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PRODUIRE PROPRE

MIREL SCHERER, THOMAS BLOSSEVILLE ET NADÈGE AUMOND

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PRODUIRE PROPRE

L'Intégrex de Mazak permet d'usiner une pièce en une seule fixation.

© D.R.

Plusieurs projets européens sont lancés pour la mise en oeuvre des écotechnologies au sein de l'industrie mécanique. Un processus long et complexe.

Perçue souvent comme une industrie plutôt sale, la mécanique fait des efforts. Sous la pression de la réglementation, "produire propre" devient peu à peu son credo. La lutte contre les pollutions de toute nature s'intensifie. Nettoyer les pièces sans polluer, effectuer des traitements de surface plus écologiques, usiner avec juste ce qu'il faut pour lubrifier, voire à sec... Produire "éco" devient ainsi une contrainte importante pour les constructeurs d'équipements, d'outils et d'outillages mais aussi pour les ateliers qui les mettent en oeuvre. Le congrès Clean Meca, organisé par le Cetim (Centre technique des industries mécaniques ) en octobre dernier s'en est largement fait l'écho.

Cet effort pour l'environnement a aussi un volet économique, qui ne peut pas laisser indifférents les utilisateurs. Économiser des quantités importantes de lubrifiants est une source de profit. Et, last but not least, le remplacement des fluides de coupe ou de nettoyage par des produits moins nocifs améliore le bien être, la sécurité et la santé des opérateurs.

Écologie rime avec économie

Pour aider les industriels à faire face à ce défi, les programmes de recherche ne manquent pas. À commencer par le projet européen de coordination sur les technologies propres Cleanprod. Lancé par le Cetim en octobre 2006 pour deux ans, il rassemble les compétences de huit centres de recherche, deux agences de l'environnement, cinq associations professionnelles et quatre organisations expertes en management de l'innovation, « L'industrie propre constitue un des éléments clés de la politique européenne de développement durable, tant au niveau des procédés industriels que de la conception ou du marketing », explique Gérard Colin, expert au Cetim et coordinateur de Cleanprod. Cofinancé par la Commission européenne, il se propose de coordonner et de consolider les actions de recherche à travers l'Europe en faveur de l'éco-innovation ; "éco" étant pris ici tant dans son sens écologique qu'économique. « Le projet trace une nouvelle route pour des procédés plus propres qui sont en même temps de réelles opportunités de prises de marchés. » En introduisant des contraintes réglementaires environnementales sévères, l'Union européenne soulève la question des coûts et de la compétitivité pour les entreprises dans les secteurs d'activité concernés.

L'Europe positionnée en leader

Cleanprod se concentre sur trois familles de procédés : l'usinage/formage, la pré-paration de surface et le traitement de surface. Des procédés qui concernent des secteurs manufacturiers, où l'Europe affiche une position de leader, comme l'aéronautique, l'automobile, l'énergie, l'agroalimentaire, ainsi que bien d'autres secteurs faisant largement appel aux composants métalliques.

Encore faut-il bien cibler les meilleures techniques disponibles pour préserver l'environnement. Car les industriels confrontés à ce processus complexe sont parfois perdus. « Ces techniques sont explicitées dans les documents de référence européens, les BREF », explique Serge Roudier, administrateur au bureau européen IPPC (Integrated pollution prevention and control) de Séville (Espagne). « Il s'agit de documents techniques, disponibles sur Internet, qui donnent des informations précises à tous ceux qui souhaitent obtenir une autorisation de fonctionnement pour une installation. » Des informations qui font l'objet d'un dialogue entre le forum IPPC à Bruxelles (Belgique), le bureau européen IPPC de Séville et trente-trois groupes de travail techniques. « Une tâche complexe, car ces documents doivent prendre en compte l'évolution technologique », conclut Serge Roudier.

Pouvoir jauger "l'éco-performance"

Les écotechnologies se placent en face des principaux défis environnementaux. À ce titre, l'Agence européenne de l'environnement distingue plusieurs groupes écotechnologiques. À savoir, les technologies qui assurent la gestion des pollutions et la gestion des ressources, celles qui touchent chaque secteur d'application (bâtiment, transport, acier, etc.) et celles d'analyse, de mesure et de prévision. « En fait, les écotechnologies couvrent les domaines de préoccupation actuels », précise Jean-Marc Mérillot, chef du service de programmation de la recherche à l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Exemple : les technologies de l'environnement dites conventionnelles (traitement des eaux, des déchets, des émissions atmosphériques...).

