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Quantique : « Les premiers appels à projet seront lancés avant la fin de l'été », annonce Neil Abroug, nommé coordinateur du plan français

Propos recueillis par Manuel Moragues

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Quantique : « Les premiers appels à projet seront lancés avant la fin de l'été », annonce Neil Abroug, nommé coordinateur du plan français

© D.R.

Ancien du CEA et ayant participé au lancement et au suivi de la mission Fortezza, Neil Abroug a été nommé en mars coordinateur de la stratégie quantique française. Une nomination qui devait être publiquement annoncée ce 5 mai. En exclusivité pour Industrie & Technologies, il explique quel sera précisément son rôle. Désireux d' « aller vite», il détaille les premières étapes de son action, en particulier concernant le grand défi Nisq.

I&T : Qu'est-ce qui vous a amené à devenir coordinateur du plan quantique ?

Neil Abroug : J'ai participé aux prémices du plan, donc je connais bien le sujet. En 2018, quittant le CEA - où je m'occupais de systèmes embarqués et d'industrie 4.0 – pour la DGE, je découvre sur mon bureau une demande du Ministre au sujet d'une déclaration de Thierry Breton, alors PDG d'Atos, trois mois plus tôt, appelant la France à devenir un champion du quantique. L'idée était de creuser la question. Le travail a été mené, avec des discussions interministérielles, et, fin 2018, Cédric O, alors conseiller de l'Elysée, nous a propose de mettre en place une mission parlementaire pour donner plus de poids à cette ambition. La mission de Paula Fortezza était lancée. J'en ai été rapporteur et j'ai par la suite coordonné un groupe de travail interministériel pour définir la stratégie française qui a produit un document de travail à l'été 2020. Il a été décidé de recruter un coordinateur national de la stratégie. Dans la continuité de mon engagement des dernières années, j'ai eu envie d’assurer ce rôle.

Quel est ce rôle de coordinateur que vous voulez jouer ?

Il s'agit d'abord de mettre en œuvre la stratégie qui a été élaborée. L'exécution est clé pour qu'une stratégie ne reste pas de l’encre sur du papier. J’ai envie d’être moteur de cette exécution. Le rôle de coordinateur s'apparente à celui d'un chef d'orchestre, et par moment d'un équilibriste : le quantique recouvre différents domaines et différents types d'acteurs dont les intérêts peuvent être divergents. Il faut réussir à mobiliser tout le monde dans un but commun. Il faut préparer les arbitrages ministériels et définir des priorités, mais il s'agit aussi de trouver le bon équilibre entre la focalisation nécessaire pour être un compétiteur sérieux au niveau international et l'ouverture qui permet de continuer à creuser des pistes exploratoires qui pourraient se révéler essentielles à terme. C'est très important vu les incertitudes scientifiques, techniques et économiques qui restent encore dans le quantique. Mon rôle sera enfin de créer des synergies entre la recherche et l'industrie et d'articuler le plan français avec le niveau européen.

Premiers financements transférés avant la fin de l'année

Le plan était attendu avec impatience depuis l'été dernier, quel rythme entendez-vous donner à sa mise en œuvre ?

Il faut aller vite. La volonté d'aller vite a joué dans ma sélection en tant que coordinateur : les ministères comptent sur ma connaissance du dossier pour que je démarre tout de suite. L'enjeu est majeur : alors qu'un certain nombre de technologies du numérique ont été dominées par les acteur américains et asiatiques, il y a aujourd'hui l'opportunité de faire de la France un acteur de tout premier plan dans le quantique aussi bien dans le recherche que dans l’industrie. Nous avons une recherche de pointe, un rythme de création de start-up très élevé et des industriels comme Atos et Thales assez uniques en Europe. La France a de quoi réussir. Et comme les temps de développement sont longs, c'est aujourd'hui qu'il faut se lancer dans la compétition. Pour autant, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Le rôle d'équilibriste se retrouve aussi dans l'élaboration des projets, qui doivent respecter les règles concernant l'intervention de l'Etat dans l'économie.

Quelles seront vos premières actions ?

La toute première action consiste à mettre en place la gouvernance du plan. Il s'agit de proposer au Conseil de l'innovation les modalités d'exécution : calendrier, mécanismes de décision, de financement… Cela sera fait dans les prochaines semaines. Nous mettrons ensuite en place les appels à projets. J'ai l'intention que les premiers soient lancés d'ici à la fin de l'été. Après réception et sélection des candidatures, les financements seront effectivement transférés aux lauréats avant la fin de l'année. Les deux premiers sujets lancés seront le Grand Défi Nisq [pour "Noisy intermediate scale quantum", soit le calcul quantique s'appuyant sur des qubits bruités et en nombre limité, par opposition à un calculateur à très grand nombre de qubits parfaits, ndlr] et le Programme et équipements prioritaires de recherche.

Environ 5 accélérateurs quantiques à acquérir dans le cadre du grand défi Nisq

Que pouvez-vous dévoiler au sujet du Grand Défi Nisq ?

L'enjeu de ce grand défi, c'est de structurer une communauté d'utilisateurs autour d'accélérateurs quantiques de calcul. Le défi ne visera donc pas à développer de tels accélérateurs : nous prendrons des accélérateurs déjà existants, du moins en 2022. Nous aurons aussi besoin de langages de programmation quantique avec un niveau d'abstraction assez élevé pour que les développeurs n'aient pas à se frotter à la nature physique des qubits. Les utilisateurs doivent en effet pouvoir comparer les performances des calculateurs pour leurs propres applications. Ce qui bénéficiera aussi aux constructeurs des machines. Pour permettre cette comparaison, nous visons plusieurs accélérateurs, disons environ 5, dont nous veillerons à ce qu'ils utilisent différentes technologies de bits quantiques. En France, il y a par exemple la start-up Pasqal qui pourrait fournir un accélérateur, à base d'atomes froids.

Concrètement, comment se déroulera le lancement du défi Nisq ?

Il y aura probablement trois volets : l'acquisition des accélérateurs, leur interconnection avec des calculateurs classiques, l'intégration logicielle. Il n'y a a priori pas de raison pour que ces trois volets soient confiés à une seule entité. Ils seront soit lancés en même temps, soit de manière proche. Côté financement, 30 millions d'euros d'argent public et 15 millions issus du privé seront répartis sur les trois volets.

Vous allez aussi lancer le Programme et équipements prioritaires de recherche (PEPR) en 2021. En quoi consistera-t-il ? Les 150 millions d'euros de financement  prévus seront ils décaissés dès cette année ?

Nous voulons là aussi aller vite et avoir, avant la fin de l'année, sélectionné les projets les plus pertinents et réalisé un premier décaissement. Ce PEPR vise à soutenir la recherche scientifique dans le quantique. C'est crucial car, contrairement aux plans industriels des années 1970, à l’image des lanceurs spatiaux ou le nucléaire par exemple, des questions fondamentales restent ouvertes sur les phénomènes quantiques. Même si l'on fait des paris sur certaines technologies et dispositifs, il faut encore que l'on progresse dans les connaissances scientifiques. Le PEPR, tout en restant tiré par les applications finales, vise donc plutôt la recherche publique. Il s'agit de soutenir des travaux de recherche amont, de TRL 1 à 4, qui sont trop risqués pour que le privé les mène.

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