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« Protéger, tester, isoler » : quels moyens derrière le plan de déconfinement d'Edouard Philippe ?

Kevin Poireault

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« Protéger, tester, isoler » : quels moyens derrière le plan de déconfinement d'Edouard Philippe ?

700 000 tests virologiques, 20 millions de masques barrières en plus, des brigades de dépistage… La mise en oeuvre du plan de déconfinement présenté par le Premier ministre Edouard Philippe ce 28 avril devant l’Assemblée nationale supposera de disposer de toute une infrastructure matérielle et humaine. Qui reste à assurer.

Des masques, des tests, des brigades pour tracer les cas contact. Placé sous le tryptique « protéger, tester, isoler » par le Premier ministre, le plan de déconfinement du 11 mai adopté par l’Assemblée nationale ce mardi 28 avril, demandera pour sa mise en oeuvre de disposer de toute une infrastructure matérielle et humaine.

Côté protection, les masques s'imposent. En masse. Les masques à usage non sanitaire (UNS), eux, seront obligatoires dans les transports, pour le personnel scolaire et pour les collégiens, fortement recommandés en entreprises « quand la distanciation physique n’est pas possible », a indiqué Edouard Philippe. Les commerçants « pourront subordonner l’accès à leur magasin au port du masque ».

« Nous aurons assez de masques pour le 11 mai » : la filière textile mobilisée

Les entreprises seront encouragées à en acheter pour leurs employés et l’Etat aidera les TPE et les indépendants à se fournir. Les individus pourront les acheter en pharmacie ou sur une plate-forme de e-commerce bientôt mise en ligne par La Poste pour l’occasion. Le Premier ministre a également annoncé des distributions pour les personnes les plus précaires, via les Caisse centrale d'activités sociales (CCAS) – mais, semble-t-il, pas de gratuité généralisée, réclamée par certains partis d’opposition.

« Nous aurons assez de masques pour le 11 mai », a voulu rassuré le Premier ministre. En plus des 26 millions de ces masques civils rendus disponibles chaque semaine à partir de fin avril, dont la moitié produits en France selon les propos de la secrétaire d'Etat à l'Economie Agnès Pannier-Runacher le 27 avril, « nous en recevrons 20 millions de plus à partir de mai », a-t-il poursuivi.

Cette hausse de la capacité de production nationale est due à la « mobilisation exceptionnelle » de toute la filière textile, qui compte aujourd’hui 242 entreprises, comme l’atelier des Tricots Saint-James, près du Mont Saint-Michel ou PliM, dans les Deux-Sèvres, qui se consacrent pleinement à la confection de ces masques. L’Etat « prendra en charge 50% du coût de fabrication », a indiqué Edouard Philippe.

Toutefois, derrière ces chiffres, une grande disparité demeure sur la longévité des masques UNS. « La plupart » des 26 millions évoqués par Agnès Pannier-Runacher seront « réutilisables 20 fois », mais Edouard Philippe n’a pas donné plus de précision sur le sujet. Interrogée début avril, Capucine Mercier, PDG de PliM, déplorait le flou des certifications décernées par les autorités sur la question. Pour que les utilisateurs s’y retrouvent, ces masques seront affublés d’un logo indiquant le nombre maximal de lavages qui ne dégrade pas leur capacité de filtration.



Quant aux masques chirurgicaux, si leur importation était très vite « devenue impossible » en mars et en avril, la France en reçoit désormais « plus de 100 millions par semaine », a assuré Edouard Philippe. Agnès Pannier-Runacher avait, elle, évoqué une production hebdomadaire issue des usines des quatre fabricants nationaux (Kolmi Hopen, Paul Boyé Technologies, Valmy, Macopharma) de masques sanitaires (chirurgicaux et FFP2) de « 10 millions en avril avec l’objectif de passer à 20 millions d’ici fin mai ».

Pour poursuivre la montée en puissance de la production nationale de masques de haute performance, La Direction générale des entreprises a par ailleurs lancé un appel à manifestations d’intérêt pour la réalisation d’unités de production de matériaux filtrants pour masques de protection (FFP2).

