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La semaine de Jean-François Prevéraud

PTC World : EADS explique pourquoi il a choisi Windchill comme PLM unifié

Industrie et  Technologies
J'ai assisté cette semaine au PTC World, rassemblement des clients français de PTC. L'occasion de faire le point sur les activités de la société, de découvrir ProductPoint et de rencontrer Jean-Yves Mondon, qui m'a expliqué pourquoi EADS a décidé d'unifie


A l'heure où le spectre de la crise économique rôde, PTC a terminé son année fiscale fin septembre 2008 sur de bons chiffres. « Notre année 2008 a été une année record, la meilleure en 23 ans d'existence, et nous avons dépassé le milliard de dollars de chiffre d'affaires », s'est réjoui Marc Diouane, Vice-président Europe de l'éditeur, en introduction de la journée. « C'est la preuve que l'ouverture vers les canaux de distribution indirecte fonctionne, et que nous gérons mieux nos clients ainsi que la conduite de leurs projets PLM ».

Dick Harrison, CEO de PTC, est ensuite venu rappeler les grandes tendances de l'industrie en terme de réduction des cycles de développement et d'amélioration de la qualité des produits conçus. Mais il a surtout détaillé les performances de l'entreprise. « Nous sommes beaucoup plus petits que nos principaux concurrents tels SAP, Siemens ou Dassault Systèmes, et pourtant un groupe comme EADS nous a retenu pour harmoniser son approche PLM. C'est donc que nos produits sont nettement supérieurs et cela se traduit dans nos résultats ».

Une croissance de 14 %

De fait, PTC a terminé son année fiscale 2008 sur un chiffre d'affaires de 1, 075 milliards de dollars en hausse de 14 %, soit plus du double de la croissance prévue par les analystes pour le marché. Il est vrai que PTC intègre maintenant les revenus de CoCreate Software. Et le bénéfice net augmente lui de 36 %, atteignant 160 M$, alors que le cash reste stable aux environs de 260 M$.

Des progressions qui sont encore plus sensibles en Europe. Ainsi, le vieux continent représente maintenant 42 % des revenus, avec une croissance de 27 %. Notons que si le Japon enregistre une croissance de 21 %, le reste de l'Asie ne croit que de 9 %, alors que l'Amérique du Nord stagne. Toutefois les ventes de licences nouvelles ne représentent plus que 30 % des revenus, en progression de seulement 7 :%, alors que la maintenance de la base installée représente 46 %, en progression de 22 %. En terme de famille de produits, la partie CAO (Pro/Engineer...) représente 62 % des revenus, en croissance de 13 %, alors que l'activité PDM (Windchill...) représente 38 % des revenus en croissance de 15 %. Enfin, la part des ventes indirectes via le réseau de revendeurs est de 25 %, en progression de 39 %.

« Autant dire que les rumeurs de difficultés et de vente de la société colportées par l'un de nos concurrents...français sont totalement non fondées. Soyons clair, PTC n'est pas à vendre ou alors très très cher, car nous sommes l'acteur ayant la plus belle progression du marché », commente malicieusement Dick Harrison.

Malgré ces bons résultats, l'avenir ne s'annonce pas aussi rose. De fait, les dirigeants de PTC tablent sur une progression de seulement 3 % en 2009. Croissance qui pourrait même être mangée par l'évolution de la parité entre l'Euro et le dollar, préviennent-ils.

Et Windchill ProductPoint fut

Brian Shepherd, Divisional Vice-president of Product Management de PTC, est venu rappeler les évolutions de l'offre PTC sur l'année 2008 et lever un coin du voile sur les prochaines annonces. Ainsi Pro/Engineer Wildfire 4.0, qui est arrivé en janvier dernier, disposera avant la fin de l'année d'un module de modélisation d'êtres humains pour les études d'ergonomie, Pro/Engineer Manikin, issu de la reprise voici un an du canadien Digital Human. Il a aussi insisté sur la collaboration avec Mentor Graphics autour du projet ProSTEP iViP dans le domaine de la mécatronique (voir notre lettre du 30 octobre).

