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Quand le portable devient talkie-walkie

Ridha Loukil

Orange s'apprête à lancer en Europe le premier service "push to talk" qui permet d'utiliser le téléphone portable comme un talkie-walkie.

Parler à son téléphone mobile comme à un Dictaphone, l'appareil devant la bouche et non contre l'oreille. L'image peut surprendre. Mais aux États-Unis, elle devient presque banale. Elle illustre une fonction et un service en vogue outre-Atlantique, ceux du "push to talk", qui permettent d'utiliser le portable comme un bon vieux talkie-walkie.

Véritable phénomène auprès des Yankees, ce surprenant usage s'apprête à débarquer en Europe. Orange devrait lancer bientôt le premier cette technologie, d'abord en Grande-Bretagne et en France puis dans dix autres pays où il est opérateur. Baptisé Talk Now, son service sera accessible dans un premier temps avec des combinés haut de gamme comme le Treo 600 ou le SPV E200. Un an après le lancement, la filiale de France Télécom espère rallier un million d'abonnés. De quoi prendre l'avantage sur son principal concurrent, le britannique Vodafone.

Sacré retour du talkie-walkie ! L'ancêtre du téléphone mobile revient sur le devant de la scène par le terminal qui l'a pourtant éclipsé. Motorola se frotte les mains. Inventeur du talkie-walkie en 1942, l'équipementier américain est aussi à l'origine de la technologie "push to talk" qu'il propose sur certains de ses portables mais aussi sous licence à d'autres équipementiers télécoms. Tous les terminaux offrant aux États-Unis cette fonction portent sa marque.

Initiée il y a plusieurs années sur le réseau propriétaire iDEN de Nextel, cette technologie a été récemment transposée sur les réseaux à la norme CDMA, comme ceux exploités outre-Atlantique par Verizon ou Sprint PCS. Elle s'apprête maintenant à s'étendre aux réseaux GSM/GPRS, en service en Europe, sous le nom de PoC (Push to talk Over Cellular). Depuis février 2003, Ericsson, Motorola, Nokia, Siemens et Sony Ericsson travaillent ensemble sur cette extension au sein de l'OMA (Open Mobile Alliance), l'organisme de normalisation des technologies liées au système de téléphonie mobile GSM. Une ébauche de standard a été définie en août 2003. Le standard définitif est attendu avant la fin de 2004.

 

Les opérateurs français inquiets pour les SMS

 

En Europe, les opérateurs se montrent plutôt prudents. Ils craignent que le PoC ne cannibalise une partie du trafic voix et que cela se fasse au détriment du juteux trafic des minimessages SMS. Un risque réel selon l'analyse de l'Idate à Montpellier. Or, la messagerie SMS constitue un véritable phénomène européen. Rien qu'en France, il s'est échangé près de 10 milliards de SMS en 2003. Facturé à 15 centimes le message, ce trafic représente un véritable pactole pour les trois opérateurs Orange, SFR et Bouygues Telecom. Une situation dénoncée d'ailleurs par Que Choisir comme une véritable opération de racket des jeunes, qui sont les plus grands utilisateurs de cette messagerie mobile en texte.

Les opérateurs européens se montrent d'autant moins pressés de se lancer dans l'aventure PoC que le standard peine à arriver. Échaudés par la malheureuse expérience de la messagerie multimédia MMS, ils veulent éviter à leurs abonnés une nouvelle déception. Avec ce service, on devait pouvoir s'échanger des photos avec le portable. Mais faute d'interopérabilité entre terminaux ou plates-formes MMS, les premiers à s'être équipés d'un téléphone à appareil photo ne pouvaient en pratique pas le faire.

Curieusement, ce scénario a tendance à se répéter à chaque nouveau service. Le PoC échappera-t-il à la règle ? Ce n'est pas sûr. Car, après l'union de départ sur le sujet, le front des équipementiers a commencé à se lézarder. Responsable désigné : Nokia. Le constructeur finlandais, qui développe sa propre technologie PoC, est suspecté par ses concurrents de privilégier sa version au détriment du futur standard. En février dernier, il s'est allié sur le sujet à Samsung qui intègre dans ses terminaux le logiciel PoC de la start-up FastMobile. À eux deux, ils contrôlent près de la moitié du marché des téléphones mobiles dans le monde. Nokia est tenté de profiter de sa position dominante pour imposer sa propre solution, sans attendre la définition du standard. La réaction de ses concurrents ne s'est pas faite attendre. En mars dernier, Ericsson, Motorola, Siemens et Sony Ericsson ont renouvelé leur engagement en faveur d'un standard et mis en place un programme de test d'interopérabilité.

Les industriels font aussi face à l'incertitude quant au choix technologique qui sera fait par les opérateurs. Pour les tests et la première phase de lancement, Orange a pris parti pour la solution de Kodiak Networks qui fait passer le trafic PoC par commutation de circuit, comme des conversations vocales normales. Ce choix épargne à l'opérateur de lourds investissements dans le réseau mais oblige les fabricants de terminaux à descendre très bas dans les couches logicielles pour implémenter la fonction PoC.

 

Envisager une mise à niveau du réseau

 

« Cette solution, très gourmande en ressources réseau puisqu'il faut allouer une ligne dédiée à chaque interlocuteur pendant toute la communication, convient pour un nombre de clients de quelques milliers, voire quelques dizaines de milliers. Mais dès qu'on parle de millions de clients, il faut passer au mode transmission par paquets sur le canal GPRS dédié aux données, à l'image de ce qui se passe sur Internet », estime Stéphane Bret, directeur de la division télécoms chez Siemens France. Cette alternative nécessite la mise à niveau du réseau. L'adaptation du terminal est en revanche plus simple. Elle s'effectue par téléchargement d'une nouvelle couche logicielle. En fonction de la stratégie marketing et du volume de clients visé, les opérateurs devront choisir où traiter la complexité : dans le réseau ou dans les terminaux. Pour l'heure, ils hésitent encore. Au risque de se faire voler la primeur par des opérateurs de réseaux GSM/GPRS en Asie.

13 millions d'utilisateurs aux États-Unis

Outre-Atlantique, le "push to talk" connaît un grand succès. Nextel le propose depuis plusieurs années sur son réseau propriétaire iDEN. Son service, baptisé DirectConnect, capte aujourd'hui plus de 13 millions d'abonnés. En 2003, Verizon lui a emboîté le pas, suivi par Sprint PCS. Cingular devrait suivre avec des réseaux GSM/GPRS.

POUSSEZ LE BOUTON...

Plus de numéros à composer. Il suffit de pousser le bouton "push to talk" du portable pour parler à un ou plusieurs correspondants à la fois. Une fonction pratique et économique pour alerter en même temps tous les membres de la famille, un groupe d'amis ou un cercle de plusieurs collaborateurs. Concrètement, cette fonction se présente comme l'équivalent vocal de la messagerie écrite SMS. L'utilisateur sélectionne dans son répertoire un ou plusieurs correspondants, puis presse le bouton "push to talk" pour parler. Le message vocal est ensuite encodé puis transmis par paquets sur le canal GPRS dédié à la transmission de données. Malgré un temps de latence de quelques secondes, cette fonction est assimilée à une messagerie vocale instantanée. Si le portable destinataire n'est pas disponible, le message est enregistré sur sa boîte de messagerie vocale.

... ET PARLEZ !

Le V400P est le premier téléphone portable chez Motorola équipé de la touche push to talk prévu pour le marché européen.

POUR EN SAVOIR PLUS

Retrouvez un point complet sur le "push to talk" sur notre site

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