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Pratiquer l'écoconception

Ridha Loukil

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Le bureau d'études doit prendre en compte l'environnement dans la conception des produits. Une démarche qui impose une remise à plat des méthodes de travail.

Plus que jamais, le bureau d'études se trouve au centre de la stratégie d'entreprise en matière d'environnement. Pour réduire l'impact écologique des produits qu'il crée, il doit passer à l'écoconception. Les industriels soumis à la loi RSE (responsabilité sociale et environnementale), qui les oblige à publier un rapport annuel sur les conséquences sociales et environnementales de leurs activités, le font déjà. Les autres devront tôt ou tard s'y mettre.

Réduire l'impact écologique du produit

Apparue au milieu des années 1990, l'écoconception consiste à prendre en compte les critères environnementaux dans la conception de nouveaux produits. L'objectif étant de réduire l'impact écologique du produit à toutes les étapes du cycle de vie, depuis l'extraction des matières premières nécessaires à sa construction jusqu'à son recyclage, en passant par sa production, sa distribution et son utilisation.

Cette démarche a l'avantage d'agir sur tous les processus de l'entreprise. Les choix du bureau d'études en matières de design, de matériaux, de composants, d'assemblage ou d'emballage déterminent l'impact environnemental du produit tant en amont qu'en aval. Faire de l'écoconception, c'est donc traiter les problèmes écologiques à la source.

Le durcissement de la réglementation ne laisse guère le choix. Aux directives européennes sur les emballages, les piles et les accumulateurs, les véhicules usagés, les déchets d'équipements électriques et électroniques, les substances dangereuses pour la santé... succède le règlement Reach qui, depuis le 1er juin 2007, met sous surveillance pas moins de 30 000 molécules chimiques. S'y ajoute la directive-cadre EUP, qui impose une réduction de la consommation des produits fonctionnant à l'énergie, hors véhicules. Les mesures d'application concernant quinze catégories de produits sont attendues cet été.

Mieux vaut transformer cette contrainte en opportunité pour innover ou se différencier de la concurrence. D'autant que l'écologie offre un vecteur fort d'image et de communication et tend à devenir un critère dans les achats publics. « L'écoconception oblige le concepteur à être plus créatif et à trouver des solutions inhabituelles auxquelles il ne penserait pas dans une approche classique », confie André Malsch, directeur du développement durable de Steelcase, fabricant de mobilier de bureau.

L'intégralité du cycle de vie à prendre en compte

Le problème est que « beaucoup de personnes, notamment dans les PME-PMI, ne savent pas ce que c'est », note Stéphane Le Pochat, ingénieur à l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Information, sensibilisation et formation constituent donc des préalables à la mise en place de cette démarche.

Viennent ensuite des obstacles d'ordre organisationnel. « Le bureau d'études est souvent éclaté entre différentes fonctions (design, conception, test...) et différentes spécialités (mécanique, électronique, informatique...). Or l'écoconception est une approche transversale qui fait fi de cette segmentation », explique François-Xavier Ferrari, concepteur design et environnement chez O2 France, une société de conseil en développement durable et écoconception. Selon ce consultant, la solution réside dans la mise en place d'un d'expert. En plus de l'analyse du cycle de vie des produits, c'est-à-dire le calcul de leur impact écologique à l'aide d'un logiciel, il aura pour rôle d'assurer la passerelle entre les différents métiers, de valider les solutions proposées par les concepteurs et de mettre le doigt sur les problèmes.