CoCreate est quant à lui maintenant totalement intégré dans l'approche Product Development System de PTC et dispose de lien direct avec Windchill. L'outil de visualisation et de collaboration ProductView dispose d'une nouvelle interface utilisateur et de Smart Searchs. L'outil de PDM Windchill s'est enrichi d'outils de gestion des process de fabrication avec MPMLink et de meilleures liaisons avec les outils d'ERP d'Oracle et SAP.

Les autres outils tels Cadds 5, MathCad et Arbortex Isoadraw enregistrent eux aussi des évolutions. Mais la véritable nouveauté est l'arrivée de Windchill ProductPoint pré-annoncé en juin dernier. Il s'agit d'une solution de capture, de gestion et de partage des informations de développement de produits qui est basé sur la plate-forme SharePoint de Microsoft.

« Microsoft Office SharePoint Server 2007 a franchit le cap des 100 millions de licences vendues. Dans le sillon de ce succès, PTC a développé sur cette plate-forme et l'infrastructure .NET, l'outil Windchill ProductPoint qui apporte à SharePoint la possibilité de gérer et de partager des contenus de produits structurés en divers formats de CAO », explique Brian Scott, Vice-président de la stratégie sectorielle mondiale chez Microsoft.

Autrement dit PTC apporte à SharePoint la gestion des données CAO en attendant des fonctionnalités plus avancées issues de PDMLink et ProjectLink. Une solution destinée aux PME souhaitant unifier l'ensemble de leur informatique dans l'environnement Microsoft Office, qui devrait leur mettre le pied à l'étrier pour se lancer vers du PLM plus évolué.

Cette adoption des standards Microsoft semble bien être l'une des directions d'évolution de l'offre de PTC. Parmi les autres voies de développement poursuivies, Brian Shepherd a évoqué : la gestion des besoins (clients, techniques, fonctionnels...) ; la gestion des coûts sur l'ensemble du cycle de vie ; la gestion de la conformité environnementale dès la phase de développement ; l'ingénierie conceptuelle ; la mécatronique...

EADS unifie son PLM autour de Windchill

L'un des moments forts de cette journée fut l'intervention de Jean-Yves Mondon, qui est à la tête du programme d'harmonisation du PLM du groupe EADS.

« Notre volonté d'harmoniser nos outils PLM dans l'ensemble des entités du groupe EADS (Airbus, Astrium, Eurocopter, Defense & Security, Military Transport) est l'une des retombés des problèmes que nous avons rencontrés sur le programme A380 », explique Jean-Yves Mondon. « Le constat était que nous avions une très grande hétérogénéité d'approches et d'outils entre et au sein même de nos différentes divisions, due à l'histoire de la construction du groupe. Ce qui ne facilitait pas les échanges de données, tant en interne que vis-à-vis de nos partenaires et équipementiers. De plus, cette hétérogénéité ne nous mettait pas en position de force vis-à-vis des différentes éditeurs. Bref, notre PLM n'était pas à la hauteur des exigences et ambitions du groupe ».

Ainsi est né début 2007 le programme Phenix, acronyme de PLM Harmonization for ENhanced Integration & eXcellence. Celui-ci a été placé dans les 11 priorités du groupe EADS par le CEO et les membres du comité exécutif. Il s'agissait de définir et de choisir une approche et les différents outils associés, afin d'en faire le cÅ“ur unifié du système industriel "lean" pour l'ensemble du groupe étendu à ses partenaires.

« Force est aussi de constater que les contraintes et la complexité de notre métier vont croissant. D'une part, la complexité technique de nos produits devient de plus en plus importante pour répondre aux attentes de nos clients. D'autre part, les contraintes réglementaires régissant nos produits deviennent de plus en plus pointilleuses et nous devons faire face à une globalisation et une extension de notre groupe. Pour rester compétitif, notre efficacité industrielle doit toujours être au-dessus de la courbe exponentielle de la complexité et des contraintes de notre métier. Notre organisation et la mise en place des outils de CAO, puis de PLM, nous ont toujours permis d'y arriver, mais sans prendre une réelle avance. L'un des objectifs de Phenix est de faire un réel pas en avant en mettant en place un système évolutif qui nous permette d'être sûrs de toujours anticiper cette courbe ».

