubilisés », raconte M. Lukkaroinen.

Développer le recyclage des batteries

Après la biolixiviation, la récupération des métaux se fait par précipitation, une technologie d’extraction courante. « Dans l’ordre, nous extrayons sélectivement d’abord le sulfate de cuivre, puis de zinc et ensuite un mélange de sulfates de nickel et de cobalt », détaille-t-il.

Le mélange nickel-cobalt est alors acheminé vers une unité dédiée à la chimie des batteries pour séparer le sulfate de nickel et le sulfate de cobalt. « Le procédé se décompose en trois phases principales : lixiviation sous pression, extraction par solvant et cristallisation », énumère Joni Lukkaroinen. « Nous sommes d’ailleurs très heureux d’avoir augmenté nos capacités de production dans le domaine de la chimie des batteries depuis juin dernier. Nous opérons désormais l'une des plus importantes lignes de production du monde pour la chimie des batteries dédiés aux véhicules électriques. »

L'ambition de Terrafame ? « Nous avons la volonté d'être l'entreprise minière productrice de matériaux pour les batteries avec l'empreinte carbone la plus minime qui soit », insiste M. Lukkaroinen. Mais, la mine qu’elle exploite ayant une durée de vie limitée, estimée à 37 ans, le jeune entreprise pense déjà à l’avenir : « Nous sommes en train de développer des procédés de recyclage pour récupérer les métaux d’intérêt des batteries en fin de vie », souligne le PDG de Terrafame.

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