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La fabrique de l'innovation

Quel business model pour vivre de l'innovation?

Quel business model pour vivre de l'innovation?

© DR

Une fois n’est pas coutume, dans cette édition de sa chronique la Fabrique de l’innovation, Thibaut De Jaegher cède sa place à Michel Vernet, inventeur et dirigeant de la société Tenrêv. A l'approche de l'annonce, ce week-end, des lauréats du plus célèbre des concours dédiés aux inventeurs, le fameux concours Lépine, dont il a lui-même été lauréat, il s'exprime dans les colonnes d'Industrie & Technologies sur les recettes pour transformer une bonne idée en activité commerciale.

Les concours d'inventions et de créations d'entreprises bénéficient d'un intérêt médiatique grandissant. Pourtant, on peut se demander combien de créateurs et d'inventeurs parviennent réellement à développer une activité commerciale liée à leur innovation. Et pour ceux qui y parviennent, quels sont les ressorts de la réussite ? Existe-t-il des points à faire et à ne pas faire pour développer un business modèle rentable avec son innovation ? Réponse en quatre règles d'or.
 

Règle numéro un : entretenir un lien fort avec ses inventions

Le point le plus important lorsqu'on discute avec un inventeur, c'est qu'il croit, au sens propre, à son produit. Pour lui, le résultat de son innovation est d'abord :

  1. Une prouesse mentale : avoir été capable d'identifier un besoin ou un problème et avoir été en mesure de trouver une solution originale et innovante
     

  2. Une prouesse dans le domaine de la conception : avoir été capable de modéliser cette solution
     

  3. Une prouesse technique : avoir été en mesure de trouver une solution technique, voire industrielle, pour concevoir et fabriquer le produit, de façon artisanale, semi-industrielle ou industrielle.

Cette force de conviction a beau être déterminante pour la réussite d'un éventuel futur produit... s'y cantonner conduit à rester assez souvent éloigné de la commercialisation, et de la notion même de business model...



Règle numéro deux : ne pas sous-estimer les coûts de protection de son idée

L'invention finalisée, l'inventeur prend son habit "d'entrepreneur potentiel". La première chose à laquelle il pense, c'est de protéger son invention ou son innovation. Pour se protéger, il se rend donc à l’INPI pour déposer un brevet.

En terme de coûts, c
e brevet coûte en moyenne 500 euros pour le dépôt. Ensuite, comptez 20 à 30 euros par an pendant plusieurs années. Ce prix augmente les années passant : 100 euros par an, puis 200 euros, et ainsi de suite.

Plus le temps passe, plus l’INPI considère que le renouvellement du brevet signifie le succès commercial pour le propriétaire. Et donc, il augmente ses prix... même si l'entrepreneur est en pleine recherche d'investisseurs, de financements, etc.

On n'en est encore pas à réaliser des profits.
 

Règle numéro trois : s'assurer de l'adéquation entre prix de revient et prix de vente 

Les coûts prennent une autre tournure dès qu'il s'agit de passer à la phase de production. Il est nécessaire d'élaborer et de fabriquer des prototypes. De lancer de petites séries. Et ainsi de suite. Le coût unitaire de production est très élevé... et dépasse souvent le prix de vente du marché. C'est la raison pour laquelle de nombreux produits ne voient pas le jour, faute de financement, et surtout faute d'adéquation entre le coût de revient en production - en prenant en compte le fait qu'on peut rarement commencer par des volumes très importants-, et le prix de vente acceptable par les consommateurs. L'investissement, et le risque qu'il comporte, constitue un frein non négligeable à l'entrée sur le marché, à la création d'une entreprise ad hoc pour commercialiser le produit final. Ce faisant, la plupart des inventions ne sont jamais commercialisées... des milliers de brevets dorment à l'INPI sans concrétisation entrepreneuriale.

Règle numéro quatre : prendre son temps

Votre atout majeur? Le temps. L'idéal est de ne pas avoir besoin de rentabilité à court terme. Il faut “vivre” son invention, et un jour cela finit par payer. D'un côté, ce temps est nécessaire pour diminuer les risques, obtenir des financements, diminuer les coûts de production. De l'autre, ce temps permet de sensibiliser le marché, sur le principe que l'offre crée la demande. Cela prend souvent un temps non négligeable surtout dans le domaine des innovations. Ce temps permet de placer l'invention au cœur du marché. De faire le lien entre l'offre et la demande. Le prix trouve son équilibre, il devient acceptable pour les acheteurs potentiels. Et on est en mesure de le commercialiser dans le cadre d'une entreprise.

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