Le modèle de fonctionnement d'EADS s'articule autour d'une Master Product Definition (MPD), véritable référence technique des produits de l'entreprise. Viennent se connecter dessus quatre grands types d'applications : la gestion des besoins clients et leur support ; la gestion des données techniques entre les applicatifs et la MPD ; la création et la visualisation des données techniques dans un environnement collaboratif ; les outils de travail collaboratif sécurisé au sein de l'entreprise étendue.

Le comité de pilotage de Phenix, qui était trans-divisions a porté ses efforts sur trois axes : les outils ; les process et les hommes. « Nous avons considéré que la motivation et la formation des hommes étaient aussi si ce n'est plus importantes que les systèmes mis en place. C'est pourquoi nous avons beaucoup consulté les utilisateurs pour connaître leurs besoins et prévu la mise en place de formations, notamment à travers le programme PACT (Phenix Advanced Cross-divisional Trainings) et notre filiale Cimpa ».

L'année 2007 a permis de faire un état des lieux et de définir des outils et des process communs à l'ensemble du groupe. 2008 a permis de sélectionner les fournisseurs des outils et de commencer à harmoniser les process de travail. L'année 2009 verra le déploiement des process et des outils harmonisés, la mise en place des formations Pact, la création d'un centre collégial de décision où toutes les divisions seront représentées. 2010 devrait être, quant à elle, la première année de fonctionnement avec un environnement PLM harmonisé.

4 nominés pour un élu

Pour la partie gestion des données techniques entre les applicatifs et la MPD, quatre fournisseurs avaient été retenus pour procéder à un benchmark : Dassault Systèmes ; PTC ; SAP et Siemens PLM Software. « L'un des plus professionnels et des plus difficiles que j'ai pu rencontrer en 20 ans de carrière », confie Marc Diouane de PTC.

« Notre objectif était d'évaluer, sur la plate-forme de test Elisa spécialement créée pour l'occasion, la capacité des fournisseurs à répondre à nos besoins sur différents aspects (technique, fonctionnel, commercial, partenariat, migration des données...), afin de sélectionner celui qui serait à même de répondre à nos attentes actuelles et de proposer des Cots (Commercial, off-the-shelf - composants sur étagère) pour supporter nos besoins futurs », explique Jean-Yves Mondon.

Dans cette optique la grille de notation a été séparée en deux parties ayant le même poids : l'une pour l'analyse technique et fonctionnelle des produits ; l'autre pour l'analyse commerciale et stratégique des fournisseurs. Dans la première partie, les tests des outils actuellement disponibles comptaient pour 35 % de la décision, alors que les réponses sur leurs évolutions à venir comptaient pour 15 %. Dans la seconde partie, la stratégie du fournisseur et sa volonté de partenariat comptaient pour 20 % ; sa réponse commerciale et contractuelle comptait elle aussi pour 20 % ; et ses capacités de service et de support pour 10 %. Enfin, une "question subsidiaire" sur un scénario de coût de possession sur 5 ans permettait de départager les ex æquo.

« La partie tests techniques sur la plate-forme a duré 13 semaines. Elle comportait quatre niveaux et a mobilisé plus de 70 experts représentant les différents métiers du groupe. SAP, très professionnel, a décidé de se retirer très tôt dans la première phase », remarque Jean-Yves Mondon.

Selon nos sources, il semble que Dassault Systèmes, bien que n'ayant pas réussi à franchir la deuxième étape, ait joué la carte politique afin de s'immiscer dans la troisième. Mais son absence de résultats lui a été fatale...

Au final c'est PTC qui a été retenu pour fournir Windchill pour la gestion des données techniques entre les applicatifs et la Master Product Definition. Dans les autres domaines couvert par le Phenix : le couple IBM/Telelogic fournira les outils de gestion des besoins clients et de leur support ; alors que Dassault Systèmes fournira Catia pour la création et la visualisation des données techniques dans un environnement collaboratif.

« Nous estimons avec EADS que 63 000 personnes devraient à terme utiliser en interne l'outil PLM mis en place. Et pour un utilisateur interne il faut compter de 3 à 4 utilisateurs externe », se réjouit Marc Diouane de PTC.

A la semaine prochaine

Pour en savoir plus : http://www.ptc.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 27 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques

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