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La semaine de Jean-François Prevéraud

PSA nous ouvre les portes de la réalité virtuelle

PSA nous ouvre les portes de la réalité virtuelle

© DR

J’ai eu la chance, quelques jours avant l’ouverture du Salon de l’Auto de Francfort, de pouvoir visiter les installations de réalité virtuelle dont est doté le centre de design du groupe PSA. L’occasion de faire le point sur les différentes technologies utilisées.

S’il est bien des endroits qui symbolisent l’innovation, ce sont les centres de style des constructeurs automobiles. Des lieux ultra sécurisés où les visites sont très rares, même pour les acteurs des futurs projets des constructeurs. Aussi lorsque le groupe PSA Peugeot Citroën nous a proposé de visiter son Centre de Réalité Virtuelle situé dans son centre de R&D de Vélizy, nous avons bien entendu profité de l’occasion.

Le centre technique de PSA à Vélizy est dédié aux futurs petits véhicules, ainsi qu’aux véhicules de moyenne gamme supérieure et haut de gamme. Mais il intègre aussi depuis fin 2004 l’ADN (Advanced Design Network), une structure comptant plus de 1 000 ingénieurs, stylistes et techniciens, qui regroupe sur 70 000 m² les activités de création automobile (style, concept, technologies) pour les deux marques Peugeot et Citroën, avec tous les outils physiques et numériques associés. Parmi ces derniers, on retrouve le Centre de Réalité Virtuelle (CRV) du groupe.

« Une dizaine d’experts œuvrent chez nous pour satisfaire les besoins des concepteurs, tant dans le domaine du produit automobile - architecture véhicule, style, qualité perçue, etc. - que des process de fabrication, en terme de montage ou de peinture », explique Stéphane Masfrand, responsable des moyens de simulation et de réalité virtuelle du groupe.

Trois types d’outils

Pour ce faire, le CRV dispose d’une plate-forme de 500 m² comportant trois types d’outils de réalité virtuelle. Le plus lourd est un CAVE (Cave Automatic Virtual Environnement) baptisé I-Space. Il s’agit d’une petite salle cubique, d’environ 3 mètres de côté, comportant des écrans synchronisés sur cinq de ses faces. 

                                                                      

Elle immerge complètement l’opérateur doté de lunettes de vision stéréoscopique dans un environnement 3D. « Nous l’utilisons à la fois pour simuler et évaluer des intérieurs de futurs véhicules à l’échelle 1, ainsi que des postes de travail en usine. Cet outil immersif nous permet de percevoir un projet de manière sensitive, sans toutefois disposer de la notion de retour d’efforts », précise Stéphane Masfrand. Afin d’améliorer cette perception, le conducteur d’un véhicule virtuel est par exemple assis sur un véritable siège conducteur.

Le deuxième outil est un holobench, qui est composé de deux écrans orthogonaux (1,8 x 1,1 m) et d’une structure supportant des câbles reliés à la main de l’opérateur, afin de lui apporter une notion de retour d’efforts.
 
                                                                    

Cet outil est essentiellement utilisé pour simuler des opérations de process : montage ; soudure ; dépôt de cordons d’adhésif ou d’isolant ; peinture… « La précision du système de retour d’efforts est inférieure à l’épaisseur des tôles que nous utilisons en carrosserie, ce qui permet de bien évaluer le positionnement des moyens de production virtuels - pince de soudure, bec de dépose, etc. - que nous validons sur ce poste ».

Enfin un écran stéréoscopique plat (5 x 3,75 m) est utilisé pour présenter l’extérieur ou l’architecture générale d’un véhicule à l’échelle 1 à un grand auditoire lors des revues de projets. 


                                                                     



Des gains tangibles

« L’utilisation de la réalité virtuelle dans le groupe PSA, n’est plus un thème de recherche. Elle fait partie intégrante du cycle de développement standard de nos nouveaux véhicules où elle est devenue indispensable », clame Marc Duval Destin, directeur de la recherche et de l’ingénierie avancée du groupe.

« En avant projet ou en phase de conception, elle nous permet d’avoir très rapidement un premier ressenti d’un futur véhicule, tant du point de vue utilisation par le client que de sa fabrication. Tout cela sans avoir à fabriquer la moindre maquette physique. Nous pouvons ainsi valider rapidement des accessibilités mécaniques, l’ergonomie de certaines commandes, la perception de l’interface homme/machine, des champs de vision ou la faisabilité de certains concepts. Le gain est énorme. En une à deux journées de travail, nous arrivons à un résultat, alors qu’il nous fallait plusieurs semaines pour réaliser une maquette physique partielle d’un habitacle ou d’un compartiment moteur. Cela nous permet aussi de passer à la maquette physique, toujours indispensable, le plus tard possible dans le cycle de développement, quand la majorité des problèmes ont été débusqués et traités ».

Des gains qui font le bonheur des concepteurs, à tel point qu’ils font la queue devant le CRV, qui tourne sans discontinuer de 8 à 19 heure chaque jour. On peut dire que la réalité virtuelle est passée dans les mœurs des bureaux d’études chez PSA et son utilisation progresse vite. Ainsi la nouvelle C3, qui vient d’être dévoilée à Francfort, a bénéficié de 35 % d’heures de réalité virtuelle en plus que la C3 Picasso présentée au printemps.

D'autres développements à venir

Outre ses activités de support des travaux des bureaux d’études ou de style, le CRV est aussi un laboratoire de recherche sur la réalité virtuelle, afin d’en améliorer les performances et d’en élargir le spectre d’utilisation. « La réalité virtuelle est une technologie jeune en évolution permanente et rapide. Si l’on veut rester au meilleur niveau, il faut en permanence maintenir une activité de recherche et ne pas se contenter d’intégrer ce que les offreurs commercialisent. Parmi nos sujets actuels de recherche qui devraient déboucher rapidement, on peut citer l’utilisation de l’imagerie haute définition et des effets sonores 3D. Nous suivons aussi de près toutes les évolutions de l’informatique, notamment dans les domaines des clusters de PC et du stockage de données, pour donner encore plus de performances à nos applications », conclut Stéphane Masfrand.

Notons que dans le domaine de la recherche en réalité virtuelle, le groupe PSA participe aussi à un certain nombre de programmes nationaux. Cela a par exemple été le cas pour le projet Perfrv2 (Plate-forme française de réalité virtuelle), qui vient de se terminer, dont le thème était ‘‘l’humain virtuel dans l’usine du futur’’. Un projet qui rassemblait des industriels (CEA, Clarte, Dassault Aviation, EADS, Haption, Nexter, PSA, Renault…) et le monde de la recherche (Armines, CNRS, INRIA, INRS…).

Bon je vous laisse, il faut que je prenne la route pour comparer la visibilité de la nouvelle C3 Picasso par rapport à celle de l’ancienne Xsara Picasso … virtuellement bien sur !

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.psa-peugeot-citroen.com 

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 28 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.
 

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