700 000 tests RT-PCR par semaine : quid du manque de réactifs ?

Le Premier ministre a de nouveau insisté ce 28 avril : le déconfinement doit s’accompagner d’une campagne de tests massive. Sa promesse : réaliser au moins « 700 000 tests virologiques par semaines au 11 mai ». Une fois le déconfinement enclenché, les autorités estiment, d’après l’avis du Conseil scientifique, qu’entre 1 000 et 3 000 nouveaux cas de coronavirus se déclareront chaque jour et qu'il faudra, pour chacun de ces cas, tester 25 individus afin de casser les chaînes de contamination. D'où un besoin de 525 000 tests hebdomadaires dans l'hypothèse de 3000 nouveaux cas quotidiens, a présenté Edouard Philippe.

Ces tests virologiques, « 100% pris en charge par l’Assurance maladie », a garanti Edouard Philippe, utilisent la Transcription inverse – Amplification en chaîne par polymérase (RT-PCR, selon le sigle anglais) pour détecter la présence de l’acide ribonucléique (ARN) du coronavirus SARS-CoV-2 dans des prélèvements naso-pharyngés sur les personnes.

Pour atteindre les 700000 tests par semaine, il faut du personnel et des machines, mais aussi des consommables (kits de dépistage ou réactifs biochimiques et  divers équipements comme les écouvillons). Pour les premiers,  « nous avons fait sauter les verrous », a précisé le Premier ministre. En plus des Centres hospitaliers universitaires et des laboratoires de ville, les laboratoires publics départementaux, y compris vétérinaires, seront également habilités pour ce dépistage.

Du côté des consommables, en revanche, pas de précision d'Edouard Philippe. Or la question est majeure : alors que la France est partie en retard sur le dépistage, la demande mondiale en kits de dépistage et réactifs biochimiques s'est emballée et la production peine à suivre. Nombre des laboratoires français ont jusqu'ici été bien en peine de s'approvisionner suffisamment pour faire tourner leurs machines à plein régime.

Rien n'a été non plus dit des tests sérologiques, développés notamment par l’Institut Pasteur et la société française NG Biotech, qui permettent de déterminer si une personne a été, par le passé, infectée par le virus en détectant des anticorps dans son sang. Or le déploiement de tels tests est crucial pour mieux comprendre l'épidémie, et notamment, via le suivi dans le temps de groupes de personnes, pour déterminer l'efficacité et la durée de l'immunité acquise.

Des « brigades » pour dépister les cas contacts

« Toute personne testée positive sera mise à l’isolement » pendant 14 jours, a souligné Edouard Philippe. Soit chez elle, engendrant l’isolement de l’ensemble de son foyer, soit dans une chambre d’hôtel mise à disposition par l’Etat. « Nous prévoirons des dispositifs de contrôle, s’ils s’avèrent nécessaires, mais notre objectif est de nous reposer sur le civisme de chacun. »

Il s’agira aussi d’identifier tous les cas contacts que l’individu infecté par le SARS-CoV-2 aurait pu contaminer et de les tester. Pour ce faire, les autorités de santé mettront en place des « brigades » dans chaque département, à l’image du dispositif Covisan, expérimenté par quatre hôpitaux de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

En plus des médecins de villes, ces brigades pourront être constituées d’employés de CCAS, de mairies, de départements, voire de membres d’association telle que la Croix-Rouge. « Nous aurons besoin d’un loi pour les autoriser à avoir accès à des données de santé », a précisé le Premier ministre, qui propose de l’ajouter dans la loi de prorogation de l’état d’urgence sanitaire.

Quant à StopCovid, la potentielle future application de suivi des cas contacts (contact tracing), il est encore trop tôt pour en parler a estimé Edouard Philippe : « Pour l’heure, compte tenu de l’incertitude sur cette application, je suis bien en peine de vous dire si elle fonctionnera, ni comment elle fonctionnera. » Il a enfin promis « un débat spécifique et un vote spécifique » dès qu’elle sera prête, « avant sa mise en œuvre ».

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