André Malsch va plus loin : « L'écoconception ne se réduit pas à une problématique de bureau d'études. C'est avant tout un projet d'entreprise. Tous les services doivent y participer. Il faut donc faire dialoguer tout le monde : marketing, achats, commercial, méthodes, fabrication, qualité, etc. Le tout avec un engagement fort et constant de la direction. Faute de quoi le projet est voué à l'échec. »

L'une des difficultés est d'apprendre à réfléchir sur l'intégralité du cycle de vie du produit. « Habituellement, on demande aux concepteurs de créer des produits répondant à des critères fonctionnels et de coût déterminés par le marketing. Maintenant, on leur demande en plus de se préoccuper des transports, de l'utili-sation ou du recyclage. C'est un changement radical du mode de pensée », explique André Malsch. L'exercice est d'autant plus périlleux que les informations pertinentes manquent cruellement tant en amont qu'en aval. Comment, en effet, connaître l'impact environnemental de tel matériau ou tel composant ? Comment accéder aux filières de recyclage en place ? Cette mine d'informations est rassemblée et mise à jour dans la base de données des logiciels d'écoconception comme Eime proposé par Codde, ou Gabi par PE International. Au prix d'un travail titanesque. Mais attention ! « Ces outils génériques sont souvent complexes à utiliser. Au début, mieux vaut privilégier un outil créé en interne », conseille André Malsch. À l'instar de Steelcase qui a développé son propre logiciel avec l'Université technique du Danemark (DTU).

Certes, on n'est pas obligé de tout faire du premier coup. Il est même recommandé de progresser par petits pas. « On peut commencer par les matières premières en diminuant le poids et l'encombrement, ensuite se pencher sur le transport en réduisant la taille de l'emballage, puis s'attaquer à l'utilisation en abaissant la consommation d'énergie, et ainsi de suite jusqu'à traiter tous les points d'amélioration. Après quoi... il faut tout recommencer », suggère Linda Lescuyer, directrice générale de Codde.

Cela est possible à condition toutefois de faire attention à ne pas transférer le problème sur une autre étape du cycle de vie. Exemple : « Pour améliorer le transport, le concepteur décide d'alléger le produit en remplaçant l'acier par l'aluminium. Mais, ainsi, il pénalise l'étape d'extraction des matières premières, puisque l'aluminium demande plus d'énergie pour sa production que l'acier », illustre François-Xavier Ferrari.

Pour Daniel Froëlich, professeur à l'Ensam de Chambéry (Savoie), l'écoconception amène aussi à remettre à plat le cahier des charges et à lutter contre l'excès de qualité. « Par souci de robustesse et de sécurité, les concepteurs ont tendance à surdimensionner les épaisseurs de matière. Il faut réduire les dimensions au strict nécessaire. » Un changement pas évident. D'autant que l'utilisateur risque de percevoir l'allègement comme une source de fragilité.

En général, le produit écoconçu est plus cher

On craint aussi une réaction négative du consommateur vis-à-vis de l'utilisation de matières recyclées, perçues comme de moindre qualité. Cela explique pourquoi SEB hésite encore à communiquer sur le sujet.

Autre frein : le coût. Cela dit, dans des secteurs gourmands en matières tels l'électroménager, l'automobile ou le mobilier, l'écoconception se traduit au contraire par des économies. C'est le cas chez Steelcase comme chez Plastic Omnium, fabricant de pièces plastiques pour l'automobile. La raison est qu'ils ont choisi de porter leur effort sur la réduction du poids. Mais il ne faut pas se leurrer : en général, le produit écoconçu revient plus cher. Selon Daniel Froëlich, l'augmentation atteint jusqu'à 40 % sur les produits à petits prix mais devient négligeable sur les produits à prix élevés. Ce qui lui fait dire que l'écoconception est plus facile à appliquer aux produits de luxe qu'aux produits banalisés.

Là encore, le consommateur reste à éduquer en le sensibilisant au coût total de possession. Car, « un produit écoconçu, plus cher à l'acquisition, se révèle souvent moins cher au global en raison d'une utilisation plus économique », explique Daniel Froëlich. La lampe à fluorescence en est une parfaite illustration.

L'ÉCOCONCEPTION EST AVANT TOUT UN PROJET D'ENTREPRISE QUI IMPLIQUE

TOUT LE MONDE.

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