Mais pour pouvoir les appliquer correctement, il faut absolument vérifier les performances de ces différentes technologies. Qu'à cela ne tienne, l'Union européenne s'est attachée également à la mise en place d'un système capable de jauger ces performances. Elle a ainsi lancé en 2004 le programme Etap (Ecotechnologies action plan). Ce dernier a pour objectif d'identifier plusieurs actions prioritaires, notamment la constitution des réseaux européens d'expérimentation, de contrôle des performances et de normalisation de ces technologies. De même, elle a lancé plusieurs autres projets précurseurs. Dont Testnet et Promote, qui ont livré en septembre dernier leur bilan. Une occasion pour l'Union européenne de présenter sa feuille de route concernant la naissance d'un système européen de vérification des performances. Cette feuille comporte plusieurs facettes. Il s'agit, en premier lieu, d'établir ses bases légales, pour lesquelles des consultations sont en cours. « Mais le processus est long et l'objectif est de les avoir vers la mi-2010 », indique Jean-Marc Mérillot, de l'Ademe. Reste aussi à préciser le volet technologique de ce système et à identifier les structures existantes sur lesquelles il pourra s'appuyer.

La vérification présente des difficultés

Avec un cahier des charges connu : le système devra assurer un processus de vérification rapide (moins de six mois), peu coûteux (moins de 20 000 euros) et fiable (sous assurance qualité). Ces critères impliquent encore des arbitrages délicats tout comme ceux concernant l'aspect de la confidentialité des résultats.

« Les divers projets de préconfiguration ont par ailleurs mis en évidence des difficultés dans la notion même de "niveau de performance" », note Jean-Marc Mérillot. La vérification porte en effet sur une brique technologique élémentaire (par exemple un dispositif de mesure d'un taux de substances polluantes) et non pas sur les systèmes technologiques organisés (système de contrôle commande, ligne de production...). Dès lors, plusieurs difficultés apparaissent. La première résulte de la façon de formuler le niveau de performance : en valeur absolue ou en valeur relative ? Une autre difficulté porte sur la prise en compte des limites d'application, de la précision des mesures. La question des effets secondaires indésirables (consommation d'énergie, production de déchets, transfert de pollution...) est aussi largement discutée. N'étant pas revendiqués, ces effets ne seront pas vérifiés. Or, il s'agit là d'une information essentielle pour l'acheteur. Enfin, la question économique (le coût de fonctionnement), est souvent évoquée. Ce qui laisse présager que la route pour la mise en place d'un système de vérification des performances des écotechnologies est sans doute encore longue...

EFFECTUER DES OPÉRATIONS D'USINAGE MULTIPLES SUR UNE SEULE MACHINE RÉPOND AUX BESOINS

DE PRODUCTIVITÉ. CELA DOIT S'ACCOMPAGNER D'UN EFFORT SOUTENU POUR PRODUIRE PROPRE.

NORME ISO 14 000, LA RÉFÉRENCE

Les normes ISO 14 000 fournissent tous les éléments d'un système de management qui permettent à un organisme d'évaluer et de maîtriser en permanence les impacts de ses activités, de ses produits et de ses services sur l'environnement. Elles comportent les normes d'organisation ISO 14 001 et 14 004 ; - des outils : ISO 14 010, 14 011, 14 012 ; - des produits et services : ISO 14 020, 14 040.

PROJET ECOTEC POUR FAVORISER LES ECO-INNOVATIONS EN MÉCANIQUE

Initié en 2007 pour une durée de quatre ans, le projet Ecotec mené par le Cetim est doté de 7,5 millions d'euros. Son objectif : « s'approprier par des actions de R & D un ensemble de technologies propres et innovantes touchant à tous les procédés de production en mécanique. »

Parmi les grands axes de ce programme figurent : - la mise au point de nouveaux produits pour la lubrification, le dégraissage et le traitement de surface ; - la mise en oeuvre d'une stratégie de partenariat pour la mise sur le marché d'éco-innovations ; - la validation des performances techniques et environnementales des écotechnologies.Ecotec se propose également : - de faire passer l'écoconception dans les bureaux d'études ; - d'économiser l'énergie via l'amélioration des rendements, la réduction du poids des produits embarqués et le choix des sources d'énergie pour les matériels mobiles. Pour en savoir plus : sqr@cetim.fr

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